Politique belge Les humanistes tenaient un congrès programmatique, dimanche, à moins d’un an des élections communales.

Saint-Nicolas en porte-bonheur du CDH. C’est au moment où Maxime Prévot s’épanchait sur "le climat morose au sein de nos troupes" que le grand saint - avec une croix sur la mitre, cela va de soi - a fait son apparition au congrès du parti, dimanche, à Namur. Haut les cœurs. L’assemblée a poussé la chansonnette. "Ô grand saint Nicolas, patron des écoliers…" (vous connaissez la suite).

Dans la foulée, Maxime Prévot, député-bourgmestre de Namur et ancien vice-Président wallon, a tenté de galvaniser ce petit monde. Pas inutile… Voyez les mauvais sondages. Voyez le retrait de la politique de certains mandataires humanistes, dont les députées wallonnes Véronique Waroux et Véronique Salvi. Voyez aussi les craintes suscitées chez les humanistes par le coup du 19 juin, lorsque le président Benoît Lutgen appela à former des majorités sans le PS, ce qui a fonctionné en Wallonie, mais pas à Bruxelles ni en Communauté française (ou Fédération Wallonie-Bruxelles).

"Nous avons démontré que le confort de la gestion dans les gouvernements ne pouvait être un prétexte pour faire fi de notre indignation", a scandé le mayeur namurois en référence aux affaires Publifin/Nethys et Samusocial. "Le CDH est respectueux de ses engagements, il n’a pas bradé ses valeurs. Nous pouvons être fiers d’avoir mis sur orbite un gouvernement wallon plus volontariste."

" Va-t-on continuer à se flageller à cause de mauvais sondages ? Non ! Soyons les premiers à faire en sorte que le ressenti à l’égard du CDH soit pleinement positif parce que si nous n’en sommes pas nous-mêmes convaincus, il sera difficile de convaincre les autres. Profitons de cette journée pour nous enthousiasmer !"

Maxime Prévot en chauffeur de salle (voire, c’est selon, en psy d’une thérapie collective ou en artisan de la méthode Coué), ça fonctionne plutôt bien. Mais la morosité au CDH, elle est bien réelle. Environ 800 militants et mandataires, selon les chiffres du parti (on parierait plutôt sur 500), avaient bravé le froid, dimanche, pour participer au congrès programmatique en vue des élections communales d’octobre 2018. C’est une mobilisation appréciable. Mais très loin des… 1 700 personnes réunies au congrès de 2012, à la veille du précédent scrutin local.

Des listes sans le logo CDH

Le programme (lire "La Libre" du 25/10), lui, a été adopté sans surprise à une immense majorité (l’unanimité moins un vote contre et une abstention). Il est le fruit d’une œuvre participative, a souligné le vice-président du parti, Hamza Fassi-Fihri. Larges consultations en interne, mais aussi en externe auprès de la société civile (le secteur associatif, notamment). "Comme le dit l’adage, nous voulons aller plus loin ensemble plutôt qu’aller plus vite tout seul", a conclu Hamza Fassi-Fihri.

Le président Benoît Lutgen pousse la logique jusqu’à encourager ses ouailles à constituer des listes d’ouverture - c’est-à-dire avec des personnalités non estampillées CDH - en vue des communales de 2018, quitte à laisser tomber le logo du parti. Ce sera par exemple le cas à Herve chez Marie-Martine Schyns, la ministre de l’Education, à Frameries chez Catherine Fonck, la cheffe de groupe à la Chambre, ou encore à Charleroi. Il paraît que Maxime Prévot est également tenté, mais cela bloquerait au sein de sa section locale. Quoi qu’il en soit, le mouvement est lancé.

Le paradoxe humaniste, c’est que cette approche participative a des ratés… en interne. Plusieurs mandataires ont exprimé récemment leur mécontentement à propos de la façon dont leur président gère le parti. Ils lui demandent d’élargir le débat interne au-delà de son cercle très restreint de confidents et de lancer une vraie introspection sur la façon de dynamiser la formation politique.

Message manifestement entendu. Il y a un mois, M. Lutgen a confié à l’un de ses proches, le député wallon et sénateur François Desquesnes, le soin de présider un groupe de travail "participation et organisation" composé de membres du bureau politique du parti. "Nous sommes face à une évolution de la société qui demande plus de participation", nous explique ce dernier. "Ma mission, avec une vingtaine de membres du bureau, consiste à reformuler l’organisation du parti pour que nous soyons davantage participatifs. Si nous avons la volonté de travailler sur un mode plus ouvert, plus horizontal, il faut que nos structures s’adaptent." Des propositions sont attendues autour de la période des fêtes de fin d’année.

Place à la nouvelle génération

"Ce groupe de travail est quelque chose d’important", juge Catherine Fonck, qui a demandé à plusieurs reprises la tenue d’une telle réflexion. "Le CDH peut et doit faire mieux. Benoît Lutgen y a fait allusion dans son discours, ce dimanche, c’est positif."

"Les congrès ne peuvent être nos seuls rendez-vous de participation interne", a en effet déclaré le patron des centristes. "Ces dernières années, nous avons renforcé cette participation en portant le débat dans chaque arrondissement. La refondation du Cepess, notre centre d’études, a permis d’être plus prospectif, de renforcer les liens avec la société civile. De nouvelles politiques doivent être imaginées. Pour explorer ces nouvelles voies […], notre mouvement politique doit continuer à se transformer : plus d’ouverture, plus de participation, plus de débats." Il promet aussi de "faire monter une nouvelle génération" au début de l’année prochaine. Ce sera peut-être le cadeau du Père Noël.