Politique belge

Un débat sur l'évolution des Editions de l'Avenir aura lieu dans quinze jours au Parlement wallon. Si le PS, le MR et le CDH sont officiellement sur la même longueur d'onde, en coulisse, les visions sont différentes. Analyse.


Ce mercredi après-midi, le parlement wallon réuni en séance plénière, ne se saisira pas de la question du futur des Editions de l’Avenir (EdA). Certains poussaient pour un débat général, mais d’autres préféraient avoir recours à des questions d’actualité. Le temps que les députés wallons ont mis, mardi, pour se mettre d’accord sur la manière de procéder montre combien le dossier est délicat : chacun marche sur des œufs. Finalement, face au refus du MR d’organiser un débat ce mercredi ou même de répondre aux questions d’actualité - jugeant qu’un débat sur ce sujet est prématuré face au manque évident d’informations -, les quatre partis ont trouvé une autre formule. Un débat devrait être organisé dans quinze jours en commission de l’économie. Le temps pour chacun d’y voir plus clair.

Les députés wallons inviteraient alors, pour éclairer leur lanterne, François le Hodey (CEO d’IPM), Bernard Marchand (CEO de Rossel), Jos Donvil (CEO d’EdA), un représentant de l’Association des journalistes professionnels (AJP) et un représentant de la rédaction de "L’Avenir". A l’heure de boucler cette édition, cette formule qui tenait la corde devait encore recevoir une validation officielle du président du parlement wallon, André Antoine (CDH).

© IPM Graphics

Dans ce dossier, le monde politique wallon joue sur deux tableaux. Il y a ceux qui travaillent la communication extérieure et rappellent les grands principes. Et puis il y a ceux qui opèrent en coulisse.

Côté lumière, MR, PS, CDH et Ecolo sont sur la même longueur d’onde. La liberté et le pluralisme de la presse doivent être respectés. En novembre 2017, les quatre partis avaient même signé un communiqué de presse commun pour préciser leur position.

Les jeux d’influence entre les partis

Mais il y a les jeux d’influence en coulisse. On retrouve dans la danse le MR, le PS et le CDH. Avec, une rupture presque historique entre Liégeois. D’un côté, la fédération liégeoise du MR, présidée par le ministre du gouvernement fédéral, Daniel Bacquelaine, est plutôt favorable au scénario qui verrait EdA rejoindre le groupe IPM (La Libre-La DH). De l’autre, le ministre communautaire, Jean-Claude Marcourt, grand patron du PS à Liège, qui prône le regroupement des moyens industriels, logistiques et informatiques entre les titres de presse. C’était une des recommandations du rapport McKinsey, qu’il avait commandé il y a déjà quelques années de cela.

Certains, dans les milieux médiatiques et politiques, font valoir que la solution prônée par le MR permettrait, en Fédération Wallonie-Bruxelles, la constitution de deux groupes de presse de taille presque égale (infographie). Et avancent que la vision de Jean-Claude Marcourt avantagerait par contre fortement le groupe Rossel. Lequel, en recueillant les Editions de l’Avenir dans son giron, formerait un ensemble très puissant. Précisons que du côté du ministre liégeois, jamais un tel cas de figure n’a été officiellement exposé.

Comment le CDH se positionne-t-il dans ce dossier ? Les centristes se disent ouverts à tout, même si la mutualisation des coûts de production des journaux a leur préférence, à condition qu’elle concerne l’ensemble des titres.

Ces derniers pourraient être imprimés dans un seul et même endroit, en Wallonie. Bpost serait, selon une source humaniste, prêt à installer à côté de cette imprimerie un centre dédié à la distribution des journaux. Un scénario positif en apparence, puisqu’il inclut l’ensemble des acteurs, mais qui condamnerait l’imprimerie d’IPM installée à Anderlecht, en Région bruxelloise.