Politique belge

Les tractations sont loin d'être terminées dans la nouvelle majorité. Le SP.A victime de la déroute d'Yvan Mayeur. Portrait de celui que Freddy Thielemans désigna comme son successeur naturel.

La majorité communale bruxelloise, le SP.A en moins, a fini par accoucher, dans la douleur, d’une décision pour la reprise des commandes de la Ville. C’est l’échevin des Finances et du Tourisme, le socialiste Philippe Close, qui sera proposé à la succession d’Yvan Mayeur, le bourgmestre démissionnaire emporté par le scandale du Samusocial. Celui qui fut longtemps désigné dauphin par son mentor, l’ancien bourgmestre Freddy Thielemans, avant de se faire doubler par Yvan Mayeur, a assuré hier en conférence de presse poursuivre le projet ambitieux de l’équipe en place. Sa personnalité, forcément plus ronde que celle de Mayeur, devrait améliorer les relations de la Ville avec les victimes du piétonniers ainsi qu’avec la Région bruxelloise.

Les socialistes néerlandophones, dont le chef de file n’est autre que le ministre bruxellois de la Mobilité Pascal Smet, sont donc mis hors jeu. Sur ce point, deux versions circulent. Celle, officielle, du nouveau collège veut que le SP.A a choisi de partir. L’autre, plus officieuse, voulant que PS, MR et Open VLD n’attendaient en fait que l’occasion de se débarrasser des socialistes néerlandophones en raison de relations devenues très conflictuelles avec l’échevine SP.A Ans Persoons. Le divorce est intervenu dès jeudi soir, au début des tractations entre les quatre partis réunis pour s’entendre sur l’identité du futur bourgmestre. Malgré les démentis intervenus hier, il se confirme que le PS a attaqué la négociation en réclamant un échevinat pour Yvan Mayeur, bien décidé, signale-t-on à "La Libre", à maintenir son niveau de rémunération malgré l’extraordinaire déroute qu’il vit aujourd’hui. Outrée, mais également mise en difficulté par les déclarations très fortes de son président de parti John Crombez (le PS n’est visiblement pas près de les oublier), Ans Persoons a quitté la table pour ne jamais y revenir. Durant la soirée, l’hypothèse d’un poste mayoral pour la députée échevine Karine Lalieux (PS) avait vécu. Sans accord, les trois partis restants se sont quittés vers 2 heures du matin pour se retrouver vendredi matin dans un local du Heysel afin de poursuivre les discussions.

Le MR se sent renforcé

S’il n’y eut point d’huîtres au menu de cette nouvelle réunion, à entendre le premier échevin libéral Alain Courtois, la table était pleine de possibilités, de formules politiques, de demandes et de desiderata. Le MR, par exemple, a d’une part montré sa volonté de poursuivre dans un attelage dominé par le PS. Loyal. Sympa. Alors que dans la famille libérale, des critiques se font entendre quant à la faiblesse de la réaction du MR bruxellois dans l’affaire du Samusocial. Mais il a aussi rappelé que depuis les élections de 2012, son groupe avait gagné deux conseillers communaux (des dissidences de Défi et du CDH), ce qui renforçait son poids dans la majorité. Les libéraux pouvaient également revendiquer le mayorat. "On a tout de suite compris qu’ils voulaient un échevin", glisse un socialiste. C’est précisément ce qui se prépare.

Le MR devrait récupérer un des 7 postes socialistes puisque celui d’Ans Persoons ne sera pas remplacé. Pour qui au MR ? Trois possibilités : Jacques Oberwoits, Clémentine Barzin et David Weytsman. Le premier est un pilier libéral de la Ville de Bruxelles (il a près de 70 ans), la seconde est une fidèle du clan Reynders pour qui elle travaille et le dernier est un jeune du cabinet de François Bellot bien élu à la Ville. La direction du parti a demandé d’être étroitement associée à la décision.

Côté PS, il va aussi y avoir du mouvement. Philippe Close libère un poste d’échevin, tout comme, mais c’est à confirmer, Ahmed El Ktibi, vivement pressenti pour prendre la succession de Pascale Peraita à la présidence du CPAS. Cela fait deux échevinats. Un pour le MR donc et l’autre, sans doute pour la conseillère et proche d’Yvan Mayeur Mounia Mejbar. A confirmer également car tout ce petit monde doit se retrouver lundi matin pour boucler l’exercice. Il faudra sans doute s’attendre à voir Yvan Mayeur récupérer des mandats inclus dans le périmètre de la Ville. "Et il n’y a que du côté du Parc des Expositions que Mayeur pourra trouver une équivalence en termes de rémunérations", dit un observateur averti. A voir.

Philippe Close, en tout cas, a choisi de ne plus cumuler. Il quittera en septembre son siège de député au Parlement bruxellois, au profit de sa suppléante, Kenza Yacoubi. Vendredi soir, trois noms étaient évoqués pour reprendre sa fonction de chef de groupe PS. Ceux des députés Catherine Moureau, Caroline Désir et Ridouane Chahid.


Le rugbyman rockeur, (vrai) successeur de Freddy Thielemans

Philippe Close, il aime quand ça bouge. Fan de rock, héritier de la "new wave" dans les années 80, il admet un faible pour le groupe Motörhead . Sur le plan sportif, il a joué au rugby. Aujourd’hui, ce sont ses enfants, Corto et Elvis (ça ne s’invente pas), qui titillent le ballon ovale. Les deux garçons résument à eux seuls les passions du paternel. Les années passent, les responsabilités s’accumulent, mais le nouveau bourgmestre de Bruxelles apprécie toujours la fête. Concerts et troisièmes mi-temps. "Le plus souvent avec un coca à la main plutôt qu’une bière", glisse-t-on. Il bouge. Tout le temps. Y compris dans son action politique.

Philippe Close est né le 18 mars 1971 à Namur. Il est plongé dans le bain socialiste dès son plus jeune âge. Son père est le cousin de Jean-Louis Close, l’ancien bourgmestre PS (1983-2000) de Namur, "l’autre capitale". Sa mère est la sœur de Philippe Mahoux, sénateur PS namurois. Philippe Close grandit cependant à Liège jusqu’à l’âge de 10 ans, lorsque ses parents déménagent à Bruxelles. Il n’en bougera plus.

Après des études de droit à l’ULB, il entre au Parti socialiste comme collaborateur du sénateur Roger Lallemand. En 1999, Elio Di Rupo, fraîchement élu à la tête du PS, le fait venir à l’Institut Emile Vandervelde (IEV), le centre d’études du parti, véritable école des apparatchiks socialistes, par où sont passés de nombreux proches du président. En 2000, Elio Di Rupo fait de lui son porte-parole. Et, en 2001, il l’envoie diriger le cabinet de Freddy Thielemans, tout juste désigné bourgmestre de Bruxelles. Une vraie preuve de confiance. Quelques semaines plus tôt, en effet, le PS est parvenu à arracher le mayorat de la capitale au MR. L’enjeu est énorme pour la législature qui commence.

Le courant passe bien entre Freddy Thielemans et son chef cab’, tous deux amateurs de rugby.

Sa rivalité avec Yvan Mayeur

On est en juillet 2008. Philippe Close a été élu deux ans plus tôt au conseil communal de Bruxelles et nommé échevin du Tourisme et du Personnel. A l’occasion d’un voyage d’études sur l’événementiel au Canada, Freddy Thielemans le présente ouvertement comme son dauphin à la tête de la Ville. L’information remonte aux oreilles d’Yvan Mayeur, alors président du CPAS de Bruxelles. Dès cet instant, il manœuvrera en coulisses pour obtenir le soutien de la section locale du PS et brûler la politesse à Philippe Close.

Les élections d’octobre 2012 se déroulent. Les trois protagonistes sont prolongés dans leurs fonctions (Close reçoit en plus les Finances). Mais, en décembre 2013, Freddy Thielemans prend sa retraite plus vite que prévu. Et c’est Yvan Mayeur, appuyé par Laurette Onkelinx, qui lui succède. Philippe Close rumine dans son coin. Les rapports entre les deux hommes seront orageux - presque une transposition bruxelloise de la rivalité Di Rupo-Onkelinx au niveau du parti.

En juin 2016, le bourgmestre évince son échevin de l’ASBL Brussels Major Events, pourtant son bébé. Une humiliation. Un an plus tard, avec les conséquences du scandale du Samusocial, il tient sa vengeance…

M. Close est devenu un municipaliste par la force des choses (même s’il est aussi député régional). Dans sa ville, on lui doit entre autres Bruxelles-les-Bains, les Plaisirs d’Hiver ou le Brussels Summer Festival. A son actif aussi, des conflits de personnes. On le dit affairiste, "tueur" quand il faut. Mais aussi bon stratège, pragmatique, gros bosseur. Homme prudent - sauf quand il déclara qu’à Bruxelles, "on n’est pas dans le Hainaut, ayons de l’ambition !" - il aura bien besoin de ces qualités pour redorer le blason bruxellois du PS.