Le PS à la reconquête des bastions

Belga Publié le - Mis à jour le

Politique belge

Plombées par une série d'affaires dans le logement et les marchés publics, les élections communales et les mois qui ont suivi n'avaient pas été couronnées de succès pour le PS en Wallonie en 2006. En baisse parfois importante, perdant plusieurs majorités absolues et quelques bourgmestres dans des villes capitales, il s'est retrouvé dans l'opposition dans l'un ou l'autre fief historique.

Misant sur l'expérience de ses 111 bourgmestres et 450 échevins ainsi que sur l'apport de quelques nouveaux cadres qui ont contribué à renouer avec des succès électoraux en 2009 et 2010, il compte repartir de l'avant le 14 octobre. Mettant en avant la sécurité d'existence parmi les priorités d'une campagne qui joue la carte de la proximité et du quotidien, le PS et son président faisant fonction devront gérer l'image d'un gouvernement fédéral dirigé par un socialiste wallon, une première depuis trente ans.

Or, s'il a sorti le pays de l'impasse institutionnelle, le gouvernement papillon, confronté à la crise économique, prend des mesures budgétaires qui prêtent parfois le flanc à la critique, singulièrement sur les bancs syndicaux qui l'attendent au tournant sur le pouvoir d'achat.

L'affaire de la société de logement La Carolorégienne, symbole de malgouvernance a coûté au PS sa majorité absolue à Charleroi en octobre 2006, puis dans la foulée le maïorat, un séisme dans la cité sambrienne.

Tête de liste et candidat bourgmestre, le ministre fédéral Paul Magnette, étoile montante du parti, entend s'imposer à l'ancienne garde de l'ex-poids lourd local Jean-Claude Van Cauwenberghe en oeuvrant au redressement de la plus importante ville de Wallonie.

Il a pour objectif de reconquérir la majorité absolue qui pourrait ensuite s'ouvrir à d'autres partenaires. Lors des campagnes électorales précédentes de 2009 et 2010, Paul Magnette avait déjà tourné autour des 20.000 voix à Charleroi, un très bon score. Il a annoncé qu'il quitterait le gouvernement fédéral s'il était élu bourgmestre.

2006 avait également sonné le glas des socialistes namurois relégués dans l'opposition après un ressac électoral consécutif à une affaire de marchés publics.

La ministre wallonne Eliane Tilleux porte les ambitions de la nouvelle équipe dans la jeune capitale wallonne en remplacement des anciens maïeurs Jean-Louis Close et Bernard Anselme. Là aussi, l'enjeu est clair, la reconquête.

A Huy, l'actuel bourgmestre Alexis Housiaux ou Christophe Collignon tenteront de faire oublier Anne-Marie Lizin qui a régné sans partage sur la ville pendant plus de 25 ans avant de tomber en disgrâce pour des comportements dont la justice aura à se prononcer.

Dans d'autres communes à dominance socialiste qui ont eu à pâtir en 2006 du retentissement de ces affaires, les édiles s'attacheront à défendre le bilan de la législature passée et la prise de responsabilité à tous les niveaux de pouvoir.

Cela ne sera pas toujours aisé et au sein du parti certains se demandent s'il ne faudrait pas désigner un président à temps plein qui aux côtés du Premier ministre Elio Di Rupo réaffirme avec plus de force les valeurs de gauche défendues par les socialistes afin d'éviter notamment que de petits partis grignotent quelque pourcentage.

A la tête du parti, on estime que l'actuel président fonction est l'homme de la situation. Mais la discussion ne manquera pas de revenir à l'ordre du jour après les communales, même en cas de victoire socialiste, cela en dépit du fait que Thierry Giet fasse l'unanimité en interne pour ses qualités humaines.

En effet, les possibles départs de Paul Magnette, à Charleroi, ou de Rudy Demotte à Tournai -l'intéressé a toutefois affirmé qu'il poursuivrait son mandat de ministre-président jusqu'en 2014- ne manqueraient pas d'entraîner un jeu de dominos au sein duquel reviendrait à l'ordre du jour la question de la présidence du parti. Parmi les noms cités à cet égard, celui de Laurette Onkelinx revient régulièrement. Mais celle-ci ne fera rien sans concertation avec Elio Di Rupo.

Tête de liste à Sprimont, Thierry Giet fait partie des valeurs sûres du parti qui se représenteront. C'est le cas du ministre-président wallon Rudy Demotte, qui a quitté Flobecq, pour briguer le maïorat de Tournai, le nouveau fief qu'il ambitionne de diriger en Picardie.

Fait peu banal pour un chef de gouvernement, le Premier ministre Elio Di Rupo sera tête de liste à Mons. Il briguera, pour la troisième fois l'écharpe maïorale dans la cité du Doudou dont il est bourgmestre tantôt en exercice tantôt empêché depuis 2000.

Hainaut toujours, mais cette fois dans la région du Centre, le bourgmestre de La Louvière, Jacques Gobert, qui avait succédé à Willy Taminiaux après la perte historique d'une majorité absolue vieille de 82 ans, sera tête de liste. A Chapelle-lez-Herlaimont, malade, Patrick Moriau ne sera plus bourgmestre.

A Liège, Jean-Claude Marcourt poussera la liste emmenée par le bourgmestre, Willy Demeyer, qui, rare exception dans les grandes villes wallonnes, avait progressé en 2006. Dans la province, le PS devra se passer d'un important faiseur de voix après le décès de Michel Daerden qui comptait se présenter à St-Nicolas. A Seraing, le premier magistrat de la ville, Alain Mathot sera tête de liste malgré une inculpation pour des faits présumés de corruption qu'il nie.

Parmi les "anciens", l'ex-ministre-président wallon Robert Collignon tentera de reconquérir la ville d'Amay conquise de justesse mais de façon fracassante en 2006 par l'ancien coprésident d'Ecolo Jean-Michel Javaux grâce à l'appui du MR. Christophe Collignon (candidat à Huy) était alors tête de liste PS.

Le PS n'avait pas essuyé les mêmes revers en Région bruxelloise en 2006 mais l'échec à Schaerbeek de Laurette Onkelinx, malgré un score honorable, avait quelque peu terni les résultats. Face à Bernard Clerfayt, bourgmestre bien implanté malgré une éclipse au gouvernement fédéral, la vice-première ministre fédérale se représentera comme tête de liste dans la cité des ânes où elle a parfois peine à convaincre de son attachement local malgré son engagement à travers Beliris.

Les autres figures de proue socialistes seront également de la partie comme tête de liste: le bourgmestre Philippe Moureaux à Molenbeek, 73 ans, dont la marge de manoeuvre est moins aisée qu'auparavant mais dont la reconduction semble assurée, ses collègues Freddy Thielemans à la ville de Bruxelles, Willy Decourty à Ixelles et le ministre-président Charles Picqué qui ne cache pas son désir de revenir s'implanter physiquement à St-Gilles. La succession de l'ancienne ministre Magda De Galan, bourgmestre de Forest ne s'annonce pas évidente. La liste y est emmenée par l'échevin Marc-Jean Ghyssels, Magda De Galan poussant la liste sur laquelle figurent également l'ancienne ministre-présidente Marie Arena. Mais la concurrence est forte. A Anderlecht, Eric Tomas croit possible le retour d'un bourgmestre socialiste.

En vue des communales, des rumeurs d'ententes, voire d'accords de majorité entre PS et MR, sont rapportées localement sans être confirmées.

Au-delà, les résultats ne manqueront pas d'être lus à l'aune de la participation au fédéral, la N-VA ayant annoncé qu'elle ferait de ces élections un test national. S'exprimant à la mi-mai dans Le Soir, le président des socialistes bruxellois Rudy Vervoort avait confirmé que le 14 octobre serait "un scrutin à valeur nationale".

Publicité clickBoxBanner