Politique belge

Le nouveau couple wallon MR-CDH aura sans doute angoissé jusqu'à la dernière minute mais la nouvelle majorité parlementaire était finalement en nombre, vendredi, au Saint-Gilles à Namur, pour adopter la motion de méfiance constructive contre le gouvernement PS-CDH dirigé par Paul Magnette (PS). Une motion déjà vue au niveau d'une commune, mais jamais d'une région.

Peu avant 13h00, c'est l'effervescence à l'entrée de l'Assemblée. Les députés retardataires déboulent à toute vitesse, certains n'hésitant pas à confier aux huissiers les clés de leur voiture mal garée devant le bâtiment.

Galant enceinte jusqu'au cou

Jacqueline Galant (MR), enceinte jusqu'au cou dans une robe rouge à pois blancs, est bel et bien là, tout comme sa consœur du CDH, Mathilde Vandorpe, dans le même état qu'elle. Elles pourront tenir leur rôle, indispensable. C'est que la majorité MR (25 députés) - CDH (13) ne tient qu'à un fil, face aux 37 élus de l'opposition (30 PS – 4 Ecolo – 2 PTB et 1 indépendant).

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Vers 13h10 et en l'absence des ministres PS, le président reconduit du Parlement, le CDH André Antoine, ouvre cette séance extraordinaire en prenant acte de la démission du ministre CDH Maxime Prévot, qui redevient donc député. A ce moment, la Wallonie n'a plus de ministre des Travaux publics, de la Santé, de l'Action sociale et du Patrimoine. Cela ne durera pas.

"Enfin l'alternance"

L'heure du débat sur la motion de méfiance constructive, déposée par le MR et le CDH, est arrivée. Elle vise le gouvernement PS-CDH dans son ensemble, précise le président Antoine. Le chef de groupe CDH Dimitri Fourny ouvre les hostilités, sur un mode plutôt virulent. Il se réjouit d'obtenir « enfin l'alternance » après ces 30 années où le PS a gouverné la Wallonie, feignant d'oublier que c'est essentiellement avec son propre parti que les socialistes ont dirigé la région.

Dimitri Fourny justifie la motion dont il est l'un des coauteurs. Il fait référence aux affaires (Publifin, ISPPC, Samusocial) évidemment. Puis poursuit : « En 2014, nous avions signé un accord de gouvernement avec un parti social-démocrate ». Aujourd'hui, déplore le bourgmestre de Neufchâteau, le PS court derrière le PTB. Bronca sur les bancs socialistes. Le chef de groupe CDH en rajoute une couche, dénonçant le manque de temps consacré à la région par le ministre-président Magnette. Une référence à son implication à Charleroi en tant que bourgmestre empêché. Remarque un peu maladroite, vu la même implication à Namur du désormais ex-vice-président du gouvernement Maxime Prévot.

Dimitri Fourny
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Jean-Paul Wahl, nouveau chef de groupe MR, sera bien plus bref, et moins polémique, à la tribune. « Notre motion de méfiance ne vise pas des individus, mais une politique », dit-il, comme pour apaiser les socialistes.

"Qui trahit un jour, trahit toujours"

Christophe Collignon, chef de groupe PS, saluera la correction de son homologue réformateur. Quant à l'intervention de M. Fourny, elle ne mérite, selon lui, « que le mépris ». On sent la rancune socialiste à l'égard du partenaire qui l'a trahi. Il entame sa prise de parole par un hommage appuyé aux cinq ministres PS qui ont « oeuvré dans l'intérêt général », avant de rappeler que, déjà en 1987, le CDH (qui s'appelait encore le PSC) avait trahi son partenaire de gouvernement (de droite à l'époque). Et de conseiller la vigilance au MR : « Qui trahit un jour, trahit toujours ».

Christophe Collignon et André Antoine
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M. Collignon fait ensuite son mea culpa : « Nous avons une part de responsabilités dans les affaires ». « Mais, ajoute-t-il immédiatement, à l'adresse de Benoît Lutgen, nous ne pouvons tolérer les anathèmes utilisés par le président du CDH : non, il ne peut s'agir de délivrer la Wallonie ; oui, il est inconvenant de parler d'assistanat ! Notre parti et les 633.000 citoyens qui l'ont choisi méritent un peu de respect. »

Pour Ecolo, Stéphane Hazée regrette : « Nous voulions une alternative et nous n'aurons que l'alternance », déplorant ainsi la continuité qu'il constate entre les deux majorités, plutôt que la rupture annoncée.

"Un cirque"

Le député PTB Frédéric Gilliot lui, se contente de dire que « les citoyens méritent mieux que le cirque auquel nous avons assisté ces dernières semaines. »

Dernier à prendre la parole, le député indépendant André-Pierre Puget (Jexiste) annonce qu'il soutiendra le renversement de majorité : « Ce sera donc 39-36 », au lieu de 38-37, balance-t-il fièrement.

L'heure est au vote qui, en raison d'une défaillance technique, ne pourra se faire de façon électronique. En lieu et place, les députés sont appelés chacun à leur tour et doivent dire, tout haut, si, oui ou non, ils soutiennent la motion de méfiance. Moment cocasse, qui se terminera dans l'hilarité générale.

Borsus, nouveau boss

Quelques minutes plus tard, le président Antoine annonce le résultat du décompte : 39 oui, 35 non (en raison de l'absence du député PS Edmund Stoffels) et aucune abstention. La motion est donc adoptée. Le gouvernement PS-CDH est par terre. Une page d'histoire se tourne.

Dans la foulée, chacun des membres du nouveau gouvernement peut venir prêter serment, à commencer par le nouveau boss, Willy Borsus, qui partira plus tard faire de même devant le Roi. Hormis les députés PTB, chacun, opposition et majorité confondues, applaudit les nouveaux ministres. La séance est suspendue. Elle devait reprendre dans la soirée, pour un débat sur la déclaration de politique régionale et le vote de la confiance au gouvernement Borsus. Après cela, les députés pourront, enfin, partir en vacances.