Politique belge Le Premier ministre a été durement attaqué, jeudi, sur l’ampleur du déficit public.

Rarement, on avait vu le Premier ministre Charles Michel (MR) mis à ce point en difficulté par l’opposition. "Nous avions dénoncé un budget 2016 pas crédible, parce que fondé sur des recettes aléatoires", lui a fait remarquer le député CDH Benoît Dispa, jeudi, en séance plénière de la Chambre. "Vous aviez balayé ces critiques d’un revers de la main, mais vous êtes aujourd’hui rattrapé par la réalité des chiffres. Je vous pose la question : où est-ce que ça a foiré ?"

Les membres de l’opposition ont attaqué le gouvernement "suédois", de centre-droit, là où ça fait mal : "sur sa gestion des finances publiques", comme l’a dit Raoul Hedebouw (PTB). Le comité de monitoring (chargé de surveiller les comptes de l’Etat) a fait savoir mardi que l’exécutif devait réaliser un effort de 2,2 milliards d’euros pour laisser le budget 2016 dans les clous européens.

"Le trou budgétaire était prévisible", a attaqué Ahmed Laaouej (PS), renvoyant aux précédentes remarques des partis de l’opposition et de la Cour des comptes. Il énumère : surestimation des recettes fiscales, surestimation de l’effet retour de certaines mesures, non prise en compte du dépassement de l’indice pivot, surestimation du rendement de plusieurs taxes, etc. "C’était écrit, mais vous n’avez tenu compte de rien", a lancé M. Laaouej à Charles Michel.

Equilibre en 2018

En réponse, ce dernier a tenté de jouer l’apaisement. Sans "minimiser l’ampleur des difficultés", il a rappelé que "ce n’est pas la première fois qu’un gouvernement sera confronté à un tel effort" - en mars 2012, l’équipe Di Rupo avait dû trouver 2,8 milliards. Quant à savoir si son gouvernement pourrait postposer le retour à l’équilibre au-delà de 2018 (date prévue) pour alléger l’effort, comme l’avait évoqué la ministre du Budget Sophie Wilmès (MR) ? "L’accord de gouvernement précise que la Belgique doit atteindre l’équilibre budgétaire en 2018." Idée enterrée, donc ? A voir. En tout cas, les trois partis flamands de la majorité ont indiqué ces dernières heures savoir qu’ils y sont opposés.

L’autre cible de l’opposition, jeudi, était sans surprise Johan Van Overtveldt (N-VA), présent dans l’hémicycle au moment des questions au Premier ministre. Le ministre des Finances a essuyé nombre de critiques ces derniers jours - notamment de la part de ses partenaires flamands… - pour les erreurs commises par l’administration (SPF) des Finances à propos des recettes fiscales (un écart de 1,4 milliard entre les estimations et la réalité actuelle). Rappelant que M. Van Overtveld avait dit à la Chambre qu’il attendait que tous les ministres fassent leurs devoirs budgétaires, Georges Gilkinet (Ecolo) a estimé que "s’il y a bien un ministre qui n’a pas fait son travail, c’est le ministre des Finances".

Déni de responsabilités

Charles Michel a demandé la clémence. Premièrement, "la méthode de calcul doit être améliorée. Le président du SPF (Hans D’Hondt) s’est engagé" à le faire. Deuxièmement, le Premier a rappelé que la sixième réforme de l’Etat avait compliqué la donne en matière d’estimation des recettes et dépenses de l’Etat. Mais cette réponse n’a pas du tout contenté l’opposition. Selon elle, le chef du gouvernement se défausse de ses responsabilités. "C’est vous qui êtes responsable du délabrement des finances publiques", lui a dit M. Laaouej. "Après le déni de réalité, on assiste au déni de responsabilités", a enchaîné M. Dispa. La conclusion de Kristof Calvo (Groen) ? "Plus vous restez avec la N-VA au sein du gouvernement, plus vous lui ressemblez : c’est toujours la faute des autres…"


Le MR va ouvrir (un peu) le jeu sur la Sécu

Une question d’équilibre. Reporter la date du retour à l’équilibre budgétaire prévu en 2018 ou pas ? Les partenaires flamands de la "suédoise" sont contre toute flexibilité à ce sujet : 2018 reste la deadline à leurs yeux. Du coup, il ne faudrait plus trouver 2,2 milliards d’euros lors du conclave budgétaire en cours mais… 3,2 milliards. On pédale donc dans la choucroute au fédéral alors que les groupes d’experts des cabinets tentent de s’entendre sur le montant réel du "trou" dans le budget 2016. Quoi qu’il en soit, les points de vue sont diamétralement opposés : la N-VA veut équilibrer les comptes en économisant dans la Sécu, comme "La Libre" le révélait mercredi, et le CD&V veut trouver des recettes via la fiscalité, ce qui est l’un des tabous de l’Open VLD… Un premier kern "spécial conclave" était prévu hier soir pour dépatouiller tout cela. Selon nos informations, le MR pourrait faire le lien entre les nationalistes et les démocrates-chrétiens flamands en proposant des économies acceptables par tous dans la sécurité sociale.