Politique belge

Plusieurs éditorialistes francophones fustigeaient mercredi la campagne de la N-VA "digne de l'extrême droite" contre le pacte de l'ONU sur les migrations, publiée la veille pendant quelques heures. D'après eux, une chute du gouvernement est devenue inévitable.

Dans La Libre, notre éditorialiste Francis Van De Woestyne parle d'une "campagne de désinformation affligeante qui reprend les images et les concepts 'anti-immigration' utilisés par les partis européens les plus extrémistes". Il est "probable que le pays s'enfonce dans une crise politique dont personne ne peut prédire le dénouement. Cette crise est inutile. Cette crise était évitable". "Ceux qui provoquent la chute de ce gouvernement portent une lourde responsabilité et mettent en danger l'avenir des citoyens et du pays. Sans doute est-ce là le dernier de leurs soucis", conclut-il.

Dans Le Soir, Béatrice Delvaux estime désormais qu'il est "impossible pour un Premier ministre, qui a pourtant avalé tant de couleuvres, de coexister avec un parti diffusant une campagne à l'iconographie d'extrême droite et au contenu mensonger, sous les hourras et les bravos fraternels et assassins du Vlaams Belang".

Christian Carpentier écrit pour sa part dans les journaux de Sudpresse que la N-VA a "franchi la ligne rouge de la démocratie" avec sa campagne. "Pendant quelques heures elle a publié sur Internet des images immondes, dignes des pires heures de notre histoire, sur le Pacte des migrants", ajoute-t-il. A ses yeux, le "Vlaams Blok (prédécesseur du Vlaams Belang, condamné pour racisme; ndlr) a officiellement réussi à faire son entrée au gouvernement sous les oripeaux de la N-VA".

Dans l'Echo, Mathieu Colleyn juge que la N-VA a définitivement abîmé "ses relations avec le seul parti francophone qui semblait pouvoir collaborer avec elle". "En diffusant ces images illustrant le refus catégorique du parti d'approuver ce fameux pacte migratoire, la N-VA dynamitait du même coup le rendez-vous qui devait permettre une sortie de crise, écornant au passage l'image de parti responsable et gestionnaire qu'elle doit également soigner si elle veut demeurer première en Flandre", analyse-t-il.

Dans l'Avenir, Nathanaël Jacqumin souligne que le gouvernement fédéral "n'est plus en sursis", mais en "état de mort cérébrale". "En utilisant un discours proche de celui du Vlaams Belang, la N-VA a décidé de lancer avant les fêtes sa campagne où elle espère reprendre les voix égarées en Flandre du côté de l'extrême droite, en adoptant un discours nationaliste et identitaire, plus porteur qu'un discours qui défendrait le bilan socio-économique de son gouvernement. À moins que De Wever ne sorte un lapin de son chapeau, la N-VA met donc virtuellement fin à la coalition suédoise", pointe-t-il.

Bart Eeckhout, dans son édito dans le Morgen estime que l'ombre du Vlaams Belang plane de plus en plus sur la N-VA depuis les dernières élections communales. "Aujourd'hui, nous voyons à nouveau comment un petit acteur acteur veut imposer une plus grande volonté. Seule la N-VA est devenue le chien attirée par sa queue: le Vlaams Belang. (...) Cette conclusion est également douloureuse pour le noyau classique de la N-VA, qui représente un nationalisme ferme mais démocratique. "

Le Standaard titre dans son édition du jour: "Wat nu, Bart de Wever ?" (traduisez par 'et quoi maintenant, Bart de Wever ?'). "Les excuses de la N-VA pour sa campagne 'qui touche le fond' n'ont pas été suffisantes", écrit Bart Sturtewagen. (...) Depuis les élections décevantes du 14 octobre dernier, elle a perdu son totem d'inviolabilité. Sa radicalisation soudaine à propos du pacte sur les migrations était motivée par la crainte qu'elle ne soit pas protégée sur son flanc droit."