L’exécutif flamand en pleine crise

Christian Laporte Publié le - Mis à jour le

Politique belge

Des ministres qui s’envoient des "vannes" pas piquées des vers par des courriels qui "fuitent" étonnamment là où il ne faut pas; puis les CD&V et les SP.A appartenant eux aussi à la majorité qui s’en prennent publiquement à Bart De Wever, le président de leur allié gouvernemental, la N-VA parce qu’il est aussi peu présent au Vlaams Parlement qu’au Sénat et puis, enfin, des dossiers qui montrent de profondes divisions intramajoritaires, de l’implantation du projet Uplace à Machelen aux idées - décoiffantes - de réformes de l’enseignement secondaire de Pascal Smet , il y a de l’ambiance à tous les étages au sein du gouvernement flamand. Depuis quelques semaines, les assiettes volent au sein du trio gouvernemental et rien n’indique vraiment qu’il puisse sortir totalement indemne de cette nouvelle zone de turbulences. Cela fait plutôt mauvais genre à quelques encablures de la Fête flamande. Et ce n’est sans doute pas un hasard si Eric van Rompuy a trempé sa souris informatique dans l’acide pour clamer sur son blog que "(son) parti est dégoûté - in ‘t frans in de tekst - par la manière dont la N-VA et le SP.A se disputent depuis des mois dans l’attente d’un nouvel incident" . Et Van Rompuy Jr d’ajouter qu’il en a marre "de ce cinéma alors que Kris Peeters qui est considéré comme un excellent ministre-président par ses amis comme par ses adversaires est tout le temps entraîné dans des manœuvres intenables". L’ex-ministre flamand cible aussi Bart De Wever avec lequel il a pourtant entretenu d’excellentes relations et même un peu plus jusqu’à 2010, avoue pourtant que celui-ci "a pour l’actuel Vlaams Parlement, le plus profond mépris. Nous ne sommes qu’un intermède jusqu’à ce qu’il puisse faire son entrée impériale en 2014 comme ministre-président. Chaque semaine, il passe quelques minutes dans l’hémicycle sans même jeter un regard sur ses collègues "

Pour Carl Devos, le politologue de l’Université de Gand "la grande nervosité qui traverse le gouvernement flamand est incontestablement liée au grand stress suscité par les élections communales et plus précisément par le résultat qu’y obtiendra la N-VA" .

"Il ne fait pas de doute que les nationalistes vont casser la baraque dans un grand nombre de communes mais je pense que pour le gouvernement flamand le fossé s’est aussi, hélas pour lui, élargi pour d’autres raisons qui tiennent aussi à la N-VA. Lorsqu’elle a accédé au gouvernement Peeters II en 2009, elle n’avait pas le poids qu’elle a acquis aux fédérales de 2010 et n’était pas encore le numéro un flamand. La répartition des compétences ne correspond plus aux nouvelles réalités politiques et cela amène la N-VA à se profiler toujours un peu plus au centre-droit " Mais pour le chercheur gantois, le flou peu artistique actuel tient aussi au fait que l’actuelle équipe ne semble plus avoir de vrai projet. On est loin de Via, de Vlaanderen in actie sous l’équipe précédente.

Carl Devos pointe aussi le fait que Peeters II n’a plus en son sein d’aussi fortes personnalités que le premier gouvernement de ce nom : "Peeters était entouré de Frank Vandenbroucke et de Dirk Van Mechelen qui étaient les patrons des ministres SP.A et Open VLD. C’était un trio très soudé qui ne souffrait nulle contestation. Aujourd’hui, Kris Peeters dépasse de loin tous ses pairs "

Pire : pour Carl Devos, "l’actuel gouvernement flamand est un gouvernement de transition, entre Peeters I et Peeters III ou De Wever I er... Le véritable adversaire de ce dernier n’est pas Elio Di Rupo mais l’actuel ministre-président".

Une des causes des turbulences actuelles découle aussi des débuts de cette équipe pendant l’été de 2009 : "Le gouvernement a été formé très très vite, sans longues négociations et il fut décidé que l’on entamerait le quinquennat de manière prudente sur le plan budgétaire. L’idée était de pouvoir disposer de plus de moyens pour lancer à la fin de la législature des mesures aussi fortes que des nouvelles règles en matière de soins de santé et la prime pour les enfants qui s’inscrivent dans une sécurité sociale flamande qui ne dit pas son nom. Mais la crise financière internationale est venu jouer les trouble-fêtes et il n’est pas sûr que toutes les promesses pourront se concrétiser !"

Carl Devos pointe aussi surtout des tensions entre la N-VA et le SP.A, le CD&V optant tantôt pour l’un, tantôt pour l’autre. De fortes tensions même : lorsqu’il y a quelques temps, la presse nordiste avait révélé que des collaborateurs parlementaires de la N-VA et du SP.A avaient failli en venir physiquement aux mains dans un café près du Parlement, ce n’était pas de la frime mais du solide comme dans un Parlement ukrainien ou coréen. Cela dit, le réalisme politique est aussi flamand et Devos ne pense pas qu’il y aura un changement de majorité voire un modification de l’équipe avant les élections communales.

"Kris Peeters ne l’admettrait pas Il tient absolument à montrer la stabilité de son gouvernement. Aussi n’a-t-il rien fait lors de l’arrivée du gouvernement Di Rupo. Il est vrai qu’il pourrait encore s’ouvrir à l’Open VLD car il reste deux places de ministre mais il ne le fera pas, pas plus qu’il ne se séparera de la N-VA. Et puis, les autres partis seraient-ils prêts à sacrifier certain(e)s des leurs ? Ingrid Lieten pourrait sauter chez les socialistes au profit de Freya Van den Bossche devenant vice-première et au CD&V la position de Joke Schauvliege est plus faible. A la N-VA, Bourgeois est indéboulonnable mais Peeters veut montrer envers et contre tout que son gouvernement travaille et même très fort !" Cela dit, le politologue de l’UGent est convaincu que quelque chose devra changer après les élections. "Le tout est de savoir si le gouvernement pourra trouver un second souffle et mettre en avant des projets mobilisateurs. Ce sera la vraie deuxième mi-temps qui commencera alors Si rien ne se passe, il faut redouter que les troubles continueront jusqu’au chaos car avec plus d’un an d’avance, la campagne électorale de 2014 sera lancée "

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