"Les politiciens ne savent pas utiliser Facebook"

F.C. Publié le - Mis à jour le

Politique belge

Les réseaux sociaux sur Internet sont, sur le papier, un formidable outil pour les hommes et les femmes politiques. Encore faut-il savoir ou vouloir s’en servir convenablement. Pour le politologue liégeois Michel Hermans (HEC-ULg), spécialisé en communication, Facebook est utilisé par le monde politique comme un outil de propagande unilatérale. " Ce que les réseaux sociaux ont changé dans le monde politique, explique-t-il, c’est la possibilité en permanence de montrer des photos de soi, de publier des articles, des interpellations, de montrer ce qu’ils ont fait, de se montrer sympa ou faire part de leurs coups de gueule, sans devoir passer par les médias traditionnels."

La contrainte, c’est qu’il faut un nombre très important d’ami s. Certains se débrouillent d’ailleurs très bien sur la Toile. "Mais ça ne suffit pas car le monde politique n’est pas assez interactif sur Facebook : c’est en effet très rare que les politiciens réagissent aux remarques, aux questions, que les citoyens leur adressent via les réseaux sociaux par crainte de s’engager."

Dommage car, par définition, les réseaux sociaux permettent de nouer des liens plus forts avec les gens. "Par exemple, en souhaitant bon anniversaire à quelqu’un, on montre facilement de la proximité. C’est d’autant plus facile que c’est Facebook qui vous informe de l’anniversaire de vos amis. Bref, les politiciens passent à côté de quelque chose par manque d’interactivité. Bien sûr, il y a des personnalités différentes : certains vont écrire des choses très personnelles, relatives à leur famille (exemple : Jean-Michel Javaux, NdlR) . D’autres, comme Didier Reynders, vont parler de la météo. Mais, dans tous les cas, ils essaient de se montrer abordables. Quand Didier Reynders parle météo, c’est une manière de dire : je suis comme tout le monde, j’aime le beau temps."

Et la fameuse langue de bois politique ? Est-elle aussi pratiquée sur les réseaux sociaux ? " Il y a en effet une langue de bois mais elle est spécifique : elle se traduit concrètement par une absence de réponse aux interpellations des citoyens, confirme le politologue. Elle est justement liée à ce manque d’interactivité sur des médias qui le sont par essence. Ils postent des photos de leur dernier barbec ou de leur dernier souper-boudin, ils remercient les gens qui sont venus, mais c’est tout."

Sur Twitter, c’est différent : le public potentiellement touché est nettement plus restreint que sur Facebook. Du coup, certains se lâchent "Le champion politique de Twitter en Belgique, c’est Van Quickenborne. C’est lui qui avait annoncé sur Twitter la fin du précédent gouvernement Il publiait même des photos prises en séance du conseil des ministres, et il s’est d’ailleurs fait rappeler à l’ordre."

Sur Twitter, au contraire de Facebook, les échanges sont de mise. Et ils suscitent fréquemment la polémique. " Twitter est utilisé par les politiciens comme des mini-blogs. Mais, avec des statuts de 140 caractères au maximum, ça peut être réducteur et certains ont peur de la petite phrase qui sera surinterprétée et qui fera négativement le tour des médias classiques. Ça peut aller très vite Les échanges que l’on y voit portent sur des débats très précis. Facebook sert davantage d’outil de propagande linéaire pour le monde politique."

Finalement, note encore Michel Hermans, on peut se demander si la vraie révolution pour le monde politique, ce n’est pas plutôt l’arrivée des smartphones : "Ils permettent en effet aux politiciens de réagir à tout, tout le temps, où qu’ils soient, et de faire parler d’eux. Que ce soit en bien ou en mal, d’ailleurs..."

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