Politique belge

Jean-Pascal Labille, le ministre fédéral des Entreprises publiques, ne va pas déposer sa candidature pour figurer sur les listes PS liégeoises pour les élections de 2014. Beaucoup d’observateurs ont vu en lui une figure émergente dans le milieu politique liégeois et s’attendaient à le voir briguer une place aux élections fédérales ou aux régionales de 2014.

Au sein de la fédération liégeoise, la montée en puissance un peu inattendue de Labille, ces derniers mois et des revendications électorales de sa part, auraient pu jouer les trouble-fête et provoquer de fortes turbulences au PS. Le socialisme principautaire compte, il est vrai, quelques poids lourds comme Jean-Claude Marcourt, Willy Demeyer, Alain Mathot, Frédéric Daerden, Stéphane Moreau… La paix socialiste à Liège est possible si chacune de ces personnalités dispose de son pré carré.

Mais donc la date limite (vendredi) pour présenter sa candidature pour la composition des listes est passée… Et rien n’est venu de la part de Jean-Pascal Labille. Étonnant. Les socialistes de la principauté peuvent-ils se passer de la candidature d’un des leurs qui occupe une place bien visible au sein du gouvernement Di Rupo ? Non, bien sûr… Si Jean-Pascal Labille ne demande pas à occuper une place de choix sur la liste, c’est pour au moins deux raisons.

D’abord, lorsqu’il avait quitté son poste de secrétaire général des Mutualités socialistes pour remplacer Paul Magnette au gouvernement fédéral, il avait clairement dit que ce n’était que pour un contrat à durée déterminée et qu’une fois ce service rendu au Parti, il retrouverait son poste de technicien. En ne déposant pas de candidature, il veut rester cohérent avec ses premières déclarations.


Ne pas prendre Demeyer de front

Mais il y a une seconde raison à cette grande modestie politique… Jean-Pascal Labille, nous confirme un fin connaisseur de la mécanique socialiste principautaire, se verrait bien au contraire rempiler au fédéral, comme ministre donc. Mais problème : à Liège, l’homme fort sur le plan politique, c’est Willy Demeyer (bourgmestre de Liège et président de la fédération liégeoise du PS). Sous des airs débonnaires se cache un homme de pouvoir qui tire habilement les ficelles sans créer de vagues, un tueur silencieux qui étouffe la contestation avant qu’elle n’éclate au grand jour…

Jean-Pascal Labille sent bien qu’il ne peut pas prendre de front Willy Demeyer. En tout cas, pas pour le moment. Il n’a pas encore assez de puissance politique pour cela. Et, plutôt que d’affronter le bourgmestre de la Cité ardente en convoitant la tête de liste à la Chambre, il évite un combat perdu d’avance en faisant d’emblée un pas de côté.

Toutefois, il est probable que le PS ne voudra pas se passer de Jean-Pascal Labille aux élections et ira le rechercher en lui proposant une place, tout de même, sur les listes. Pour le fédéral ou à l’Europe. Jean-Pascal Labille le sait bien, il laisse venir… Son credo est donc le suivant : jouer la modestie, se mettre aux ordres du parti, faire le plus de voix possible même depuis une position ingrate sur la liste, et ensuite récolter les fruits de sa bonne volonté. Sans s’être fâché à vie avec Demeyer… Ni avec son clan composé d’alliés réunis lorsqu’il fallait contrer les ambitions dévorantes de Michel Daerden : Alain Mathot (bourgmestre de Seraing), Stéphane Moreau (bourgmestre d’Ans et patron de Tecteo), Jean-Claude Marcourt (ministre wallon de l’Economie) mais qui, lui, est en même temps un proche de Labille.

C’est plus prudent. Willy Demeyer, dit-on à bonne source, aurait, en effet, été particulièrement vexé de la désignation de Jean-Pascal Labille par Elio Di Rupo au gouvernement fédéral sans même un coup de GSM préalable pour l’en avertir…


Gérer les boudins-compote…

Une éminence socialiste liégeoise affine l’analyse : Jean-Pascal Labille est trop inexpérimenté sur le plan électoral pour être tête de liste d’emblée… En effet, ce rôle sous la lumière des projecteurs peut aussi être ingrat : il faut gérer les ego des candidats, les panneaux électoraux où tous les candidats veulent voir leur tête, les inévitables soupers boudins-compote… C’est un art en soi, bien éloigné des salons feutrés des cabinets ministériels fédéraux… La place de tête de liste au fédéral devrait ainsi plutôt revenir à une machine politique bien rodée.

Or, des "machines", il y en a quatre à Liège : Jean-Claude Marcourt mais il vise la Région, Frédéric Daerden mais il irait plutôt sur la liste européenne, Alain Mathot qui est intéressé par le fédéral mais risque de payer son actuelle inculpation judiciaire, et Willy Demeyer, qui a donc un boulevard devant lui pour être tête de liste PS au fédéral.

Encore une nuance de taille : si Labille a finalement été séduit par le pouvoir ministériel, il sait aussi que c’est un job à haut risque. La N-VA, par exemple, veut jeter le PS hors de la future majorité fédérale. Va-t-il risquer de perdre définitivement la direction de la puissante mutualité socialiste pour embrasser une carrière purement politique ? C’est un choix dont on ne revient jamais une fois le pas franchi… Cet esprit fin le sait bien.


Willy Demeyer, Bourgmestre de Liège, président de la fédération

Ne jamais se fier à son air de gentil nounours : Willy Demeyer est, au contraire, un grizzly politique dont il vaut mieux ne pas réveiller la mauvaise humeur. Il peut donner un lourd coup de patte à son adversaire en toute discrétion et en gardant le sourire. Il est pressenti pour emmener la liste PS liégeoise aux élections fédérales.


Jean-CLaude Marcourt, ministre wallon de l’Economie

Jean-Claude Marcourt ne vise pas le fédéral mais la Région wallonne. Pas de rivalité de liste avec Willy Demeyer, donc. Son ambition est de rester ministre régional en 2014, voire ministre-Président wallon à la place de Rudy Demotte. Très expérimenté politiquement, il doit encore prouver qu’il peut être une machine à voix.


Stéphane Moreau, bourgmestre d’Ans, patron de Tecteo

Le successeur de Michel Daerden à Ans, bastion PS, ne veut pas être député ou ministre. Sa puissance, il la puise dans le petit empire qu’il s’est bâti à partir de l’intercommunale Tecteo. Mais les réactions politiques en chaîne suite à l’annonce du rachat des Editions de l’Avenir le poussent à faire profil bas pour le moment.


Jean-Pascal Labille, Ministre fédéral des Entreprises publiques

C’est le trublion qui vient perturber la vie de la fédération liégeoise du PS. Présenté comme un technicien sans ambitions politiques, Jean-Pascal Labille semble avoir pris goût au pouvoir ministériel. Il ne veut pas se mettre à dos Demeyer et a annoncé qu’il ne briguerait pas de place sur la liste fédérale. Mais…


Frédéric Daerden, bourgmestre de Herstal, député européen

"Fredo" est à l’abri des coups au parlement européen et mène sa barque tranquillement à Herstal. Il est différent de Michel Daerden, même si son élocution savoureuse peut créer la confusion. Plus prudent que ne l’était "Papa", il n’ira pas au combat au sein de la fédération PS pour telle ou telle place sur une liste. Mais ce sera plutôt l’Europe.


Alain Mathot, bourgmestre de Seraing, député fédéral

Pour emmener la liste liégeoise à la Chambre, Alain Mathot est le vrai rival de Demeyer. Mais, sous le coup d’une inculpation judiciaire, il pourrait involontairement mettre son parti en danger si l’enquête devait rebondir en pleine campagne électorale. A 41 ans, ce fort caractère sait que le temps joue pour lui et il attend.