Politique belge

L’histoire peut parfois prendre des détours étonnants. La renégociation des majorités dans les entités fédérées redonne de l’espoir aux régionalistes. En particulier du côté wallon, le "tout à la Région" était revenu à la mode ces derniers mois dans plusieurs partis. Et le trouble engendré par Benoît Lutgen, lorsqu’il a appelé à rejeter le PS dans l’opposition, va peut-être donner du grain à moudre à cette vision de l’avenir institutionnel de la Belgique.

En effet, si jamais, comme on le pressent, un gouvernement CDH-MR (avec Ecolo ?) voyait le jour en Wallonie tandis que le gouvernement bruxellois restait à gauche (de type PS-Ecolo-Défi ou un statu quo avec l’actuel PS-CDH-Défi), le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB) serait empêtré dans des querelles partisanes.

Explications. En principe, il est de bon ton que l’exécutif de la FWB reflète la composition des gouvernements wallon et bruxellois. Et, idéalement, il est également de bon ton que des ministres à "double casquette" (certains ministres régionaux sont en même temps ministres à la Fédération) soient désignés dans ce souci de représentation des deux Régions. Et c’est là que le fédéralisme belge se mord la queue : comment faire fonctionner ce niveau de pouvoir stratégique qui gère notamment l’enseignement avec des gouvernements régionaux, wallon et bruxellois, potentiellement opposés politiquement ? Soyons clairs : c’est la paralysie quasiment assurée…

Et cela échauffe les régionalistes, partisans de la suppression de la Fédération Wallonie-Bruxelles ou, en tout cas, de sa transformation en une coquille vide. "Si Bruxelles va à gauche toute la régionalisation et la disparition de la Fédération font un bond en avant. Qui aurait cru que les choses avanceraient aussi vite ? Il n’y a même plus besoin d’arroser l’arbre pour en faire tomber les prunes", se réjouit un régionaliste. Un autre mandataire wallon nuance cependant cette euphorie : "Un gouvernement de la Fédération sans ministre bruxellois dedans, ce serait un coup d’Etat. On pourrait dire qu’on régionalise davantage mais on ne pourrait pas supprimer la Fédération Wallonie-Bruxelles aussi facilement. Elle figure toujours dans la Constitution sous l’appellation ‘Communauté française’."

De Wever n’y aurait jamais pensé

Pour Pascal Delwit, professeur de science politique à l’ULB, il faut rester prudent. Les thèses régionalistes ne sont pas si faciles à appliquer : "Il sera difficile de faire advenir de nouveaux transferts de compétences de la Fédération vers la Région wallonne et vers la Cocof (la Commission communautaire française qui assure, au sein de la Région bruxelloise, les compétences de la Fédération, NdlR). En tout cas, cette situation remettrait à l’avant-plan la question du cadre institutionnel en Belgique de manière inattendue. De Wever avait parié que cela viendrait du PS en l’envoyant dans l’opposition, mais il n’imaginait sans doute pas le scénario actuel."