Politique belge

Parti populaire, La Droite, Parti libertarien, Union des libéraux… Le nombre de petites formations radicales, situées à la droite du MR, a explosé en quelques mois à peine, à moins d’un an des prochaines élections. Pourquoi ? Parce que leurs fondateurs et leurs dirigeants sentent qu’il y a une belle carte politique à jouer : capter les électeurs déçus par le "centrisme" du MR.

Mais aussi, plus discrètement, rafler le vote de l’électorat de l’ex-FN encore déboussolé par la quasi-disparition des partis d’extrême droite en Belgique francophone. Ce pari est aussi influencé par le parcours de Nicolas Sarkozy qui, en France, avait réussi à amener une partie des électeurs de Jean-Marie Le Pen à voter pour la droite démocratique. "En Belgique francophone, les partis de droite radicale ou partis ‘à la droite de la droite’ représentent une tendance que l’on pourrait qualifier de nationale-libérale. C’est-à-dire un courant que l’on retrouve aussi au sein du FN français et du Vlaams Belang. Mais ce sont des partis qui sont en même temps bien différents de l’extrême droite", analyse Manuel Abramowicz de Résistance.be, le web-journal de l’Observatoire belge de l’extrême droite.

En effet, leurs origines idéologiques et leur personnel politique sont d’une autre nature que les fondateurs de l’ancien FN belge, par exemple. Il n’y a pas de racines "fascistes" dans leur idéologie. Et, lorsque les représentants de ces partis ont un passé politique, c’est quasi-exclusivement au MR qu’ils l’ont vécu. "Ces partis veulent être une alternative politique située à la droite de la droite comme elle existe ailleurs en Europe. En France, il y a eu aussi des petits partis alternatifs libéraux. Aux Pays-Bas, on trouve le PVV de Geert Wilders, une dissidence du parti libéral hollandais", ajoute Manuel Abramowicz.

"Compromission" du MR

La stratégie de ces petites formations repose à peu près toujours sur le même système : ces partis dénoncent les "compromissions" du MR avec le PS, Ecolo et l’aile gauche des humanistes. "Pour eux, le MR ne représente plus la droite forte. Cette critique du MR est apparue dès l’arrivée de Louis Michel à la présidence en 1995. Il se revendique du libéralisme social et, du coup, il est vu par ces petits partis de droite comme un quasi-gauchiste. Toutefois, le lancement de mouvements politiques en dehors du MR n’a vraiment commencé qu’en 2009, avec la création du Parti populaire (PP) de Mischaël Modrikamen, qui incarne le mieux cette nouvelle droite nationale populiste. Le PP se présente comme la "droite décomplexée" face au MR qui, lui, serait la ‘droite complexée’."

Par contre, si le programme de ces partis ne permet pas de les classer à l’extrême droite, ils jouent tout de même sur ses thèmes de campagne. "Ils reprennent parfois de manière camouflée, plus soft ou détournée, les thèmes qui ont fait le succès du FN belge dans les années 90. C’est ce que j’appelle les trois "i’: immigration, islamisation, insécurité. Mais ce sont bien des partis libéraux ! Donc, ils ne se sont pas non plus en faveur d’une "immigration zéro". Ils savent qu’en cas de pénurie de main-d’œuvre, il faut aller la chercher à l’étranger dans le cadre d’une "immigration choisie" pour les entreprises.

Quels sont ces partis ? 

Le Parti Populaire (PP), l’ex-challenger du MR

Armée mexicaine. Créé en 2009, le Parti populaire avait pas mal d’atouts pour réussir. A commencer par un leader, Mischaël Modrikamen, doté d’un certain charisme. "Cette personnalité qui n’est pas issue du monde politique a structuré très rapidement son parti, note Manuel Abramowicz. C’était très prometteur mais, très vite, on a vu les premières frictions et conflits internes. C’est souvent le cas dans ce genre de formations qui sont des armées mexicaines et où tout le monde veut devenir calife à la place du calife…". Le PP n’a finalement pas connu le succès qu’on lui prédisait au début.

La Droite, le concurrent du… PP

Anti-islamisme. La Droite est une dissidence du Parti populaire lancée et dirigée par Aldo-Michel Mungo, un ancien sympathisant du PRL historique, "que l’on a aussi vu prendre la parole lors d’un colloque en France devant des représentants d’associations d’extrême droite sur les thèmes de l’islamisation", nuance Manuel Abramowicz. Les relations entre le PP et La Droite sont très tendues car ces formations veulent occuper la 1re place parmi les partis de droite "dure". Verdict en 2014. Mais les diverses casseroles judiciaires de Mungo pourraient jouer un tour à La Droite qui se présente comme un parti qui défend la rigueur dans la gestion.

Parti libertarien, la liberté à tout prix

Atypique. Inspiré par un courant politique venu des USA, le Parti libertarien est atypique parmi les petits partis de droite. "Il est à la droite de la droite mais dans la doctrine ultralibérale. Partisan de la liberté en tout et à tout prix, le Parti libertarien défend un libéralisme radical en matière économique (suppression des impôts, sauf la TVA), est en faveur de la dépénalisation des drogues et défend la liberté religieuse inconditionnelle. Mais aussi la liberté d’immigration ! Ses positions sont diamétralement opposées à l’extrême-droite." Cette formation a été lancée officiellement fin 2012.

L'Union des Libéreaux (UdL), pour un retour aux sources

"Aernoudt Boys". L’Union des Libéraux (UdL) a choisi le 14 juin pour s’instituer, soit le jour-anniversaire de la fondation du Parti libéral en Belgique (en 1846). La formation qui veut revenir aux sources du libéralisme est composée surtout d’anciens proches du MR - déçus de ce parti jugé trop "étatiste" -, ainsi que des partisans ayant connu l’expérience du Parti populaire à l’époque du tandem Mischaël Modrikamen-Rudy Aernoudt. C’est de la philosophie de Rudy Aernoudt (aussi ex-fondateur de l’éphémère LiDé) que l’UdL se dit la plus proche.

Valeurs libérales, proche de l’UDC suisse

Dissidence. Encore un parti créé (cette année) par un ancien du PP : l’avocat hutois Philippe Chansay-Wilmotte qui était, il y a peu, vice-président de la formation de Mischaël Modrikamen. Pour Manuel Abramowicz, "Valeurs libérales citoyennes" est proche de l’UDC suisse (parti de droite populiste qui avait choqué par des campagnes ouvertement racistes), une formation "d ont Chansay-Wilmotte a été l’avocat en Belgique". On peut le classer parmi les politiciens anti-Islam.

P+, le parti anti-Charia

Pas d’ambiguïté. Au cœur du programme de P +, on trouve très clairement la "lutte" contre la Charia (en résumé, la loi islamique) : "expulser tous les imams qui propagent un islam incompatible avec nos lois; mettre sous surveillance les mosquées; fermer les mosquées au sein desquelles se diffuse une idéologie jihadiste; interdire et dissoudre le parti islam, faire destituer ses élus…", détaille le site web du parti. P + a été créé par Pierre Renversez, le monsieur anti-Charia en Belgique.

Nouvel élan wallon, de drôles de régionalistes

Tolérance zéro. Le Nouvel élan wallon peut être classé dans la droite "dure" car il prône une restriction de l’immigration et réclame la "tolérance zéro" en matière de sécurité. Il ne s’agit pas vraiment de régionalistes wallons au sens strict car le programme disponible évoque surtout le refinancement de Bruxelles et son statut comme Région à part entière. La formation "tape" aussi sur le clientélisme politique et la particratie, thèmes récurrents à la droite de la droite.

MLD (Laurent Louis), l’ami du parti Islam…

Insaisissable. Laurent Louis était devenu le seul député PP en 2010 mais, suite à des propos racistes, Modrikamen a décidé de s’en séparer. Depuis, le MLD de Laurent Louis a été dissous. "Allié depuis au parti Islam et autres, Laurent Louis s’est associé à Dieudonné pour dénoncer le "lobby juif" qui expliquerait qu’on l’empêche d’avoir accès aux médias. Il manifeste avec les pro-Assad…", rappelle Manuel Abramowicz. Aujourd’hui, discrédité, Laurent Louis ne représente plus que quelques personnes.