Politique belge

Tiens, qu’est donc devenu Marc Verwilghen, l’ancien président de la Commission Dutroux et ancien ministre Open VLD ? Selon l’édition de "Marianne Belgique" qui publie ce week-end tout un dossier sur le sujet, l’ancienne star politique des libéraux flamands fricote désormais avec un sulfureux personnage : le financier Nadhmi Auchi. Cet Irakien d’origine, finalement naturalisé Britannique, a bâti sa fortune comme intermédiaire dans le commerce des armes et du pétrole pendant la guerre Iran-Irak. Sa fortune est colossale : elle est estimée à 2,2 milliards de dollars.

Or, depuis 2010, Marc Verwilghen, qui s’est retiré de la vie politique à cette époque, fait partie du conseil d’administration de la General Mediterranean Holding (GMH), la société luxembourgeoise qui est au cœur de l’empire de Nadhmi Auchi. Plus précisément, l’ancien ministre belge est devenu conseiller juridique de la société pour les affaires concernant la commission européenne. C’est dans ce but qu’il est rentré comme administrateur de GMH et est rémunéré sur la base d’honoraires à la prestation.

Très bien. Mais le parcours du magnat de la finance internationale, qui n’hésite pas à recourir largement aux paradis fiscaux pour son business, est particulièrement chargé. Par exemple, Auchi et son bras droit, le businessman irakien Nasir Abid, ont été condamnés par le tribunal correctionnel de Paris à quinze mois de prison avec sursis et deux millions d’euros d’amende pour "abus de biens sociaux" et "recel", dans le cadre de l’affaire Elf, le scandale politico-financier qui avait éclaté dans les années 90. Ou encore : Nadhmi Auchi a été jugé aux côtés de... Saddam Hussein pour complot visant à assassiner le Premier ministre irakien marxiste Abdul Karim Qasim en 1959.

La suite de sa "carrière" est fulgurante grâce au commerce des armes et aux contrats pétroliers avant la première guerre du Golde (1990-1991). Très vite, cependant, il est soupçonné dans diverses affaires. Notamment dans une affaire de vente de matériel militaire italien à l’Irak (en 1980).

Cette transaction lui a rapporté des millions de dollars de commissions présumées illégales et avait provoqué la mise sur pied d’une commission parlementaire en Italie. La liste des situations louches dans lesquelles on retrouve le nom de Nadhmi Auchi est encore longue

Question : comment Marc Verwighen, qui avait boosté sa carrière politique dans la foulée de la Marche blanche et de l’affaire Dutroux, est-il rentré dans le réseau du richissime financier ? "Marianne Belgique" fait remonter les contacts décisifs à 2010. Le libéral flamand est alors simple sénateur. Il rencontre en début d’année Nadhmi Auchi et son bras droit Nasir Abid. La rencontre se déroule en présence de Christine Defraigne (MR), qui préside alors la section Belgique-Egypte de l’Union interparlementaire, l’organisation mondiale des parlements nationaux. Marc Verwilghen la seconde.

C’est dans ce contexte que les deux sénateurs reçoivent Auchi et Abid pour discuter de la situation politique en Irak et au Moyen-Orient. Quelques jours à peine après cette entrevue, Marc Verwilghen entre au conseil d’administration de la General Mediterranean Holding et se retire de la vie politique belge.

Verwilghen dit ne rien savoir

Interrogé par un journaliste d’investigation de "Marianne Belgique" sur ses drôles de fréquentations, l’ancien ministre reste très évasif. Connaissait-il la condamnation de son client dans l’affaire Elf ? "J e ne sais rien du tout à ce sujet. Je n’ai pas été consulté par M. Auchi dans ce dossier. Vous m’apprenez des choses", répond-il. Pourquoi GMH a-t-elle recouru aux services de Marc Verwilghen en particulier ? Réponse de l’intéressé : "Demandez-leur." Pourquoi avoir invité M. Auchi au parlement en 2010 ? "Ça ne vous regarde pas, monsieur."

Celui qui est resté au sommet des sondages de popularité pendant de nombreux mois, au nord comme sud du pays, a aussi quelques paroles vraiment peu aimables sur la profession de journaliste "Les journalistes, je les connais. Je n’ai pas beaucoup d’estime pour votre profession et certainement pas pour le type de journalisme que vous pratiquez."