Politique belge

A l’heure où certaines écoles en Flandre (voir article ci-joint) imposent à leurs élèves de se munir d’un iPad en classe, la Wallonie peine à intégrer les technologies de l’information et de la communication (TIC) dans son système éducatif. C’est le constat tiré par l’Agence wallonne des télécommunications (AWT) dans une étude de 2009. Les résultats interpellent : la Wallonie compte 8,5 ordinateurs pour 100 étudiants, alors que la moyenne européenne se situe à 11,4.

La journée des directions du fondamental sur l’école numérique organisée par De Boeck mardi dernier à Namur fut l’occasion de faire le point. Or depuis 2009, "les chiffres ont peu évolué", explique André Delacharlerie, expert à l’AWT.

En effet, le projet Cyberclasse de la Région wallonne, lancé en 2005, a pour mission d’équiper de 40000 ordinateurs les écoles en Wallonie. Si son objectif est louable, il se révèle souvent en inadéquation à la demande des écoles. La complexité du dossier à introduire pour obtenir du matériel et l’obligation d’héberger un serveur et un système d’alarme -une contrainte pénalisante pour les petites écoles- freinent l’initiative.

Notons toutefois des avancées positives : le projet École numérique démarré cette année intègre davantage les attentes des écoles et "d u côté des cyberclasses, des efforts ont été réalisés pour faire avancer des dossiers autrefois complexes", note André Delacharlerie.

Malgré cela, un problème demeure : le manque de maîtrise des technologies dans le chef des formateurs. Selon André Delacharlerie, la formation des enseignants aux technologies ne s’étale que sur "un jour tous les 8 ans" En 2009, elles ne figurent d’ailleurs dans le projet pédagogique que d’un quart des établissements interrogés. Des chiffres qui n’ont sans doute que légèrement augmenté depuis, explique André Delacharlerie.

En cause, notamment : la trop faible présence de personne ressource TIC dans les écoles et la peur de se frotter à l’inconnu.

Céline Ruelle, directrice de l’école communale de Lantin témoigne : "Dans notre petite école de village encore très traditionnelle, certaines institutrices sont réticentes à utiliser les technologies même si nous avons ac quis le matériel nécessaire . Et celles qui les utilisent se limitent à reproduire les mêmes gestes qu’avant". Un processus que Marcel Lebrun, professeur en technologies de l’éducation à l’UCL, nomme "la fossilisation des pratiques". Sans formation spécifique, les nouvelles technologies sont utilisées de la même façon que dans le passé, "comme si on battait le tapis avec un super aspirateur ultra sophistiqué", dit-il.

D’où la nécessité de former les enseignants au numérique dès l’école normale. Or, pour Françoise Goethals, directrice éditoriale chez De Boeck éducation, les initiatives de la Région wallonne sont trop timides. Elles manquent d’accompagnement et de contenu. "On a beau avoir les bons outils à disposition, si on n’a pas le mode d’emploi cela ne sert à rien, dit-elle. Le numérique change la façon d’enseigner. Il faut accompagner ce changement de façon constructive".

Marcel Lebrun, quant à lui, demande une révision complète et en profondeur de la formation des enseignants à travers des projets politiques sur le long terme. "En général, l’enseignement reste ex cathedra aussi et surtout dans la formation des enseignants. Comment voulez-vous que les formateurs soient capables de mettre en place des méthodes actives soutenues par les technologies si tout ce qu’on leur présente est de l’enseignement transmissible ?", se demande-t-il.

Selon Marie-Christine Hanchart, directrice d’école à Auvelais, les mentalités aussi doivent changer : "Les enseignants se détachent difficilement de l’enseignement transmissible. Car être détenteur de savoirs donne du pouvoir. Or, les élèves en savent souvent plus que les formateurs sur le numérique. Ce qui n’est pas facile à accepter".

Le temps presse, toutefois. Car déjà en 2009, l’étude de l’AWT tirait la sonnette d’alarme : "La trop faible intégration des TIC dans le parcours éducatif des jeunes fait courir un double risque à l’école", prévenait-elle. D’une part, car les compétences numériques des diplômés ne correspondent plus aux attentes des employeurs. D’autre part, car le dialogue avec les jeunes devient de plus en plus difficile au fur et à mesure que l’école perd le contact avec l’évolution des TIC. Des constats encore d’actualité, selon André Delacharlerie.J.L. (st.)