Politique belge

Joseph Michel n’écrira plus de livre et ne partagera plus - en parler local - ses bons mots, "un" Orval à la main... Le père des fusions de communes et acteur social-chrétien important des années 1950 à 1990 qui joua souvent le pompier de service a perdu son combat contre la maladie.

Issu d’un milieu modeste avec un père maçon, Joseph Michel qui vit le jour à Saint-Mard le 25 octobre 1925 ne pensait pas devenir ministre du Roi dans le lointain Bruxelles, ses ambitions de jeune homme étant surtout de décrocher un poste de rédacteur aux Chemins de fer. Mais on l’envoya à l’UCL. Ses humanités gréco-latines au collège St-Joseph à Virton furent interrompues par la guerre mais cela le n’empêcha pas de terminer ses études et de faire une 2e rhéto scientifique aux Aumôniers du Travail.

Passionné de thomisme

A l’UCL il entreprit deux licences - sciences éco et notariat - avant d’enchaîner par un doctorat en droit - tout en faisant un baccalauréat en philosophie thomiste. Ses travaux de fins d’études ne passèrent pas inaperçus : il s’était penché sur l’histoire économique du Luxembourg au XIXe siècle et sur le système théologique et philosophique de St Thomas d’Aquin. De quoi occuper pleinement son temps ? Sans nul doute mais en bon Luxembourgeois, il fréquenta aussi la Lux, le cercle des étudiants de la province qui rejoint les jeunes sociaux-chrétiens. De quoi être définitivement remarqué par les dirigeants du PSC... Président des Jeunes PSC de l’arrondissement de Virton. Joseph Michel se retrouva aux côtés des léopoldistes lors du dénouement de la Question royale. Mais lui voyait davantage sa destinée au Barreau et s’inscrivit auprès de la Cour d’appel de Liège chez le bâtonnier Jules Boever. N’empêche que la politique l’intéressa de plus en plus : la "mairie" de Virton était passée pour la 1e fois depuis 1830 de la gauche au PSC avec comme maire Albert Jadoul, un de ses profs d’humanités... Joseph Michel finit par franchir le Rubicon en étant élu conseiller en 1958 puis devint échevin des Finances. La voie vers le maïorat s’accéléra fin 1969 avec la mort inopinée du maire : Joseph Michel ceignit l’écharpe maïorale début janvier 1970 avec un joli défi : préparer les festivités des 700 ans de la ville. En octobre, il remportait les communales. Il lui fallut concilier son agenda local avec celui de la Chambre car depuis 1961, il y siégeait ayant remplacé Désiré Lamalle devenu gouverneur du Luxembourg... Joseph Michel se vit alors attribuer plusieurs maroquins ministériels.

Seul contre tous les socialistes

Le plus important fut celui de l’Intérieur de juin 74 à juin 77. Il s’y lança dans la fusion des communes. On passa de 2359 à 589 communes... L’opération ne fut pas évidente : plusieurs plans antérieurs proposés par des proches du Parti socialiste ne franchirent pas la rampe et si le gouvernement Tindemans I le soutenait, Joseph Michel se retrouva souvent tout seul face à une opposition socialiste déchaînée au Parlement. Mais têtu comme un Gaumais et obstiné comme... un Luxembourgeois, le Virtonnais tint tête et le projet fut voté avant la fin novembre 1975. Une date-butoir importante : les élections communales d’octobre 1976 pouvaient avoir lieu dans les nouvelles entités. Tout le pays ne fut cependant pas soumis aux fusions : Bruxelles y échappa... Le FDF jeta tout son poids dans la bataille : il n’y aurait pas 3, 5 ou 7 communes comme le voulait Joseph Michel et encore moins... une seule comme le prônait François Perin... En 1990, Joseph Michel proposa de ramener les 19 communes à 8 mais les baronnies locales étaient vraiment très fortes... Après avoir réformé les communes, Joseph Michel se retrouva à la tête de l’Education nationale francophone dans l’éphémère gouvernement Tindemans II. Il y lança le système 5-8 dans l’enseignement fondamental.

Pas de Parti chrétien fédéral

Chef de groupe PSC à la Chambre, il y finit aussi au perchoir au début des années 1980. Voyant progresser le fédéralisme, Joseph Michel, resté très unitariste, se désola du divorce de plus en plus prononcé entre sociaux chrétiens. Il prôna alors la création d’un Parti chrétien fédéral mais ne fut pas écouté... Le communautaire le préoccupa encore vivement lorsqu’il revint à l’Intérieur à la place de Charles-Ferdinand Nothomb qui avait échoué dans sa tentative de faire nommer un bourgmestre hors conseil pour Fourons. Joseph Michel qui n’était pas un excité linguistique imagina à son tour une solution de compromis... Ainsi, le candidat bourgmestre - José Happart - serait resté premier échevin faisant fonction et n’aurait pas présidé le conseil tout en s’abstenant d’exercer les pouvoirs de police administrative. Dur à avaler du côté francophone mais davantage encore du côté flamand. Conséquence : une nouvelle crise gouvernementale. Mais il y avait plus que de l’eau dans le gaz dans l’équipe Martens sur la politique économique... Joseph Michel brigua encore un ultime mandat de député avant de se replier sur Virton. Il y présida le Musée gaumais et tout en reprenant le métier d’avocat, il se mit à écrire avec beaucoup de passion ses souvenirs sur "la pire", "la belle" et "la grande époque"... puis encore une dizaine d’autres ouvrages.

Co-organisateur de visite papale

Enfin, il fut avec Vaast Leysen le co-organisateur de la seconde visite de Jean Paul II en Belgique à l’occasion de la béatification du Père Damien. Elle fut remise en 1994 car le Pape avait fait une vilaine chute dans sa salle de bain mais eut bel et bien lieu en juin 1995 à Koekelberg, face à une assemblée assez réduite. Mais au moment du debriefing, Joseph Michel rayonnait aux côtés du cardinal Danneels. Car l’organisation avait été parfaite... Comme le précise une analyse du Service du livre luxembourgeois, Michel alliait un sens aigu de la relativité et un tempérament têtu. A la fois volontaire mais pas agressif pour un cent, Joseph Michel n’aimait pas qu’on lui impose des idées mais savait qu’il fallait avoir l’esprit suffisamment large pour savoir concilier des thèses opposées ...


Le MR propose de nouvelles fusions

Mons-Quévy. Pure coïncidence. Alors qu’on apprenait samedi le décès de Joseph Michel, survenu dans la nuit de vendredi à samedi, le MR faisait une proposition le matin même dans "Le Soir" pour aller vers de nouveaux rapprochements entre municipalités. L’idée apparaît dans l’accord du gouvernement wallon PS-CDH, mais elle est pour l’instant restée lettre morte. Paul Furlan, ministre PS des Pouvoirs locaux, explique chez nos confrères qu’il déposera bien un texte ouvrant la voie à des fusions, mais sans pour autant les encourager. "Sociologiquement, la fusion de 1976 n’a pas été une réussite", estime-t-il. Au MR, Georges-Louis Bouchez, conseiller communal à Mons et ancien député wallon, avance ses pions. Selon lui, sa ville devrait fusionner avec Quévy, la commune voisine. Il y voit des avantages en matière de subsides et de stabilité financière. Mais le jeune libéral a déjà reçu une fin de non recevoir. La bourgmestre de Quévy, Florence Lecompte (PS), et le collège communal ont indiqué samedi, dans un communiqué, s’opposer "à cette idée saugrenue". Selon eux, cela "nie l’identité spécifique et rurale de Quévy par rapport au chef-lieu du Hainaut" et "va totalement à l’encontre de la volonté des habitants de Quévy, qui sont attachés à leur commune et aux services de proximité qu’elle offre".