Politique belge Un mail émis par Michel Degueldre est sorti ce mercredi lors de la session de la Commission d'enquête parlementaire concernant le Samusocial.

La Commission d'enquête parlementaire se poursuit à Bruxelles autour de la gestion du Samusocial. La session de ce mercredi a permis de mettre au jour un mail envoyé le 25 mai par Michel Degueldre, le président démissionnaire du Conseil d'administration du Samusocial.

M. Degueldre demande à Christophe Thielens, responsable de la com' de l'asbl, et à ses directeurs opérationnels de lancer "une recherche approfondie sur la vie, les études, habitudes, convictions, amis, familles des deux vedettes journalistiques du Vif et de la RTBF et du député Ecolo. J 'aimerais mieux comprendre leurs motivations, liens et éventuelles aspirations. L'époque des "gentils" est terminée. "

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Ce député n'est autre qu'Alain Maron, qui suivait le dossier Samusocial et sa gestion. Et son parti a réagi après la découverte de ce document. "Pour Ecolo, ce règne de l'intimidation et ces pratiques d'un autre âge doivent cesser" , indique un communiqué. "Après un dépôt de plainte à l'encontre de Stéphane Hazée pour Publifin, des tentatives répétées de piratage informatique visant Georges Gilkinet pour son travail dans le cadre du Kazakhgate, c'est désormais le député Alain Maron qui est ciblé. Va-t-on devoir organiser une protection et mettre un avocat derrière chacun de nos mandataires qui fait son travail !?" , s'indignent les coprésidents d'Ecolo Zakia Khattabi et Patrick Dupriez.

Quant aux journalistes, ils sont issus des premiers médias à avoir évoqué les curieuses pratiques qui sévissent au Samusocial. Nos deux confrères collaboreront ensuite avec Alain Maron pour étudier la comptabilité de l'asbl.

"Ces personnes détournent l'argent public destiné au fonctionnement du Samusocial pour tenter d'intimider, dans ce cas-ci, des journalistes et un député" , poursuit Ecolo. "Est-ce là une manière saine de faire fonctionner un organisme créé pour venir en aide aux plus démunis ? La réponse est clairement non."

"Que répondre?"

Christophe Thielens, le responsable communication du Samusocial, a réagi suite à la parution de ce mail. Il a expliqué à nos confrères de la RTBF qu'il a à l'époque découvert ce mail avec stupéfaction et qu'il n'y a pas donné suite.

M. Thielens a d'ailleurs transmis la réponse qu'il a donnée aux autres membres du Samusocial (en omettant Michel Degueldre). Il y écrit : "Que répondre si ce n'est que ce n'est pas tant une histoire de personnes - il y a des rédactions derrières les journalistes et un agenda politique derrière Alain Maron - mais de faits et surtout des questions laissées sans réponse. Vos conseils sont les bienvenus" .

Le cdh demande à entendre Degueldre

Le groupe cdH du parlement bruxellois a demandé mercredi la convocation dans les plus brefs délais de M. Michel Degueldre, pour déterminer le plus rapidement possible, après l'avoir entendu, les suites judiciaires à donner au courrier de tentative d'intimidation envoyé par celui-ci au chargé de communication de l'association.


L'Association des journalistes professionels réagit: "C'est choquant et ahurissant"

La demande du président du conseil d'administration du Samusocial à un collaborateur interne d'enquêter sur la vie privée de deux journalistes (undu Vif et un autre de la RTBF) indigne l'Association des journalistes professionnels (AJP). Pour Jean-François Dumont, secrétaire général adjoint de l'AJP, "c'est ahurissant et c'est choquant". Pour plusieurs raisons. "Quand on voit les termes utilisés - on dit que l'époque des "gentils" est terminée-, on voit qu'il y a une intention manifeste de blesser et d'attaquer des journalistes. Ce qui, en soi, est déjà intolérable", déclare Jean-François Dumont, qui voit là des pratiques mafieuses. "Il y a aussi une atteinte potentielle à la vie privée des journalistes et à leurs sources qu'on voudrait identifier".

Ce qui frappe le responsable de l'AJP, c'est que cela s'inscrit dans un contexte de "haine des médias".

Quand des responsables politiques se sentent acculés et ne savent plus comment sortir du pétrin, ils s'en prennent aux médias. Comme l'ont fait Trump et Fillon. Même si la tendance n'est pas historiquement neuve, en arriver à de telles méthodes, c'est vraiment inquiétant".