Politique belge Accusé par l’opposition d’avoir tenu des propos mensongers, le secrétaire d’Etat a dû s’expliquer "séance tenante".

Sale temps pour Theo Francken ! Le secrétaire d’Etat à l’Asile et à la Migration (N-VA) était prié, vendredi soir, de s’expliquer en commission de l’Intérieur de la Chambre pour fournir des explications sur l’expulsion de ressortissants soudanais.

Theo Francken est accusé par l’opposition d’avoir menti. Il avait affirmé jeudi qu’aucun vol n’était prévu pour des expulsions vers le Soudan d’ici la fin janvier, qualifiant d’"absurdes" les propos du Premier ministre Charles Michel (MR), qui avait annoncé une suspension des vols jusqu’à cette échéance.

Des vols étaient bien prévus

En fait, des vols étaient bien prévus en janvier, mais M. Francken a affirmé ne l’avoir appris que mercredi, dans le courant de la journée, à l’occasion d’une réunion à son cabinet. "A ce moment, j’ai décidé d’annuler les vols dans l’attente d’une enquête", explique-t-il.

Theo Francken a indiqué avoir dissimulé l’annulation de ce vol afin de ne pas créer d’"appel d’air". "Les rumeurs en matière de migration créent quasi toujours un appel d’air. Je ne voulais pas donner un mauvais signal en indiquant que les Soudanais ne seraient plus renvoyés", s’est justifié M. Francken.

Devant les députés, Theo Francken est resté sur sa ligne en précisant que "dans d’autres pays de l’Union européenne, des rumeurs étaient nées sur des tortures au Soudan mais qu’elles s’étaient révélées fausses".

Second point nébuleux, les Nations unies pointent aussi du doigt M. Francken : "Non, nous ne savions pas ce qu’il se passait avec les Soudanais", affirme Vanessa Saenen du Haut-Commissariat aux réfugiés des Nations unies (HCR). M. Francken avait affirmé que les Nations unies étaient impliquées "dès le premier jour" dans le rapatriement.

Pour M. Francken, l’OIM (Organisation internationale pour les migrations) "est une agence des Nations unies et toutes les procédures sont respectées. Lors de la crise migratoire de 2015, tous les migrants demandaient l’asile. Ici, avec les Soudanais, plus personne ne demandait l’asile. Avec l’Office des étrangers, qui utilise des fichiers standardisés, nous avons respecté les procédures".

Soutien du MR

Seuls le MR et la N-VA ont affiché leur soutien vendredi soir au secrétaire d’Etat : "Je vous ai entendus nous confirmer qu’il n’y a pas eu de mensonge. J’en était convaincu et je le crois", a affirmé le député Philippe Pivin.

La députée de la majorité, Nahima Lanjri (CD&V) s’est montrée cinglante vis-à-vis du secrétaire d’Etat N-VA. "Vous avez confirmé avoir retenu une information, on appelle cela un mensonge ou autre chose. Pire, vous avez laissé le Premier ministre exprimer des choses qui n’étaient pas vraies. Je sais qu’il est patient. Je ne sais pas combien de temps cela va durer encore", a-t-elle dit.

Sans surprise, les membres de l’opposition francophones ont exigé la démission du secrétaire d’Etat.

Plus tôt dans la journée, Charles Michel avait pris acte des excuses de son secrétaire d’Etat : "Nous nous sommes expliqués entre nous. M. Francken a présenté ses excuses et j’ai pris acte de ses excuses", a déclaré M. Michel, se refusant à dire qu’il les avait acceptées.