Politique belge

Willy Demeyer a donné le coup d’envoi des grandes manœuvres au Parti socialiste liégeois. L’affaire Publifin avait déjà provoqué les démissions de Stéphane Moreau et d’André Gilles - du mayorat d’Ans pour l’un, de la Province pour l’autre. Voici qu’elle pousse le président de la Fédération liégeoise du PS vers la sortie. Au cours d’une assemblée générale convoquée vendredi soir, il a annoncé son retrait. Il a également laissé entendre qu’il n’exercera plus son mandat de député fédéral après la fin des travaux de la commission "attentats" qui lui tiennent à cœur. A terme, Willy Demeyer ne sera donc plus "que" bourgmestre de Liège.

La population "veut plus de transparence, un lien raisonnable entre les rémunérations et les prestations, la fin des cumuls, confiait-il vendredi à "La Meuse". En tant que mandataires publics, il faut savoir l’entendre. Nous sommes des mandataires publics, et c’est le citoyen qui nous paye. Même si je suis persuadé qu’un cumul bien ciblé peut être utile. Notamment pour porter les problématiques des grandes villes à la Chambre." Et d’ajouter : "J’ai adhéré à la philosophie de ce groupe (Publifin, NdlR) sans en connaître tous les détails. J’accepte donc d’endosser une part de responsabilités."

Willy Demeyer a invité vendredi ses vice-présidents qui sont également députés, bourgmestres, voire ministre (Frédéric Daerden, Isabelle Simonis et Alain Mathot) à également remettre leur mandat aux militants. Ceux-ci devraient être mobilisés pour élire une nouvelle équipe dirigeante d’ici le 1er mai. En mettant l’accent sur le décumul, le bourgmestre de Liège force en quelque sorte ses camarades à faire un choix entre certaines de leurs fonctions actuelles et la plus haute responsabilité au sein de la Fédération liégeoise du PS.

Le club des cinq touché coulé

En attendant que les ambitions s’expriment, l’affaire Publifin aura donc mis un terme à la mainmise du fameux "club des cinq" sur le PS liégeois. Un club, pour rappel, formé par Willy Demeyer, Stéphane Moreau, André Gilles, Alain Mathot et le ministre wallon Jean-Claude Marcourt. Cette association - qui avait notamment confiné Frédéric Daerden et Jean-Pascal Labille dans des rôles subsidiaires - profitait de ses relais et influences politiques à la Province, au gouvernement wallon ainsi que dans le milieu économique via l’intercommunale Publifin et l’entreprise Nethys.

La fin du pouvoir de ce quintet ne signifie pas pour autant la fin de l’influence de tous ses membres. Mais beaucoup ont vu leur légitimité s’écorner. Alain Mathot, bourgmestre de Seraing, est fragilisé par les enquêtes judiciaires en cours dans certains dossiers le concernant. Stéphane Moreau est clairement affaibli mais demeure patron de Nethys qui pèse lourd dans l’économie liégeoise. Et si André Gilles semble complètement abîmé par le scandale, Jean-Claude Marcourt demeure peu exposé à ce stade.

Dans ce contexte, la voie semble s’ouvrir clairement pour Frédéric Daerden, député fédéral et bourgmestre de Herstal. Isabelle Simonis, ministre wallonne en charge de la Promotion sociale et de la Jeunesse, semble également se positionner pour augmenter son influence dans la Cité ardente. Quant à Jean-Pascal Labille, patron des Mutualités socialistes, il semble a priori isolé. Rappelons qu’en 2015, la réélection de Willy Demeyer à la tête de la plus puissante fédération du PS ne s’était pas déroulée dans l’enthousiasme militant. Il était en place depuis 2005.