Politique belge

Pas de panique. Mardi, fin de matinée à Bruxelles, le boss de la N-VA Bart De Wever a monté un show-case à destination d’un auditoire bien particulier : la presse internationale. Pensez-donc : même le sacro-saint "Financial Times" s’est fendu la veille d’un article alarmiste stigmatisant la situation politcico-budgétaire de la Belgique et mettant en exergue la poussée nationaliste flamande; pas question, donc, pour Bart De Wever, de porter le chapeau du bouc-émissaire.

Le corps de presse européen s’est déplacé en masse du Berlaymont voisin, le siège de la Commission européenne, pour mettre sur le gril celui que les sondages annoncent grand vainqueur du scrutin législatif de dimanche prochain. Passons sur la petite introduction préparée par l’état-major N-VA - "nos adversaires politiques en Belgique aiment semer la confusion à propos de nos intentions, bien qu’ils savent pertinemment bien que nous n’avions jamais plaidé pour une révolution".

- Il y a là la télévision publique danoise. Elle veut savoir pour quand est l’indépendance de la Flandre.

- "Oh, du calme ! répond De Wever (en anglais), nous ne sommes pas partisan d’une révolution, nous n’allons pas déclarer l’indépendance de la Flandre en une nuit, nous sommes pour une évolution lente des structures belges que nous pensons aujourd’hui inefficaces et tout à fait inappropriées. C’est un processus d’évaporation de la Belgique, un jour, on va se réveiller et on se rendra compte que structures intermédiaires entre les Régions et l’Europe auront disparu."

- Question d’un journaliste français. "Allez-vous être Premier ministre, M. De Wever ?"

- Réponse (en français). "Franchement, je suis tout à fait ouvert à laisser ce poste à un francophone, que cela soit Elio Di Rupo ou quelqu’un d’autre si cela peut rassurer les francophones et surtout leur permettre d’avancer sur le chemin du confédéralisme, assène Bart De Wever. J’ai eu plusieurs fois l’occasion d’être ministre, je ne l’ai pas fait, je ne fais pas de la politique pour cela. Je veux mettre en avant mon programme."

- Question d’un Espagnol ? "Vous êtes Républicain et nationaliste flamand : pour quand voulez-vous l’indépendance ?"

- Réponse : "Mais nous voulons faire cela par étape, graduellement, je n’ai pas de problème à dire que certaines choses, comme l’armée, ne doivent pas être régionalisées, souffle le président de la N-VA. Nous ferons des compromis. Simplement, il n’est plus question non plus de nous enfermer pendant des mois dans un château pour négocier. Nous avons déjà fait cela et ça n’a donné aucun résultat."

- Question. "Hier, vous avez déclaré que vous étiez pour la suppression de la Région bruxelloise, comment pensez-vous trouver un seul francophone qui acceptera de négocier cela avec vous ?"

- Réponse. (Il fulmine). "Mais je n’ai jamais dit cela ! J’ai simplement répondu à la question d’un journaliste qui me demandait quelle était ma vision pour Bruxelles. J’ai expliqué que, d’après moi, Bruxelles devait avoir les compétences d’une ville et pas d’une Région. Il y a actuellement six politiciens par kilomètre carré à Bruxelles; c’est un problème de mauvais gouvernance qui mine Bruxelles. La gestion de Bruxelles et très mauvaise et j’espère que les francophones comprennent cela."

- Allez, une dernière pour la route. "M. De Wever, allez-vous vous engager à garantir les droits des francophones de Flandre ?"

- Réponse : "Mais ce n’est pas nous qui exigeons sans cesse le territoire des autres ! Quand on voit la campagne électorale de Joëlle Milquet : elle dit qu’elle aime la Belgique mais elle ne parle même pas le néerlandais ! C’est étrange, finalement, d’être accusé d’être un mauvais Belge par quelqu’un qui est unilingue."

Bref, rien de neuf sous le ciel (électoral) grisâtre. Pour la forme, mardi soir, CD & V et Open VLD ont fait savoir que ce n’étaient pas eux qui étaient source de confusion, mais bien la N-VA.