Politique belge

La nouvelle petite formation politique "La Droite" doit présenter ce jeudi son programme électoral pour 2014. La ligne idéologique de ce parti, créé notamment par d’anciens membres du Parti populaire (PP) de Mischaël Modrikamen, relève de la droite libérale "décomplexée", laïque, et qui tient un discours musclé vis-à-vis de l’Islam et de l’immigration. Mais, selon nos informations, le cofondateur et porte-parole de La Droite, Aldo-Michel Mungo, traîne quelques casseroles. C’est en tout cas ce que laisse penser un jugement du Tribunal de première instance de Bruxelles remontant au 7 février 2011.

En effet, par ce jugement, Aldo-Michel Mungo a été condamné à 14 mois d’emprisonnement "ferme" et à une interdiction pour une période de sept ans d’être administrateur, gérant ou commissaire d’une société commerciale, soit directement, soit par interposition d’autres personnes

Meubles saisis

Qu’a-t-il donc fait pour mériter une sanction aussi sévère ? Aldo-Michel Mungo louait depuis 2000 un appartement situé rue de Colombie à Bruxelles. Mais, en raison du non-paiement de loyers, un huissier a saisi ses meubles en 2005 (il a été condamné à payer au bailleur près de 10 000 euros). En avril, il est prié de quitter l’appartement en question. Il s’exécute mais il emporte avec lui le mobilier, qui pourtant faisait l’objet d’une saisie, et le place chez un garde-meubles en région parisienne. Sans avoir communiqué l’adresse aux huissiers.

Or, Aldo-Michel Mungo avait reloué dès la mi-avril 2005 une habitation à Waterloo. Dans sa décision, le tribunal reste dubitatif : "S oit le prévenu a déplacé de nombreux meubles vers la région parisienne alors qu’ils auraient pu équiper son logement à Waterloo, ce qui démontrerait son intention de les faire échapper à une saisie en Belgique, soit il a placé ces meubles à Waterloo en se gardant bien de le faire savoir à la partie saisissante. [ ] Ce déplacement répondait assurément à l’intention de faire échapper les meubles à toute mesure d’exécution . "

Sites pornos

Plus grave sans doute : le porte-drapeau de La Droite a organisé de manière frauduleuse son insolvabilité en se cachant derrière des sociétés profitables où pourtant différentes saisies se sont avérées vaines, note le Tribunal. Aldo-Michel Mungo était pourtant bien solvable car " le prévenu a admis être le bénéficiaire économique de plusieurs sociétés actives dans les sites pornographiques et être l’organisateur de salons de l’érotisme, autant d’activités qui sont notoirement rémunératrices; le simple fait qu’il ait pu louer, durant la période infractionnelle, un appartement à Neuilly (800 euros par mois avec les charges) et une maison à Waterloo (loyer de 1 600 euros par mois) donne la mesure des moyens qui étaient alors les siens ".

Domiciles fictifs

Dans le même esprit, " afin de permettre à ses biens d’échapper à toute saisie, il s’est fait fictivement domicilier en France et a sciemment négligé de se faire inscrire à l’adresse de son domicile effectif en Belgique où il avait pourtant le siège de ses intérêts ".

En effet, note encore le Tribunal, une perquisition menée en 2006 dans son habitation de Waterloo où il n’était pas domicilié a montré qu’il y résidait bel et bien. Par ailleurs, sa domiciliation officielle à Neuilly " paraît fictive ".

Autre bizarrerie : des domiciles au Congo et à Monte-Carlo. " La domiciliation du prévenu au Congo depuis décembre 1996 jusqu’à ce jour, alors qu’il a admis à l’audience n’avoir plus résidé dans ce pays depuis 2008 et n’y avoir jamais eu de titre de séjour achève de convaincre du caractère fantaisiste de ses inscriptions domiciliaires successives; le prévenu a étrangement produit une carte de presse française délivrée ou réactivée en 2010 dont il ressortirait qu’il serait domicilié 44, boulevard d’Italie à Monte-Carlo ", constate le Tribunal de première instance de Bruxelles.

Bref, la vérité judiciaire est nette : 14 mois de prison (sans sursis), une amende de 500 euros, interdiction pendant sept ans d’avoir des activités dans une société commerciale Soit " une peine exemplaire, doublée d’une interdiction professionnelle sévère ".

Imbroglio

Contacté hier, Aldo-Michel Mungo affirme que le document du jugement du tribunal que nous avons en notre possession est un faux, qu’il a été fabriqué de toutes pièces et diffusé afin de lui nuire. Le porte-parole de La Droite affirme également avoir déposé une plainte pour calomnie et diffamation à ce sujet.

Franchement pas très clair C’est le plaignant (l’avocat bruxellois Paul Vanisterbeek), contacté également hier, qui nous en apprend davantage : selon lui, le jugement a été porté en appel. La décision est attendue pour février.