Politique belge

"Le vote est obligatoire et secret "… Cette affirmation est coulée dans le béton juridique par l’article 62 de la Constitution. Depuis plus de 120 ans, en Belgique, on considère que le vote n’est pas seulement un droit mais une obligation démocratique. Mais, du côté du MR, ça bouillonne. Les libéraux remettent désormais en question cette spécificité de la politique belge. Le 21 septembre prochain, le parti organisera une réunion publique pour proposer la fin de l’obligation électorale.

Derrière cette initiative : Georges-Louis Bouchez, le délégué général du MR. Il avait été nommé officiellement "agitateur d’idées" au sein du parti depuis qu’il avait perdu, coup sur coup, son mandat de député et son poste d’échevin à Mons. Pour "La Libre", il dévoile l’idée qu’il porte au nom du parti.

"Le PS profite de l’obligation"

" Que les choses soient claires, il faut abolir l’obligation de vote , lance-t-il d’emblée. Le vote obligatoire ne renforce pas l’intérêt pour la chose publique. Il renforce, au contraire, les conservatismes. C’est vrai en tout cas en Belgique francophone. Quand on ne sait pas pour qui on va voter et qu’on s’en fout, on vote alors comme on l’a toujours fait… Je ne veux pas viser un parti plutôt qu’un autre mais il est clair que le PS profite de l’obligation de vote dans le Hainaut et en province de Liège. Le même phénomène existe aussi pour le CDH dans le Luxembourg où il y a un vote traditionnel mais qui est moins visible ".

Ce "conservatisme" que dénonce le jeune libéral pose aussi des problèmes démocratiques, en poussant à la passivité certains mandataires assurés d’être réélus de scrutin en scrutin : " Comme il y a un conservatisme dans les votes, on se retrouve avec des partis qui ne sont pas sanctionnés à la fin par rapport à leur bilan. Cela influence la façon de faire de la politique : personne ne va prendre de risques puisque les électeurs sont obligés de venir aux urnes et d’opérer un choix. C’est un frein aux réformes, cela anesthésie le débat politique. Il vaut mieux travailler pour sa clientèle politique plutôt que de changer la société…"

Le cas des banlieues françaises

Dans le même credo, Georges-Louis Bouchez en remet une couche et égratigne les formations de gauche : " Un argument en faveur de l’obligation me rend fou : c’est celui qui affirme que si on y met fin, ce seront les personnes les plus fragiles socialement qui ne voteront plus. C’est scandaleux de dire cela. C’est surtout un argument des partis de gauche… Au contraire, le jour où le vote n’est plus obligatoire, ces partis devront justement vraiment s’occuper des plus faibles puisqu’ils ne pourront plus automatiquement compter d’office sur leurs votes. Ces partis devront se battre pour convaincre les gens qui risquent de ne pas voter. On l’a vu en France après les émeutes dans les banlieues : les mandataires politiques s’y sont succédé pour essayer de récupérer cet électorat en complet décrochage. Désormais, la question des banlieues occupe une place dans le débat public bien plus importante que le pourcentage de la population qui y vit. C’est l’un des effets d’une démocratie où existe un droit de vote et non une obligation".

Dans le programme MR

Le chantier qu’ouvrent les libéraux doit aboutir à une prise de position du parti en vue des élections de 2019. Si cette idée faisait son chemin, il faudra réviser la Constitution. " Le MR n’a pas pris expressément position pour la fin de l’obligation de vote dans son programme , explique le délégué général. Mais c’est une tendance lourde au sein du parti : une série de figures libérales se sont déjà prononcées dans ce sens. Il faut aujourd’hui trancher cette question, par exemple pour la prochaine législature en adaptant notre programme électoral. Il faudra aussi être attentif aux articles de la Constitution qui seront ouverts à une révision ".


"Un parti politique est un lieu de réflexion et de débats"

Le président du MR, Olivier Chastel, a recadré l'idée formulée par Georges-Louis Bouchez. Le parti n'a pas pris position sur le sujet et cette remise en cause ne figure pas dans le projet doctrinal actuellement soumis aux membres. "Georges-Louis Bouchez le rappelle dans son interview: le MR n'a pas pris position sur la remise en cause du droit de vote obligatoire. Il lance le débat et développe dans cet article son argumentation. Son avis au sujet du droit de vote obligatoire n'est pas l'avis du MR", a déclaré M. Chastel dans un communiqué.

Le président ne clôt toutefois pas le débat. Si le projet doctrinal soumis aux membres ne mentionne pas cette idée, il peut être amendé. "Un parti politique est un lieu de réflexion et de débats. C'est pour cela que Georges-Louis Bouchez a été désigné délégué général du Centre Jean Gol, notre centre d'études. Son rôle est de susciter le débat au sein du parti", a expliqué M. Chastel.

Dans ce cadre, un conférence-débat aura lieu le 21 septembre au siège du parti sur la façon de mieux prendre en compte le choix du citoyen aujourd'hui. L'événement ouvrira un cycle de réflexion. "On vote de la même manière depuis 1830 alors que la Belgique a beaucoup changé", a fait remarquer M. Bouchez, interrogé par Belga.

Le sujet n'est pas neuf au MR. Plusieurs mandataires ont déjà pris position en faveur de la fin de l'obligation de vote. En 2010, Charles Michel et Richard Miller ont déjà plaidé dans ce sens. Cette réforme figurait d'ailleurs dans la première mouture de projet doctrinal préparée par M. Miller mais, devant l'opposition de certains poids lourds du parti, elle a été retirée.

Le congrès du MR se prononcera le 15 novembre sur le texte doctrinal qui entre-temps aura été soumis aux membres par le biais d'une plate-forme internet ouverte aux amendements. Le projet sera également discuté dans les régionales du parti. M. Miller fera le tour de celles-ci à partir du 3 septembre.