Politique belge

Le journaliste de la VRT auteur du reportage sur le groupe d'extrême-droite Schilden&Vrienden, Tim Verheyden, est placé sous le niveau 2 de menace, a indiqué mercredi le ministre de l'Intérieur, Jan Jambon, devant la Chambre.

Se sentant menacé depuis la diffusion du reportage la semaine passée, le journaliste a porté plainte. Vu la virulences des réactions, l'Organe de Coordination et d'Analyse de la Menace (OCAM) a décidé de le placer sous le niveau de menace 2, soit le niveau moyen, quand la menace est peu vraisemblable.

Ce niveau de menace implique des mesures de protections qui peuvent consister par exemple en des patrouilles et la communication de lignes téléphoniques directes auprès des services de sécurité.

Schild&Vrienden est quant à lui au niveau 1 de menace.


Schild&Vrienden: sous l'oeil de la police et la Sûreté mais pas considéré comme groupe à risque

L'Organe de Coordination et d'Analyse de la Menace (OCAM) n'avait pas inscrit Schild&Vrienden dans les organisations à risque, a indiqué le ministre de l'Intérieur, Jan Jambon, devant les commissions de la Justice et de l'Intérieur de la Chambre. Ce groupe d'extrême droite avait toutefois déjà été remarqué par la police en 2017 et était suivi depuis la même année par la Sûreté de l'Etat. Son fondateur, Dries Van Langenhove, l'était depuis 2012, a précisé le ministre de la Justice, Koen Geens. En octobre 2017, la police avait fait un signalement dans une banque de données à la suite des photos postées sur Instagram après une manifestation. En avril 2018, l'organisation était également signalée aux côté d'un autre groupe d'extrême-droite. Il était question d'une attitude provocatrice à l'égard d'autres organisations, en particulier de gauche, mais rien ne permettait de classer Schild&Vrienden comme groupe à risque. Idem pour la Sûreté de l'Etat: si elle suivait l'organisation, elle n'avait néanmoins aucune indication de faits punissables qui l'auraient poussée à utiliser certaines méthodes particulières de recherche, notamment l'infiltration de groupes secrets sur les réseaux sociaux.

Il aura fallu un reportage de la VRT la semaine passée pour que les dangers de cette organisation qui pratiquait l'entrisme dans différentes institutions soit révélé et mène à l'ouverture d'une instruction judiciaire. A ce stade plusieurs préventions sont retenues, dont l'incitation à la haine et l'association de malfaiteurs. Des perquisitions ont déjà eu lieu.

Les deux ministres jugent que l'arsenal législatif actuel suffit pour contrôler et poursuivre de tels groupes. Leur réponse n'a pas apaisé une opposition très remontée. Aux yeux de plusieurs parlementaires, Schild&Vrienden, qui s'inscrit dans le nouveau courant identitaire qui se manifeste un peu partout en Europe et aux Etats-Unis, est une organisation dangereuse et la menace que représente ce nouveau courant d'extrême-droite n'est pas prise suffisamment au sérieux.

"Nous sommes face à un mouvement néo-nazi. La Belgique ne savait pas que cela existait chez elle avec une telle ampleur. La Belgique est sous le choc de ces révélations que n'ont pas pu faire l'Etat et ses services", a regretté Georges Dallemagne (cdH).

Le PS a lancé des accusations très dures à l'égard du gouvernement, et de la N-VA en particulier car elle banaliserait les discours de haine. "Avec M. Jambon, l'extrême-droite a de beaux jours devant elle, mais ces beaux jours seront des jours tragiques pour l'histoire du pays", a averti le chef de groupe, Ahmed Laaouej.

Même cible pour le PTB: "Ils (les membres de Schild&Vrienden) sont sur les listes de la N-VA parce qu'ils se sentent chez eux", a affirmé Raoul Hedebouw.

Le ministre de la Justice et son parti, le CD&V, ont appelé à la modération dans le discours public. "C'est le ton de la modération qui donne de la force", a assuré M. Geens. Le chef de groupe Servais Verherstraeten a renvoyé dos-à-dos extrême-gauche et extrême-droite parce que selon lui elles se nourrissent et mettent l'une et l'autre la démocratie sous pression.

L'un des enjeux du débat est la liberté d'expression. Certains membres de Schild&Vrienden ont été exclus de leur université ou de leur Haute école. "Nous devons faire attention car nous sommes sur une pente glissante. Nos universités doivent demeurer un lieu où l'on peut penser librement, y compris quand des opinions contestables sont diffusées. Nous devons faire la différence entre ce qui est répréhensible et contestable", a expliqué le chef de groupe N-VA, Peter De Roover.

Le MR s'est joint aux condamnations des autres partis. Le député Richard Miller a annoncé le dépôt d'une proposition de révision de la Constitution qui permettra d'interdire les partis liberticides et a réclamé qu'ait lieu en séance plénière un débat sur les valeurs qui doivent être inscrites dans la Constitution.

Plusieurs partis ont demandé où en était le plan de lutte contre le racisme, attendu depuis 17 ans en Belgique. La secrétaire d'Etat Zuhal Demir y travaille, a assuré M. Jambon. Le temps presse, selon les écologistes. "Il y a urgence à mettre ce plan sur pied mais je doute qu'on y arrive d'ici la fin de la législature", a dit Gilles Vanden Burre.