Politique belge Dans un courriel daté de mai, le président de l’ASBL a demandé une enquête sur la vie privée de journalistes et d’un député Ecolo.

C’est à croire qu’on ne touchera jamais le fond dans le dossier du Samusocial. A l’entame des travaux de la commission d’enquête du Parlement bruxellois qui devait, ce mercredi, entendre la direction opérationnelle de l’association d’aide urgente aux sans-abri, le député Ecolo Alain Maron jetait un pavé dans la mare. Il citait un mail envoyé le 25 mai dernier par le président du conseil d’administration (CA) de l’ASBL, Michel Degueldre, à son porte-parole, Christophe Thielens. Le courriel en question, provenant d’une boîte Hotmail, dit ceci : "Comme il n’y a pas que des bons et des mauvais, j’aimerais te demander de faire une recherche approfondie sur la vie, les étude, habitudes, convictions, amis, familles des deux vedettes journalistiques de Vif et RTBF et du député Ecolo. J’aimerais mieux comprendre leurs motivation, liens et éventuelles aspirations. L’époque des ‘gentils’ est terminée" (sic).

Le dirigeant, visiblement excédé par les demandes d’informations venant de toutes parts, a donc cherché à fouiller la vie privée de journalistes et d’un député pour satisfaire on ne sait quels desseins. Non sans incommoder les destinataires (en copie) du courriel. Interrogé par les directeurs du Samusocial sur l’attitude à adopter face à une telle demande, Christophe Thielens répondait comme suit : "Que répondre si ce n’est que ce n’est pas tant une histoire de personnes - il y a des rédactions derrière les journalistes et un agenda politique derrière Alain Maron - mais de faits et surtout des questions laissées sans réponse. Vos conseils sont les bienvenus."

Cette démarche de M. Degueldre intervenait le lendemain de la publication par "Le Vif" d’un article soulignant le manque de transparence de l’association lorsqu’il s’agissait des rémunérations de ses dirigeants. Mais cela faisait déjà plusieurs semaines que le Samusocial était sous pression. Hier en commission d’enquête, le député MR Vincent De Wolf évoquait le mail d’un journaliste comportant des questions qualifiées d’"embarrassantes" par la direction de l’association. "Il fouille, il m’a rajouté sur Facebook, mais je l’ai bloqué", avait alors écrit l’un des membres de ladite direction dans un autre mail cité par le député libéral. Ces questions gênantes dataient du début du mois de mars, soit trois mois avant l’éclatement du scandale. Elles émanaient de la rédaction de la RTBF qui démarrait alors sa petite enquête sur les rémunérations pratiquées au sein de l’association en multipliant ses questions.

Uyttendaele envoyé au front

N’obtenant pas de réponses précises quant aux montants qui ont provoqué le séisme que l’on connaît, un premier journaliste insistait notamment en tentant de nouer contact avec des membres du personnel du Samu via Facebook, entraînant, le 20 mars, une première réaction forte. Comme décrit par "La Libre" le 9 juin dernier, l’ASBL mandatait son avocat, Maître Marc Uyttendaele, pour mettre en demeure le journaliste en question de "cesser de harceler les responsables et les membres de l’ASBL Samusocial". Pour l’avocat, les réponses apportées par M. Deguelder à la RTBF - à savoir que Mme Peraita ne touchait pas, en tant qu’administratrice-déléguée, de salaire mais des jetons de présence - constituait une "information claire et suffisante" en réponse à la curiosité de la RTBF. "Rien ne justifie, si ce n’est une intention de nuire et une propension au harcèlement d’interpeller ainsi des membres du personnel sur des questions déjà posées le jour même aux responsables de l’association", écrivait un Marc Uyttendaele, accusant le journaliste de "prétendre erronément ne pas avoir reçu de réponses à ses mails précédents". "Ma cliente n’a strictement rien à cacher", osait-il avant d’annoncer que l’ASBL ne répondrait plus aux questions dudit journaliste.

L’avocat évoquait des jetons de présence touchés par Pascale Peraita lorsqu’elle participait à des réunions du CA ou du bureau de l’ASBL. L’administratrice-déléguée et le président Degueldre, quelques semaines plus tard, modifiaient cette version, évoquant cette fois des montants forfaitaires attribués sur base mensuelle aux quatre membres du bureau exécutif de l’association. Avec les suites qu’on connaît.


Un e-mail crée l’incident à la commission d’enquête

La divulgation de l’e-mail attribué à Michel Degueldre par le député Ecolo Alain Maron a provoqué un incident au sein de la commission d’enquête en cours au Parlement bruxellois. Les autres partis se sont plaints du fait que les verts diffusaient le contenu des pièces communiquées aux commissaires sur les réseaux sociaux alors que le travail de la commission démarrait.

Le MR a notamment précisé que ce type de diffusion, concernant des tiers qui n’étaient pas présents en commission pour se défendre, était de nature à nuire aux travaux des députés et à poser des questions de droit relatives au respect de la vie privée. Ecolo a répliqué en indiquant que la séance était publique et largement suivie par la presse. Le huis clos fut tout de même décidé afin de confirmer que seules les pièces évoquées en commission pouvaient être rendues publiques par les députés.

Le groupe CDH a rapidement demandé l’audition de Michel Degueldre afin qu’il s’exprime sur cette affaire et pour déterminer les éventuelles suites judiciaires à donner à ce qui fut qualifié de "tentative d’intimidation" de la part du président de l’association.

Les auditions prévues ont ensuite pu démarrer. Il s’agissait pour les commissaires d’interroger Aurélien Doffigny, directeur administratif et financier, Gregory Polus, directeur opérationnel, et Laurence Bourguignon, directrice pédagogique du Samusocial. La question du paiement des fameux jetons de présence a occupé la première partie de la séance. Les réunions du bureau ne donnaient lieu à aucune trace écrite, a confirmé M. Doffigny, qui participait à certaines d’entre elles (sans toucher de rémunération complémentaire). Il effectuait les paiements sur la base de contacts téléphoniques ou autre avec Pascale Peraita, aujourd’hui ex-administratrice déléguée de l’ASBL, a-t-il expliqué. Pour rappel, le "bureau" incriminé était composé de Mme Peraita, sa cheffe de cabinet à la présidence du CPAS de Bruxelles, Michel Degueldre et Yvan Mayeur. Ce jeudi seront entendus le responsable de la communication du Samusocial, l’ancienne comptable de l’ASBL et Rita Glineur, administratrice proche de l’ex-bourgmestre de Bruxelles Yvan Mayeur (PS)