Politique belge

La Wallonie et Bruxelles sont secouées par une séquence politique comme elles n'en avaient jamais connu. Chaque parti aborde cette crise d'une manière particulière, en espérant profiter de la situation ou perdre le moins possible dans l'aventure. Mais qui sont les grands perdants et les grands gagnants du chambardement ? Enseignant à l'ULB, l'Ihecs (où il dirige Protagoras, le laboratoire en communication politique et publique), Sciences Po Paris, Paris-Sorbonne, Nicolas Baygert porte un regard critique sur les stratégies de communication déployées par les politiques. Nicolas Baygert est l'Invité du samedi de LaLibre.be.


Benoît Lutgen a débranché la prise gouvernementale pour se démarquer du PS et pour tenter de sauver son parti. Est-ce porteur en terme d'image pour le cdH ?

En décidant de cette opération "dégagiste", Lutgen était condamné à réussir avec le MR. C'est donc une véritable prise de risque. A-t-on affaire à une pulsion d'auto-conservation qui vise à la survie du parti ? Je laisse cela aux psychanalystes. Mais on ne peut pas encore juger aujourd'hui de l'effet positif ou négatif de ce débranchement. Pour le moment, le cdH wallon est sauvé mais quid de l'aile bruxelloise ? Pour des raisons d'homogénéité programmatique, il peut y avoir une volonté de se recentrer sur la Wallonie et laisser ses parts de marché bruxelloises à Défi. D'autant que le cdH ne trouve pas la solution pour se démarquer à Bruxelles.

Délaisser Bruxelles pourrait être une stratégie ?

Une stratégie par défaut, oui, pour amener de la lisibilité. L'offre humaniste en Wallonie est fort différente de celle à Bruxelles. Le cdH, qui a souvent été critiqué pour son "scotchage" au PS, s'est émancipé brutalement, a retrouvé son rôle de pivot. Il renoue avec la souplesse offerte au centre de l'échiquier politique. Comme Ecolo ou Défi, le cdH rappelle qu'il peut construire et déconstruire des majorités.

Ecolo donne l'impression de refuser de jouer ce rôle. Le parti accepte de parler d'éthique mais se retire quand il s'agit d'entrer dans les négociations politiques.

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