Politique belge

Depuis la montée en puissance du dossier, des médias ont parfois lourdement insisté sur le fait que la franc-maçonnerie bruxelloise avait été liée à la création du Samusocial. Recadrons l’information ! Il n’y a rien d’exceptionnel à cette présence, a fortiori à Bruxelles, ville qualifiée de bastion maçonnique en raison de sa forte implication dans une série d’initiatives sociétales. 

Lorsqu’à la fin des années 1990, des acteurs du monde politique et du réseau associatif bruxellois étaient convaincus qu’"il manquait un maillon à la chaîne de solidarité pour les personnes sans abri", selon l’historique officiel, les frères au sein des Amis philanthropes ont suggéré la mise sur place du Samusocial. Les services de garde des hôpitaux publics, qui accueillaient les plus démunis, étant submergés et ne pouvant faire face à cette réalité, on opta pour un dispositif d’urgence sociale adapté. 

C’est ainsi que vit le jour l’ASBL privée le Samusocial de Bruxelles à l’initiative du président du CPAS, Yvan Mayeur, du réseau hospitalier Iris, du ministre de l’Action sociale, Alain Hutchinson, et de personnes privées dont les Amis philanthropes, qui fêtaient le bicentenaire de leur fondation. Cet atelier du Grand Orient de Belgique a lancé l’idée et s’impliqua d’autant plus que le mode opératoire choisi s’inspirait du Samu social de Paris et d’autres du genre dans des villes françaises parrainées par l’obédience-soeur hexagonale.

De la voie philanthropique à la lutte contre l’exclusion

Comme le souligne l’historien spécialisé Pierre-Yves Beaurepaire (Université de Nice), "de la charité chrétienne à la bienfaisance en cours de laïcisation, de la philanthropie libérale à l’affirmation des exigences de solidarité, puis aux combats politiques contre l’exclusion, la philanthropie a toujours été un marqueur précieux pour suivre l’implication des maçons dans la société". Mieux, depuis le XIXe siècle "la maçonnerie belge a une longueur d’avance dans une conception militante de la philanthropie et de l’engagement maçonniques, ce qui se comprend aisément si on prend en compte le poids des institutions catholiques dans l’encadrement social, politique, éducatif et caritatif du pays". 

Les Amis philanthropes furent souvent à l’avant-garde : on leur doit la création de l’ULB (1834), du Parti libéral (1846) mais aussi diverses initiatives sociales gravitant autour de l’égalité sociale, scolaire, des sexes. Et en 1868 ils lançaient les Ateliers réunis, une coopérative alimentaire soutenue par le bourgmestre libéral et franc-maçon Jules Anspach.