L’épouvantail N-VA dans la campagne

V.R. Publié le - Mis à jour le

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Politique belge

Un test national. C’est comme cela que Bart De Wever, le tout puissant patron de la N-VA, présente le scrutin communal d’octobre. Ses innombrables adversaires politiques lui rappellent volontiers que la portée de ces élections se limite à l’horizon local, que les enjeux sont très circonscrits, que les résultats n’ont aucune influence sur la composition des gouvernements régionaux ou fédéral. Et dans l’absolu, ils n’ont pas tort. Mais en l’espèce, ils se trompent : l’édition 2012 des élections communales en Flandre aura bien valeur de test national. Il y a six ans, la N-VA ne pesait pratiquement rien. Elle venait de s’arrimer au CD&V pour éviter de sombrer sous le seuil électoral des 5 %. Six ans après, le petit Poucet est devenu l’ogre. Il a phagocyté son ancien allié dont il s’est ensuite séparé et a véritablement siphonné l’électorat du Vlaams Belang. Lors des élections fédérales de juin 2010, il terminait premier parti de Belgique. Et les sondages publiés depuis lors indiquent que sa marge de progression est encore large. Le parti nationaliste recueillerait entre 35 et 40 % des voix en Flandre selon les enquêtes d’opinion les plus récentes.

Leur succès est cependant bâti sur du sable. Il ne repose pour l’instant que sur un seul homme, Bart De Wever. Les autonomistes en sont conscients : cela ne dure qu’un temps. L’opinion publique flamande finit toujours par se lasser de ses idoles. Jean-Pierre Van Rossem, Jean-Marie Dedecker l’ont appris à leurs dépens. Ils ont disparu aussi brutalement qu’ils s’étaient imposés sur la scène politique flamande. En un rien de temps.

La N-VA semble à l’abri d’un revers de fortune aussi spectaculaire car elle puise ses racines dans l’histoire du mouvement flamand. Mais son lien avec le passé ne lui garantit pas de se maintenir à un haut niveau indéfiniment. Il lui faut davantage. Elle doit renouveler ses cadres, recruter de nouveaux leaders. Et où aller les chercher sinon sur le terrain ?

Message reçu 5 sur 5 par les militants gonflés par les sondages : ils déposeront une liste dans 298 des 308 communes de Flandre. Cela représente un taux de couverture de 97 %. Seul le CD&V fait mieux.

La N-VA espère frapper fort. Et se comporte comme un champion de foire. Elle bande ses muscles et toise ses adversaires qui ont du mal à cacher leur peur au ventre. Bart De Wever s’est lui-même lancé dans la bagarre. Il convoite le mayorat d’Anvers. C’est la plus grande ville de Flandre, la commune la plus peuplée du Royaume. Plus qu’un symbole. C’est le moyen le plus sûr pour s’imposer définitivement comme l’homme fort de Flandre. Mais Bart De Wever joue gros dans l’aventure. En face de lui, il y a le SP.A Patrick Janssens. L’homme est populaire. Et il est disponible à 100 % pour sa ville. De Wever a déjà dit que s’il était élu, il resterait président de la N-VA au moins jusqu’en 2014. Un cumul que les Anversois pourraient lui reprocher.

Les deux hommes se livrent un combat sans merci. Bart De Wever a lancé la campagne ce week-end. Réagissant après les échauffourées qui ont eu lieu samedi à Borgerhout, il a affirmé que s’il était élu, il retirerait à Anvers son slogan actuel : "’t stad is van iedereen" ("La ville est à tout le monde"). Sous-entendu : Anvers n’appartient pas aux jeunes voyous et aux islamistes. Patrick Janssens n’a pas tardé à répliquer en faisant valoir que s’il fallait séparer ceux qui sont dignes de la ville et ceux qui ne le sont pas, "on courrait tout droit à la discrimination ". Et d’oser cette comparaison : " De Wever verse maintenant dans la même caricature que Filip Dewinter (leader du Vlaams Belang - NdlR) il y a quelques années ."

La passe d’arme n’est pas anodine. Les deux hommes sont au coude à coude dans les sondages. Chaque voix va compter. Patrick Janssens est bien conscient qu’il n’a aucune chance de l’emporter sans les voix des allochtones. Et Bart De Wever sait qu’il doit aller puiser dans l’important vivier d’électeurs qui votaient jusqu’à présent pour le Vlaams Belang. Ce n’est pas pour rien qu’il a embauché sur sa liste un transfuge de Vlott, un petit parti proche du Vlaams Belang (Karine Leys), un ancien de la Lijst Dedecker (Rob Van de Velde) et le père de Marie-Rose Morel, l’ancienne égérie du Vlaams Belang tragiquement décédée d’un cancer l’an dernier (Chris Morel). A noter que l’homme fort de Flandre ne crache pas non plus sur le vote communautaire. Sur sa liste on retrouve également Youssef Slassi, élu en 2006 sous la bannière SP.A ou l’ancien échevin André Gantman, une figure reconnue dans la communauté juive.

Ce duel à couteaux tirés est incontestablement le fait le plus marquant et le plus spectaculaire des élections communales en Flandre. Il illustre à merveille l’enjeu du scrutin. Mais il n’est pas unique en son genre. A Gand, le bourgmestre SP.A Daniël Termont aura fort à faire face au député N-VA Siegfried Bracke. Et à Leuven, l’omniprésent Louis Tobback, encore un SP.A, devra se méfier du sénateur Danny Pieters. En fait, dans chaque ville, dans chaque commune, le candidat N-VA fera figure d’outsider, et parfois même de favori. Dans la plupart des cas pourtant, il s’agit de parfaits inconnus, peu habitués aux arcanes du pouvoir voire totalement inexpérimentés.

Sur le coup, la N-VA joue à quitte ou double. Si la greffe ne prend pas en terre flamande, il y a fort à parier que la bulle nationaliste fondera aussi rapidement que la silhouette de son leader. Mais si elle prend, ce sont les autres partis qui commenceront à avoir sérieusement peur pour leur avenir - à commencer par l’Open VLD actuellement en petite forme dans les sondages. Et cette peur se répercutera forcément à l’intérieur même du gouvernement fédéral. On ose alors imaginer comment se déroulera le restant de la législature.

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