Le CDH devra garder Namur

Mathieu Colleyn Publié le - Mis à jour le

Politique belge

Cela fait quelque temps que le CDH n’est plus vraiment à la fête dans les sondages. Et ces dernières semaines, son président Benoît Lutgen, peu présent dans le débat politique, est sous pression. Les derniers chiffres en date confirment un recul à Bruxelles et, selon les coups de sonde, une légère baisse ou une hausse en Wallonie. Les humanistes stagnent à la baisse, loin derrière le PS et le MR et parfois supplantés par les Ecolo et le FDF. En 2006, l’ex-PSC avait enlevé 69 mayorats en Wallonie, 2 à Bruxelles et 1 en périphérie bruxelloise. Au total, le parti participe à 136 majorités communales. Petit voyage en Belgique humaniste.

En Wallonie d’abord. Enjeu majeur et principal pour le parti : conserver le mayorat de Namur. Et le risque de déconvenue existe pour le CDH tant le jeu semble ouvert dans la capitale wallonne. Le jeune maïeur Maxime Prévot est sans doute parvenu, depuis son remplacement récent (et très stratégique) de Jacques Etienne, à incarner une dynamique nouvelle. Mais il faudra compter avec le jeu des alliances. On dit le MR malheureux dans la majorité actuelle formée avec Ecolo et, donc, tenté de faire revenir les socialistes au pouvoir. Une opportunité que pourrait saisir, s’il en a les moyens, le PS d’Eliane Tillieux. Les jeux sont également ouverts à Mouscron, où la personnalité du bourgmestre Alfred Gaden, en fin de carrière, pourrait susciter des envies de renouveau chez les électeurs. Autre ville importante : Arlon, où le mayorat CDH semble toutefois plus assuré. Puis une surprise pourrait venir de Verviers, où la liste, soutenue par Melchior Wathelet, peut faire revenir le parti aux affaires. Si le mayorat de Charleroi semble perdu d’avance, il n’est pas exclu de voir le CDH se maintenir dans la majorité carolo. "Un autre pari pour le CDH sera de maintenir son ancrage dans les campagnes namuroises", analyse Pascal Delwit, qui y voit presque un enjeu "existentiel" pour le parti. Les humanistes ne pouvant plus guère compter que sur le Namurois et le Luxembourg pour s’assurer une présence significative dans les campagnes, précise le politologue de l’ULB. Enfin, tout le monde surveillera évidemment le score de Benoît Lutgen à Bastogne : on y attend un large plébiscite.

Passons à Bruxelles, où les jeux sont globalement beaucoup plus ouverts qu’en 2006, compte tenu de la séparation intervenue entre FDF et MR. A tel point qu’on ne sait par où commencer. Au hasard : la Ville de Bruxelles, où Joëlle Milquet est engagée dans une campagne de terrain dont elle a le secret. Omniprésente, dans toutes les communautés, elle est volontiers créditée d’un carton électoral. Mais il n’est pas impossible que son sort soit lié à celui des socialistes dans d’autres communes. En clair, le PS, dont l’alliance possible avec le MR est sur beaucoup de lèvres et qui aime le laisser penser, pourrait la faire valser hors de la majorité (PS-CDH) à la Ville de Bruxelles si d’aventure les humanistes lui jouaient de mauvais tours ailleurs. A Schaerbeek, le CDH - au grand dam des instances dirigeantes du parti - a d’ailleurs annoncé la couleur : un accord préélectoral avec le bourgmestre Bernard Clerfayt (menant une liste FDF-libérale) et les Ecolo d’Isabelle Durant. Contre qui ? Le MR et surtout le PS de Laurette Onkelinx qui n’a guère envie de se voir administrer à nouveau la claque de 2006. D’aucuns citent également Molenbeek-Saint-Jean, où une alliance MR-CDH pourrait mettre Philippe Moureaux en difficulté. Par contre, les deux mayorats CDH de Berchem-Sainte-Agathe et Jette ne sont pas inquiétés, et malgré un poids relativement faible, les oranges pourraient grimper dans des majorités à Uccle ou à Forest par exemple. Et puis, il y a Woluwe-Saint-Pierre, où le ministre CDH Benoît Cerexhe a des chances sérieuses d’emporter l’écharpe mayorale. Pourquoi pas en poignardant le MR, son partenaire de majorité ? De toutes les façons, ce serait une victoire symbolique pour le parti. Qui en a bien besoin.

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