Politique belge

Le Parti populaire emmené par Mischaël Modrikamen a durci mardi son profil francophone en prônant, au lendemain de l'éviction de son co-président néerlandophone Rudy Aernoudt, un plan B pour la Belgique passant notamment par une Constitution pour la Wallonie et Bruxelles et la mise en place d'un gouvernement provisoire. Le Parti populaire reste demandeur d'un "fédéralisme apaisé" en Belgique passant par la coexistence de trois Régions et une refédéralisation d'une série de compétences, a assuré M. Modrikamen. Mais le "dîner de cons" que constituent les actuelles négociations de la préformation ainsi que "l'alignement des partis flamands sur les positions séparatistes de la N-VA" nécessitent que les francophones préparent un plan B, "au cas où la situation déraperait".

Cette solution de rechange, que M. Modrikamen demande de préparer en associant les cinq partis francophones à la Chambre (PS, MR, cdH, Ecolo et PP), doit passer selon lui par une Constitution pour la Wallonie et Bruxelles et l'éventualité d'un gouvernement provisoire, a ajouté l'avocat d'affaires. Ce plan B réenvisagerait aussi les limites territoriales et une éventuelle extension de Bruxelles par référendum aux communes à facilités. Pour lui, le PP garde un statut bilingue et les néerlandophones y sont toujours les bienvenus, mais dans les faits, il est devenu francophone. Il dément aussi avoir trompé son électorat en prônant désormais un tel programme institutionnel, soulignant qu'il le réclame de manière subsidiaire et "à regrets, vu le peu d'illusions du PP" sur la volonté fédérale des partis flamands. Revenant sur le clash qui a abouti à l'éviction de Rudy Aernoudt, M. Modrikamen a dénoncé le manque d'investissement de ce dernier pour le nord du pays.

"Le parti s'est bien développé côté francophone et est désormais composé de 95 à 98 pc de Bruxellois et de francophones. Mais il fait l'objet d'une absence totale d'intérêt de la part des médias flamands et d'un manque de militants et de candidats en Flandre", a constaté M. Modrikamen. Il stigmatise aussi la "déloyauté" de Rudy Aernoudt qui aurait fomenté une tentative de prise de contrôle du PP par ses partisans, dont des anciens de LiDé, son éphémère parti, et "monté en épingle" les propos du député Laurent Louis sur la politique du président français Nicolas Sarkozy vis-à-vis des Roms. "Les propos tels que formulés sont malheureux, ce n'est pas la position du parti", a-t-il répété, soutenant cependant "la politique sécuritaire de Nicolas Sarkozy vis-à-vis des Romanichels". Celui que les militants sont appelés à reconnaître lundi prochain comme président unique du parti - jusqu'en octobre 2013, terme du mandat - a par ailleurs récusé les propos de Rudy Aernoudt affirmant que son éviction était illégale.

Selon M. Modrikamen, le bureau convoqué lundi était statutaire, sa composition bien connue et non contestée depuis des mois par M. Aernoudt. En outre, même dans sa composition réclamée par le coprésident évincé, deux tiers des membres ont voté l'expulsion de M. Aernoudt. Ce dernier, qui se considère toujours comme co-président du PP, a appelé les membres à se positionner et, si le parti devient "nationaliste", a annoncé qu'il le quittera.