Politique belge Eté 2004. Après 5 années de majorité Arc-en-ciel (PS-MR-Ecolo), les libéraux se font éjecter des entités fédérées. Ils pensaient avoir un préaccord pour continuer avec les socialistes. Mais non. Dans les cabinets, les collaborateurs doivent faire leurs paquets. Les ministres également. Les sociaux-chrétiens allaient leur prendre le pouvoir et se glisser dans leur lit aux côtés du PS. Treize ans plus tard, tout a bien changé : le MR revient au gouvernement wallon et dégage cette fois le PS grâce au président du CDH, Benoît Lutgen.

Une similitude pourtant : les libéraux se trouvent face au même problème qu’en 1999, après que Louis Michel, à l’époque président du parti, avait réussi à négocier leur présence à tous les niveaux de pouvoir. En Wallonie, le MR a du mal à remplir ses cabinets ministériels en raison d’une administration quasi-monocolore (le rouge).

Une question de sous

Le problème est directement lié au besoin de loyauté politique des "cabinettards’ (il faut, idéalement, qu’ils adhèrent au même parti que leur ministre) mais est aussi budgétaire. En fait, lorsqu’un fonctionnaire régional est détaché dans le cabinet d’un ministre du gouvernement wallon, son salaire reste payé par son administration d’origine. Seule ce que l’on appelle la "prime de cabinet" (un supplément au traitement de base) est alors déboursée par les services gouvernementaux. Le système est donc confortable. Par contre, si ce même technicien est détaché, par exemple, de la fonction publique fédérale, le cabinet doit prendre en charge l’entièreté de son traitement. Or, le budget de fonctionnement des cabinets est loin d’être extensible. Il est, au contraire, soumis à une forte pression à la baisse en raison du climat antipolitique qui règne désormais.

L’équation est simple : les ministres wallons du MR ont intérêt à détacher le plus possible de collaborateurs depuis l’administration wallonne. Mais voilà, pour le dire platement, les fonctionnaires wallons MR sont une denrée plutôt rare… Et difficile d’engager un agent qui aurait une autre étiquette politique. Un ministre libéral wallon confirme et ironise : " Cette situation est bien connue. Mais les montagnes sont aussi là pour être vaincues. En tout cas, nous ne subirons pas le reproche de vider l’administration wallonne de ses experts… " Un fin connaisseur des rouages internes du MR donne quelques détails supplémentaires sur l’état du recrutement au sein des cabinets régionaux. " Oui, ils ont du mal à trouver du monde. Les bureaux sont encore presque tous vides, surtout chez Borsus (le nouveau ministre-Président wallon, NdlR). Ce sont surtout des collaborateurs du groupe parlementaire à Namur qui sont montés dans les cabinets. Ils sont presque tous devenus chefs de cab’ adjoints ."

Mettre l’administration au pas

Outre la difficulté à trouver des fonctionnaires wallons MR, les libéraux craignent, comme durant l’Arc-en-ciel, d’être confrontés à l’inertie de l’administration dont les hauts-fonctionnaires sont en grande partie liés au PS. Durant les négociations estivales, Benoît Lutgen et Olivier Chastel avaient d’ailleurs planché sur les moyens de renforcer l’arsenal disciplinaire contre les agents de la Région wallonne qui voudraient mettre des bâtons dans les roues de la nouvelle majorité Orange bleue