Politique belge Le paysage politique est en train de se restructurer autour des axes centre-droit et centre-gauche. 

Les caprices de la météo illustraient cruellement les réalités très différentes du CDH et du MR, tout frais partenaires au gouvernement wallon. Les deux partis organisaient leur meeting de rentrée au cours du week-end. Sous la drache nationale pour les humanistes, samedi, au parc du Cinquantenaire, à Bruxelles. Sous de belles éclaircies pour les libéraux, dimanche, à Walibi, à Wavre. Contraste aussi sur le nombre de participants. 600 au CDH, selon la version officielle - nettement moins selon la version officieuse. Autour de… 10 000 du côté du MR (il y avait 13 000 inscrits).

Certes, la pluie n’aura pas encouragé les centristes à mettre le nez dehors, mais, dès vendredi, il nous revenait qu’il y avait très peu d’inscrits au rendez-vous du lendemain en raison du découragement généré par le sondage "Le Soir"/RTL publié ce jour-là. Le CDH y apparaît en 5e position en Wallonie (à 8,7 %) et est 6e à Bruxelles (5,8 %). Benoît Lutgen et ses troupes sont manifestement sanctionnés pour avoir causé la crise politique estivale après avoir appelé le 19 juin à mettre le PS partout dans l’opposition.

A l’inverse, la foule présente dimanche à Walibi, privatisé pour l’occasion, était sans doute davantage attirée par les attractions que par les discours du président du MR, Olivier Chastel, et du Premier ministre Charles Michel. Mais la première place de leur formation dans ce sondage à Bruxelles (19,8 %) et en Wallonie (21,4 %) aura naturellement réjoui les militants, malgré des intentions de vote en baisse par rapport aux élections de 2014.

Deux partenaires. Deux situations très différentes. Un MR sûr de son fait, Olivier Chastel saluant "la gestion exceptionnelle du gouvernement fédéral". Et un CDH qui doute. Qui se cherche, qui organise un "festival des projets", comme pour retrouver du souffle en vue des élections de 2018 et de 2019.

La naissance de deux axes

Qu’on ne s’y trompe pas, cependant. La fragilité du CDH inquiète le MR. Elle l’affaiblit même. Parce que, de plus en plus, deux axes émergent dans le paysage politique francophone. Un axe de centre-droit MR/CDH. Et un axe de centre-gauche autour du PS (avec Défi en Région bruxelloise). Or, les libéraux jouent en plein la carte de la dualisation de l’offre politique. Il leur faut donc un partenaire robuste.

"Jamais la situation n’a été aussi limpide, a scandé Olivier Chastel, dimanche matin. Les francophones ont désormais le choix entre deux offres clairement identifiables. D’une part, un projet de centre-droit que nous portons, avec pour priorité l’économie, l’emploi et l’amélioration du niveau de vie. D’autre part, une gauche aux abois qui court vers les extrêmes en oubliant sa longue histoire sociale-démocrate." Attaque à peine voilée contre le PS qui a "gauchisé" son discours ces derniers mois, menacé par la percée du PTB dans les sondages. Charles Michel a ainsi mis en garde contre le "retour du communisme", qu’il voit comme "un mensonge et une illusion".

La volonté du MR de réduire le débat politique à une confrontation droite-gauche - le "nous contre eux" - n’est pas neuve et le PS a toujours joué dans cette pièce. Mais cela ne s’était jamais autant matérialisé qu’aujourd’hui, tant dans les sondages que dans la donne politique sur le terrain. Dans ce contexte, le comble pour le MR, c’est que si le CDH poursuit sa descente aux enfers, les deux partis n’auront plus la majorité ensemble et les libéraux devront pactiser avec la gauche, PS en tête, pour aller au pouvoir dans les régions en 2019 (au fédéral, ils pourront toujours compter sur les Flamands).