Politique belge

Ce mardi soir, lors d'une Master class à l'IHECS organisée par le think tank Protagoras, l'ancien Premier est revenu sur plusieurs de ses stratégies de communication devant un parterre premièrement composé d'étudiants, certains souhaitant plus tard pratiquer la "com'pol".

Le racisme des débuts

Elio Di Rupo commence son exposé avec un bref rappel de sa vie privée: son enfance, ses premiers pas dans le monde politique en tant qu’étudiant militant, ses premiers succès en tant que mandataire. Il revient, plus précisément, sur sa toute première affiche électorale, où il arbore un brushing d’époque.

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Signe particulier: j’avais une cravate”, ironise le numéro un du PS. Sur les listes communales, il décrocha la 24ème place. Comment se démarquer alors que personne ne le connaissait? “J’avais collé sur mes affiches le bandeau ‘Milieu de liste’, ce qui m’a valu beaucoup de problèmes en interne du parti.” Une première stratégie osée, qui a fonctionné. “Mais c’est la première fois de ma vie qu’on m’a fait ressentir que j’étais d’origine italienne, avoue-t-il alors. On faisait des croix gammées sur mes affiches, on me traitait de ‘Sale rital’. On ne m’avait jamais considéré comme un 'rital', je ne connaissais pas cette expression.” Pour s’habituer aux moqueries xénophobes, Di Rupo avance un remède, “l’énorme quantité de travail” sous-jacente à la communication, seule manière, selon lui, de prouver aux électeurs le bien-fondé d’un programme.


Le dossier politico-sensible: son affaire de pédophilie

C’était en 1996”, se rappelle celui qui était vice-Premier. Son nom a défrayé la chronique lors de l’affaire Trusgnach, où un jeune homosexuel l’a accusé d’avoir eu des relations sexuelles alors qu'il était mineur. “Démontrer que l’on est innocent est quelque chose de très difficile. (...) Durant deux ans et demi, j’ai été pourchassé par des dizaines de policiers qui étaient bien entendu concentrés sur cette affaire délicieuse, puisqu’un vice-Premier ministre y était épinglé.” Dossier sensible, qu'il se remémore aujourd'hui machinalement, mais qui lui sert de tremplin vers un nouvel aspect de son exposé: la gestion de sa propre communication.


Une affaire de "caractère"

Encore aujourd’hui, lorsque je vais chez Pascal Vrebos, je ressens du stress (...) et je me prépare jusqu’à la dernière seconde.” Un stress qui touche n’importe quel homme politique avant un direct, pense Di Rupo. “Certains d’entre nous peuvent avoir l’air décontractés”, mais face à un journaliste, le mandataire n’est pas tenu informé des thèmes qui seront abordés. “Cela demande une préparation minutieuse (...) sur les mots, car une phrase de travers peut avoir des conséquences que l’on n’imagine pas.” Un travail, mais aussi un caractère. Lorsqu’un étudiant de l’IHECS lui demande si le problème, chez de grands impopulaires comme François Hollande ou Hillary Clinton, n’est pas qu’ils apparaissent trop préparés, ou pas assez sincères, Di Rupo utilise un exemple étonnant: celui de Nicolas Sarkozy.

La politique est une affaire de caractère. Regardez Nicolas Sarkozy. Encore aujourd’hui, lorsqu’il tient un meeting, on le reconnait (...), ses discours, c’est lui.” Jusqu’à sous-entendre que l’actuel président français en manque. Soulignant l’intérêt d’une bonne équipe pour gérer la communication d’un représentant, Di Rupo sous-entend une certaine incompétence de la part de celle de François Hollande. “Quand vous devez tenir un meeting sous la pluie, vous prenez un parapluie, non? Ca me semble évident”, fit-il allusion à un discours tenu en 2014 sur l’île de Seing par Hollande.