La marmite Di Rupo commence à bouillir

M. Co. et V. d.W. Publié le - Mis à jour le

Politique belge

Treize milliards d’euros: c’est le montant des transferts que la réforme de l’Etat, préconisée par les 7présidents de parti invités à négocier le programme et la formation du prochain gouvernement, pourrait prévoir. Ce serait là une des plus importantes réformes de l’Etat, si pas la plus importante de l’histoire institutionnelle récente de la Belgique. Mercredi, pendant près de 3 heures, au cabinet bruxellois du ministre régional wallon Jean-Claude Marcourt, avenue Louise à Bruxelles, Elio Di Rupo, le toujours "préformateur" du futur gouvernement a présenté aux responsables des 7 partis politiques le fruit de ses contacts bilatéraux. Des contacts qu’il a noués pendant la "pause familiale" au cours de laquelle les négociateurs ont pu recharger leurs accus en famille. Alors que certains prétendaient qu’Elio Di Rupo n’avait encore rien produit de concret et se contentait de créer un cadre, une stratégie, une méthode, le préformateur a donc présenté le périmètre de négociation possible dans le domaine institutionnel. Selon une estimation encore assez générale, cette réforme pourrait donc concerner un ensemble de matières qui, sur le plan budgétaire, pourraient atteindre 13 milliards d’euros. Quasiment tous les domaines seraient touchés, y compris la sécurité sociale, mais sans que l’on remette en cause le sacro-saint principe de la solidarité interpersonnelle, à laquelle les francophones sont très attachés. Elio Di Rupo s’est bien gardé de remettre un document écrit. La discrétion est toujours de mise. Les interlocuteurs d’Elio Di Rupo vont à présent devoir digérer et analyser les propositions d’Elio Di Rupo, chacun dans leur parti. Le préformateur a prévu de collationner les réactions avant d’organiser une nouvelle réunion plénière. Celle-ci devrait normalement permettre d’amener le processus de préformation tout doucement à sa fin. Pour autant bien sûr que les réponses enregistrées par Elio Di Rupo soient positives et que les remarques paraissent suffisamment compatibles pour passer au stade de la formation du gouvenement. Un nouveau rapport au Roi est prévu le 16 août. Si tout se passe comme prévu, Elio Di Rupo pourrait alors, peut-être alors, devenir "formateur". Evidemment, une multitude de questions doivent encore être réglées: vers quelles institutions fédérées les compétences seront-elles transférées (les Régions, demande francophone, ou les Communautés, demande flamande). Se dirige-t-on, finalement, vers un fédéralisme à 2, à 3, à 4 ? Et surtout, quel sera l’avenir de la Région bruxelloise, qui demeure la principale pierre d’achoppement de cette discussion entre francophones et Flamands. Car pour beaucoup de Flamands, la capitale demeure une ville de loisirs, de services ou de travail. En tout cas pas une région à part entière où un million de gens vivent. Les sept partis associés aux palabres institutionnels étaient représentés par leurs présidents. Elio Di Rupo dirigeant la réunion, c’est Laurette Onkelinx qui donnait sa voix au Parti socialiste. Ils étaient donc huit autour de la table: Bart De Wever (N-VA), Wouter Beke (CD&V), Caroline Gennez (SP.A), Joëlle Milquet (CDH), Jean-Michel Javaux (Ecolo) et Wouter Van Besien (Groen !) La rencontre entre les 7partis avait été précédée par une réunion des partis francophones, histoire de s’assurer que les résultats des contacts bilatéraux de ces derniers jours étaient bien compris par tout le monde. Cette réunion, confie-t-on, s’est déroulée dans une bonne ambiance générale, malgré une sortie remarquée d’Ecolo et de Groen !, remettant sur le tapis, à un drôle de moment, la question de leur participation. Juste avant les retrouvailles des sept, les verts ont demandé que leur participation soit clarifiée par Elio Di Rupo et Bart De Wever: les verts feront-ils, oui ou non, partie de la prochaine coalition ? S’ils avaient voulu glisser une peau de banane sous la talonnette d’Elio Di Rupo, ils n’auraient pas agi autrement. Rappel: la famille écologiste ne veut pas monter dans un gouvernement sans que Groen ! n’obtienne un vrai ministère: un secrétaire d’Etat ne leur suffit pas. Cette attitude continue d’agacer les autres partenaires: "Les verts sont les seuls à déjà parler de mandat et de postes " ironise-t-on. "Les verts agissent comme s’ils n’attendaient qu’une chose : qu’on leur dise qu’ils ne sont pas désirés." L’essentiel n’est évidemment pas là. On pourra mesurer, dans les heures et les jours qui viennent, la capacité des partis à s’engager dans un processus de négociation gouvernementale. Tous les yeux vont à présent se tourner vers le président de la N-VA, Bart De Wever. Pendant sa période d’information, le président de la N-VA, jouant le nationaliste reconverti au fédéralisme, avait fait mine d’être prêt à accepter quelques concessions dans le cadre des négociations postélectorales. Est-il vraiment, encore et toujours, dans cet état d’esprit ? Certains en doutent, coincés qu’il est entre ses promesses préélectorales et la réalité politique. L’ampleur de la réforme annoncée pourrait l’aider, même s’il devra, bien entendu, abandonner certaines de ses outrances.

M. Co. et V. d.W.

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