Le choix audacieux mais périlleux de Magnette

V.d.W. Publié le - Mis à jour le

Politique belge

Charleroi, c’est toi que je préfère

C’est par ces quelques mots, sur son compte Twitter, que Paul Magnette a annoncé sa décision. Une décision qui n’a pas été facile à prendre. Fallait-il quitter le gouvernement fédéral, où des dossiers importants l’attendent - la SNCB, les entreprises publiques - et choisir de s’investir à fond à Charleroi, pour sortir la ville de sa torpeur ? Ou au contraire, laisser la ville aux actuels gestionnaires, et se laisser bercer dans le confort d’un gouvernement fédéral qui certes, va devoir opérer des choix douloureux mais qui, déjà, avance avec une certaine routine ?

Ce choix, délicat, Paul Magnette, actuel ministre PS des Entreprises publiques, de la Politique et de la Coopération au développement, l’a pesé et soupesé, ces dernières semaines. Même s’il n’y avait pas unanimité parmi ses amis politiques, une majorité se dégageait pour lui conseiller de choisir Charleroi Mais tous considéraient que la décision finale lui incombait. Qu’est ce qui a fait pencher la balance en faveur de la ville ?

1. L’intérêt de Charleroi. Par rapport à d’autres grandes villes wallonnes (Liège, Namur, Mons, Tournai, etc.) Charleroi peine à trouver un nouvel essor. Abîmée par des années de mal gouvernance, par les affaires de corruption qui ont emporté une partie de l’establishment socialiste, la ville est à bout de souffle. Son centre est déserté par les commerces. La ville est sous plan de gestion, elle survit au bord de la faillite. En 2019, personne ne sait comment elle paiera les pensions de ses fonctionnaires. Parlons-en : 62 d’entre eux sont toujours sont le coup d’une instruction... Bien sûr des signes de redéploiement économique sont tangibles et réels. Mais il manque une personnalité d’envergure qui porte haut le drapeau de la ville, qui puisse changer l’image, attirer des investisseurs et aller dénicher au niveau wallon, fédéral, européen, des subsides nécessaires au redéploiement de la ville. Il y avait donc une sorte d’obligation morale car l’attente des Carolos semble très forte...

2. Magnette est-il capable d’apporter le souffle dont Charleroi a besoin ? Des éléments plaident en sa faveur. D’autres non. Intelligent, vif, excellent communicateur, charismatique, Paul Magnette devrait avoir la capacité de changer les choses à Charleroi. Il a du talent, de l’entregent, et un vrai sens politique. Restent deux conditions à remplir pour que sa tâche soit une réussite. D’une part, il faudra que sur place, chacun accepte de suivre le mouvement. Ce n’est pas gagné. Il reste des poches de résistance au changement. Et la démotivation du personnel est quasi générale. D’autre part, l’homme, sûr de lui, de ses compétences et de ses acquis, a parfois tendance à prendre ses interlocuteurs de haut et à consacrer beaucoup de temps à la réflexion avant de prendre une décision. Là, il lui faudra faire preuve de tact et d’action. A lui de prouver qu’il dispose de vraies capacités de rassembleur et de gestionnaire.

3. Qui le remplacera au gouvernement fédéral ? Le PS perd un bon bilingue et un bon communicateur. Equilibre géographique oblige, il devra être remplacé par un Carolo ou par un hennuyer. Imagine-t-on un bouleversement plus grand : Demotte au fédéral et Marcourt à la présidence du gouvernement wallon ? Peu probable. Le scénario est plutôt à la stabilisation des équipes.

4. Et au PS ? Dans cet esprit de stabilisation, il est fort probable que Thierry Giet reste aux commandes du PS et termine ainsi le mandat d’Elio Di Rupo (en 2014), comme le congrès l’avait proposé. Il faudrait vraiment que le PS s’écrase aux communales pour que certaines voix réclament le départ de Thierry Giet et l’installation d’un "vrai" président. Ainsi, le poste de résident du PS restera disponible, au cas où un accident politique viendrait abréger la vie du gouvernement

Publicité clickBoxBanner