"La mission d'Elio Di Rupo est réellement la mission de la dernière chance"

V.d.W. Publié le - Mis à jour le

Politique belge

Et ce beau front francophone, auquel tous les partis disaient tenir depuis que les libéraux ont rejoint l’équipe des joyeux négociateurs ? N’est-ce déjà plus qu’un mythe, une chimère, une utopie, une vue de l’esprit ?

Il faut dire que, depuis quelques jours, Charles Michel, président du MR, n’y va pas de main morte. Dans "L’Avenir", il y a quelques jours, puis ce mardi dans "Le Soir", il se lâche Pourtant, le principal intéressé se défend de vouloir alimenter la polémique. Il s’est contenté, dit-il, de commenter une carte blanche rédigée par Corentin de Salle, collaborateur au Centre Jean Gol, le centre d’études du MR. De Salle disait : le libéralisme a toujours combattu le statu quo, les vrais conservateurs se trouvent dans les partis de gauche.

Il n’en fallait pas plus pour que Laurette Onkelinx, vice-Première ministre PS, dénonce, sur les antennes de RTL, "le retour de l’arrogance au MR". Comprenez : après des débuts sympas et consensuels, Charles Michel a repris le discours et la méthode de son prédécesseur, Didier Reynders.

La phrase libérale qui a fait mal est celle-ci : "l’intransigeance de la N-VA est à l’origine du blocage dans le dossier communautaire" mais "le conservatisme de la gauche francophone cause le blocage socioéconomique, car elle empêche de réduire les impôts pour les bas et moyens salaires, et de réformer le chômage et les retraites." Autrement dit, pour le libéral, la gauche bloque autant que la N-VA.

Stupeur et déception chez les rouges. La gauche bloque ? N’est-ce pas Elio Di Rupo qui, le premier, lors du fameux week-end à Vollezele, début juillet 2010, a tenté d’imposer à la N-VA une discussion concomitante sur les dossiers socio-économiques et institutionnels ? Mais la N-VA n’en a pas voulu, exigeant de placer l’institutionnel au-devant des priorités pour éviter, comme en 2007 - année où la négociation était conduite par le CD&V et le MR - de se faire piéger.

PS, CDH et Ecolo pointent ce qu’ils nomment les "contradictions" du discours de Charles Michel : "Le 15 janvier dernier, alors qu’il était toujours candidat à la présidence de son parti, il plaidait, sans doute pour racoler les militants du FDF, en faveur d’une négociation sans la N-VA et avec les libéraux. À présent, le voilà qui se lance dans un plaidoyer de centre droit, pour un gouvernement avec la N-VA et sans la gauche. Ce faisant, il applique la doctrine Maddens : les Flamands doivent imposer aux francophones leur manière de penser, tout simplement parce qu’ils sont majoritaires. Si l’on suit Michel, la prochaine majorité sera de droite, certes, mais surtout flamande, à la Chambre. Un autre, au CDH lâche : "Il s’agit d’un positionnement purement stratégique. Craint-il d’être finalement éjecté dans l’opposition ? Il sait pourtant que Di Rupo ne le fera pas. Croit-il à la tenue d’élections à l’automne et tente-t-il de raviver le clivage gauche-droite ? C’est bien possible "

Lundi soir, le président du MR nous précisait sa pensée, tout en contestant farouchement ces interprétations. "Il n’y a aucune arrogance dans mon analyse qui est essentiellement politique. On parle d’arrogance, mais il n’y a pas un mot d’insulte ou de dénigrement. Quand j’évoque l’immobilisme de la gauche, je ne vise évidemment pas cette négociation-ci, mais bien la position des socialistes qui depuis dix ans, en matière de pensions, de marché du travail, de Justice, donnent l’image d’un parti qui ne veut pas réformer. Le PS continue à présenter des tabous qui empêchent des discussions en profondeur et une réelle évolution. Or, je pense que le nationalisme et le séparatisme se sont nourris de l’incapacité de la Wallonie à se redresser économiquement et socialement depuis dix ans."

Pour Charles Michel, la note d’Elio Di Rupo doit pencher vers la droite : "Elio Di Rupo veut rassembler neuf partis dans la négociation et annonce qu’il va mettre en œuvre une politique de gauche. Mais il oublie que le PS est minoritaire au Parlement fédéral. Si l’on tient compte de la sensibilité et du positionnement des neuf partis en question, alors, la balance penche bien du côté du centre droit. Ce n’est pas la Flandre qui impose ses choix : c’est le résultat du vote fédéral, c’est la démocratie. Le nationalisme est quelque chose que j’exècre. Mais c’est le PS qui, en excluant dès le début des négociations les libéraux, a rendu la N-VA incontournable. C’était une erreur mathématique cruciale".

Charles Michel conteste enfin le droit d’Elio Di Rupo de se présenter en tant que porte-parole des francophones : "Oui, il y a une vraie concertation intrafrancophone sur les problèmes institutionnels. Mais Elio Di Rupo ne porte pas la parole de tous les francophones sur le plan socioéconomique "

Vous vouliez un peu d’ambiance, dans ce climat un peu morne ?

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