Politique belge La motion de méfiance MR-CDH a été adoptée par 39 voix contre 35. PS et CDH en guerre.

Le nouveau couple wallon MR-CDH aura sans doute angoissé jusqu’à la dernière minute mais la nouvelle majorité parlementaire était finalement en nombre, vendredi, à Namur, pour adopter la motion de méfiance constructive contre le gouvernement PS-CDH. Une motion déjà vue au niveau d’une commune, mais jamais d’une région.

Peu avant 13 h, c’est l’effervescence à l’entrée de l’Assemblée. Les députés retardataires déboulent à toute vitesse, certains n’hésitant pas à confier aux huissiers les clés de leur voiture mal garée devant le bâtiment.

"Enfin l’alternance"

Jacqueline Galant (MR), enceinte jusqu’au cou, est bel et bien là, tout comme sa consœur du CDH, Mathilde Vandorpe, dans le même état. Elles pourront tenir leur rôle, indispensable. C’est que la majorité MR (25 députés) - CDH (13) ne tient qu’à un fil, face aux 37 élus de l’opposition (30 PS - 4 Écolo - 2 PTB et 1 indépendant).

Vers 13 h 10 et en l’absence des ministres PS, le président Antoine (CDH) ouvre la séance. Le chef de groupe CDH Dimitri Fourny, coauteur de la motion, se réjouit d’obtenir "enfin l’alternance" après ces 30 années où le PS a gouverné la Wallonie, feignant d’oublier que c’est essentiellement avec son propre parti que les socialistes ont dirigé la région.

Dimitri Fourny justifie la motion. Il fait référence aux affaires (Publifin, ISPPC, Samusocial), évidemment. Puis poursuit : "En 2014, nous avions signé un accord de gouvernement avec un parti social-démocrate". Aujourd’hui, déplore le bourgmestre de Neufchâteau, le PS court derrière le PTB. Bronca sur les bancs socialistes.

Jean-Paul Wahl, nouveau chef de groupe MR, sera plus bref, et moins polémique, à la tribune. "Notre motion ne vise pas des individus, mais une politique", dit-il, comme pour apaiser les socialistes.

Christophe Collignon, chef de groupe PS, saluera la correction de son homologue réformateur. Quant à l’intervention de M. Fourny, elle ne mérite, selon lui, "que le mépris". La rancune socialiste à l’égard de son ex-partenaire est palpable. Christophe Collignon rappelle que, déjà en 1987, le PSC, ancêtre du CDH, avait trahi son partenaire de gouvernement (de droite à l’époque). Et de conseiller la vigilance au MR : "Qui trahit un jour, trahit toujours".

M. Collignon fait ensuite son mea culpa : "Nous avons une part de responsabilité dans les affaires". "Mais, ajoute-t-il immédiatement, à l’adresse de Benoît Lutgen, nous ne pouvons tolérer les anathèmes utilisés par le président du CDH : non, il ne peut s’agir de délivrer la Wallonie; oui, il est inconvenant de parler d’assistanat ! Notre parti et les 633 000 citoyens qui l’ont choisi méritent un peu de respect."

"L’alternance, pas l’alternative"

Pour Écolo, Stéphane Hazée émet des regrets : "Nous voulions une alternative et nous n’aurons que l’alternance", constatant une continuité entre les deux majorités, au lieu de la rupture annoncée.

Le député PTB Frédéric Gilliot, lui, estime que "les citoyens méritent mieux que le cirque auquel nous avons assisté ces dernières semaines". Quant à André-Pierre Puget (Jexiste), il annonce qu’il soutiendra le renversement de majorité.

Arrive l’heure du vote qui, pour des raisons techniques, ne peut se faire électroniquement. Les députés sont appelés l’un après l’autre pour dire à voix haute si, oui ou non, ils soutiennent la motion. Moment cocasse, qui se termine dans l’hilarité générale.

Quelques minutes plus tard, le président annonce le résultat : 39 oui, 35 non (en raison de l’absence du PS Stoffels) et aucune abstention. La motion est adoptée. Le gouvernement PS-CDH est par terre. Une page d’histoire se tourne.

Dans la foulée, chacun des membres du nouveau gouvernement prête serment, avant que la séance ne soit suspendue, pour reprendre en soirée (voir ci-contre). Après cela, les députés pourront partir en vacances. Enfin.

De Laeken à Namur

Le nouveau ministre-Président promet des résultats

Willy Borsus (MR) a prêté serment vendredi après-midi devant le Roi (et le Premier ministre, Charles Michel), au château de Laeken, en tant que ministre-Président de la Région wallonne. Le libéral prend la présidence du gouvernement wallon après quasiment trois ans d’expérience ministérielle à l’échelon fédéral. Denis Ducarme (MR), qui succède à M. Borsus au fédéral, a également prêté serment en tant que ministre des Classes moyennes, des Indépendants, des PME, de l’Agriculture et de l’Intégration sociale.

Débat. Willy Borsus est ensuite retourné à Namur pour lire devant le Parlement wallon la déclaration qui marque le coup d’envoi de son équipe. Il a passé en revue les grandes lignes de l’action de l’exécutif MR-CDH et les mesures qui seront prises en matière de gouvernance, d’emploi, de soutien à l’économie, d’énergie, etc. "Les résultats économiques doivent être, j’ose même dire seront au rendez-vous", a-t-il promis. Le débat sur la déclaration avait lieu dans la soirée et devait s’achever par le vote de confiance à la nouvelle équipe.