Politique belge

Les murs de la Chambre des représentants ont tremblé, mardi matin, lors du débat parlementaire sur la déclaration gouvernementale prononcée la veille par le Premier ministre Charles Michel (MR). Elio Di Rupo, député-président du PS et premier orateur de la journée, a donné le ton : “Je ne répondrai à aucune interruption”. La majorité (MR, N-VA, CD&V, Open VLD) a peu apprécié. Et raillé.

Les deux camps se sont invectivés à coup de “fake news” (fausses informations) ou “fact checking” (vérification des faits), en référence au souhait du chef du gouvernement de lancer un fonds en faveur de projets de fact checking.

"Raoul, sors de ce corps !"

Le socialiste, prédécesseur de M. Michel, a, sans surprise, dressé un bilan bien sombre de l’action de l’exécutif, à moins de huit mois des élections législatives de mai 2019. “Vous dites une addition de contre-vérités”, lui a répondu Charles Michel. Et de lancer : “Raoul Hedebouw (porte-parole du PTB, NdlR), sors de ce corps !”

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Selon M. Di Rupo, cependant, “les recettes libérales sont un échec patent […] aux conséquences désastreuses. Il faut arrêter de taper sur la tête des plus pauvres, des pensionnés, des chômeurs, des travailleurs, des épargnants. Il est urgent qu’un autre gouvernement prenne les rênes de notre pays.”

Le PS dénonce la double peine

C’est cependant le risque de black-out provoqué par la prochaine non-disponibilité de six réacteurs nucléaires sur sept qui a le plus animé les débats. D’abord à cause de la probable hausse de la facture d’électricité qui découlera de cette pénurie d’énergie.

L’opposition a rappelé que le gouvernement avait porté en 2015 la TVA sur l’électricité de 6 à 21 %. “C’est la double peine pour le consommateur”, selon Ahmed Laaouej (PS). Pour Jean-Marc Nollet (Ecolo), l’exécutif devrait utiliser le surplus de recettes TVA, qui sera généré par cette augmentation des prix de l’électricité, pour adoucir la facture des plus démunis. Dans la majorité, Servais Verherstraeten (CD&V) s'est montré favorable à l’idée de l'écologiste. “Le gouvernement ne doit pas engranger d’éventuels gains.”

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Le Premier ministre s’est montré plus prudent. Il a indiqué qu’il y aura “un travail pour monitorer les recettes fiscales”. Mais, a-t-il rappelé, “la première priorité” est de faire payer l’augmentation de la facture à Engie-Electrabel, propriétaire des centrales nucléaires.

Charles Michel mal informé

Le ton est encore monté d’un cran lorsqu’une information de L’Écho sur les provisions nucléaires a été évoquée. M. Michel l’a vivement démentie et regretté que l’auteure de l’article n’ait pas contacté son cabinet, ni celui de la ministre de l’Énergie, Marie-Christine Marghem (MR). Sauf que, peu de temps après, la journaliste a assuré sur Twitter avoir “pris contact avec le cabinet Marghem, qui a refusé de s’exprimer sur le dossier”.

Durement interpellé dans la foulée par les députés Nollet et Laaouej, le Premier ministre a été contraint de revenir sur ses propos, disant qu’il n’avait pas eu toutes les informations.

Une après-midi plus paisible

La pause déjeuner a eu le mérite de faire retomber la fièvre au moment de la reprise des travaux et de… dégarnir les bancs parlementaires. Les échanges étaient plus apaisés durant l’après-midi, davantage centrés sur la technicité des dossiers. Plus traditionnels aussi où majorité et opposition se sont affrontés sur le bilan du gouvernement.