Politique belge

A son arrivée en 2009, le gouvernement bruxellois s’était engagé à lutter contre la politisation de son administration. A quelques mois de la fin de cette législature, il faut bien constater que le placement politique demeure un sport bruxellois. Ce n’est pas tant un ou deux cas précis que l’ampleur du phénomène qui attire l’attention. L’infographie ci-dessous indique que les principaux postes à responsabilités dans les organismes parapublics, ainsi que dans l’administration régionale elle-même sont occupés par des personnalités souvent directement issues du sérail politique. Sans préjuger ni des compétences des uns et des autres ni des procédures qui ont conduit à ces désignations, il devient difficile de ne pas y voir des manœuvres partisanes dans le chef de l’Olivier bruxellois.

(Une erreur s'est glissée dans cette infographie: Jean-Paul Gailly est bien membre du PS, et non pas d'Ecolo comme indiqué erronément) 

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La désignation, en 2011, de Gregor Chapelle (ancien échevin forestois) à la tête d’Actiris avait déjà jeté le trouble. Elle fut considérée comme un donnant-donnant avec le CDH qui a pu tranquillement propulser Christan Lamouline, ancien chef de cabinet du ministre Benoît Cerexhe, à la direction générale de l’administration. Depuis, l’ancienne porte-parole de Charles Picqué a rejoint l’équipe de Gregor Chapelle, Benjamin Cadranel, ancien chef de cabinet du même Picqué, est passé à la SDRB et l’ancienne députée PS Olivie P’tito a pris la direction de Bruxelles Formation. Ecolo n’est pas non plus en reste puisque Fréderic Fontaine, ancien du cabinet Huytebroeck est devenu directeur de Bruxelles Environnement alors que son prédécesseur n’a même pas encore quitté son poste (!), et que l’administration de la Mobilité attend l’arrivée imminente de Jean-Paul Gailly, un ancien de chez Isabelle Durant. La nomination du député VLD Jean-Luc Vanraes à la vice-présidence de la SRIB est pour bientôt.

Une vingtaine de nouveaux postes

Et à en croire les échos qui proviennent de l’administration, le phénomène n’est pas près de s’arrêter. Bien au contraire. Au début de cette année, le gouvernement bruxellois a décidé d’ouvrir une vingtaine de postes de niveau A 4 vacants depuis 1998. Les désignations sont en cours mais il revient à "La Libre" que seules 37 candidatures ont été introduites. Ces hauts grades sont convoités par nombre de membres de cabinets ministériels. "Une façon de caser du monde avant les élections" , glisse-t-on. Côté syndical on pointe l’avantage dont bénéficient les membres de cabinets. Ils sont par exemple souvent mis au courant bien avant tout le monde de la vacance de tel ou tel poste - "ce qui leur laisse plus de temps pour se préparer - et des connaissances requises . Et on ne s’étendra pas sur les critères de sélection parfois ajoutés en fonction de la personne que l’on entend promouvoir. "La politisation ne me pose pas de problème si la compétence se confirme sur la durée, ce qui n’est pas toujours le cas" , tempère Luc Bessem pour le syndicat libéral.

Bruno De Lille, secrétaire d’Etat Groen à la fonction publique conteste toute vision politicienne de la situation. "Toutes ces personnes ont été désignées après avoir réussi des procédures très encadrées, assure-t-il. Elles ont été choisies en fonction de leurs compétences et non de leur couleur politique. Le gouvernement a toujours désigné ceux qui étaient arrivés en tête de la sélection, à l’exception de Julie Fiszman (ancienne députée PS) mais le numéro 1 était proche de la retraite. Si on ne l’avait pas choisie, on aurait dû recommencer la procédure." Bruno De Lille insiste aussi sur le fait qu’il s’agit de mandats soumis à évaluation après deux ans, de quoi dissuader de s’adonner aux petits jeux politique, estime-t-il. Il rappelle que les postes A4 sont dans l’accord de gouvernement et qu’ils ne purent être ouverts qu’une fois le cadre linguistique bruxellois fixé. Ce qui ne fut fait que récemment.Mathieu Colleyn