Politique belge

Dès sa nomination, la Secrétaire d’Etat à l’Asile, l’Immigration et l’Intégration sociale a fait sensation. Après avoir essuyée critiques et attaques personnelles, la libérale flamande s’est envolée dans les sondages. Reconnaissant dès le départ ne pas connaître les dossiers confiés, elle demande à présent à être jugée sur ses résultats. Avare en interview, Maggie De Block est l’Invitée du samedi de LaLibre.be

Contrairement aux hivers précédents, il n’y a pas eu de crise dans l’accueil des sans-abri cette année. Qu’est-ce qui a changé ?

Pour la première fois, nous avons préparé le Plan hiver des mois à l’avance, soit l’été dernier. On a été bien inspiré car la saison n’a jamais été aussi froide aussi longtemps. Concrètement, nous avons réuni tous les acteurs de ce projet autour de la table. Pour Bruxelles, le SamuSocial et mon cabinet ont mis en place une deuxième ligne de front afin de proposer davantage de lits. C’est donc le résultat d’une coordination intense. La compétence de l’accueil des SDF est locale, mais pour Bruxelles, malgré les nombreuses initiatives, nous avons constaté qu’ils avaient besoin d’une aide fédérale supplémentaire.

Mais une fois l’hiver passé, des centaines de sans-abri se retrouvent à la rue par manque de logements structurels.

C’est un problème réel, mais on ne va pas passer d’un Plan hiver à un Plan été. Cette offre structurelle est une compétence locale. Le Samusocial a indiqué que l’offre n’avait pas changé ces 10 dernières années à Bruxelles. Il faudrait peut-être revoir cela au niveau local.

En 2012, on a enregistré 21.461 demandes d’asile, soit une baisse de 15.8% sur un an. C’est quoi la recette de Maggie De Block ?

En politique, il n’y a pas de recette magique. La politique d’asile et d’immigration correcte et humaine que je mène a pour axes essentiels : accélérer et améliorer les procédures, diminuer le flux entrant, promouvoir le retour et lutter contre les abus. Parmi les personnes venant en Belgique, nombreuses sont celles qui viennent pour des raisons exclusivement économiques. Nous avons donc mené des campagnes de prévention. Les lois récemment votées ont également produit leurs effets.

Le ‘filtre médical’ comme premier filtre est fort critiqué par les ONG, qui dénoncent – par exemple - le fait que le SIDA ne soit pas pris en compte. Une politique dure, non ?

On a constaté de très nombreux abus car la loi évoquait initialement « quelques cas par an » de séjour pour raison médicale. Sachez qu’avec le temps, c’est devenu un canal d’immigration en soi avec 10.000 demandes en 2011. L’abus était évident. Le fait de placer le ‘filtre médical’ avant le ‘filtre administratif’ a permis de fortement réduire le nombre de demandes si la maladie à traiter pouvait l’être dans le pays d’origine. Le nouveau filtre médical permet de donner de l’aide à ceux qui en ont vraiment besoin.

Ces ONG ont parfois une autre idéologie, ce que je comprends et respecte. Mais voilà, je ne la partage pas. D’abord, il y a toujours une possibilité de recours. Cela peut paraître dur, mais nous ne pouvons recevoir le monde entier. Notre système social exploserait de toutes parts.

La durée de traitement des demandes a aussi été drastiquement réduite. Comment ?

Nous avons mis en place une liste de pays d’origine sûrs. Cette procédure prévoit une réduction des délais de traitement à 15 jours. Un pays est considéré comme sûr s’il peut être démontré que, d'une manière générale et de manière durable, il n'y est pas recouru à la persécution au sens de la Convention de Genève et un risque réel de subir une atteinte grave lors du retour dans le pays d’origine. Cette liste a été établie sur la base d’avis remis par le CGRA.

Et ces décisions, vous les avez communiquées dans ces pays d’origine ?

Évidemment, car il fallait adapter l’image d’une Belgique ‘Eldorado’ qui attirait tous ceux qui voulaient construire une nouvelle vie. Toutes ces mesures ont bouleversé la perception de pays d’accueil idéal. Nous devons être cohérents en expliquant qu’on ne peut pas tout faire chez nous et tout obtenir.

Les retours volontaires représentent 49.5% des renvois. Quel argument utilisez-vous pour obtenir ce résultat ?

Nous faisons tout pour faciliter les retours de manière humaine et nous favorisons la réintégration dans le pays d’origine. Le retour doit se dérouler de préférence sur base volontaire. Mais vous connaissez peut être ma devise : « volontaire de préférence, forcé si nécessaire ». Le retour forcé est un peu le ‘bâton derrière la porte’. Nous éliminons progressivement tous les abus, trucs et astuces utilisés pour rester coûte que coûte.

Autre abus, selon vous, les avocats pro deo qui défendent les demandeurs et introduisent les recours. Vous voulez les réduire à un seul recours pro deo ?

Non, je ne dis pas ça. Je suis favorable au pro deo, mais je constate que les procédures qui donnent le plus de points pro deo sont aussi les procédures les plus utilisées. Si vous introduisez 8 recours qui n’ont presque aucune chance d’aboutir, ce n’est plus un droit, mais un abus. Il faut revoir les conditions de ce droit.

Le ministre de l’Intérieur français Manuel Valls a tenu à vous rencontrer ici. Il voulait votre recette ?

Vu que la Belgique et les Pays-Bas sont les seuls pays européens avec un nombre de demandes d’asile en net recul, j’ai pu lui expliquer le principe de notre liste de pays sûrs et la réduction des délais de traitement. Plus le traitement est long, plus les demandeurs savent qu’ils pourront – pendant ce temps – rester ici. Le délai était devenu un facteur d’attractivité qu’il fallait supprimer.

A Anvers, Bart De Wever voulait lier l’aide médicale urgente à l’acceptation d’un retour volontaire. Un pas de trop pour vous. Pourquoi ?

La loi dit que les CPAS doivent donner l’aide médicale urgente à tout le monde, quel que soit son statut. Sans condition ! Le CPAS doit seulement s’assurer de l’insolvabilité de ces gens. Il faut respecter la loi… Si vous mettez un tel couteau sous la gorge d’un malade, le retour volontaire n’existe plus dans les faits.

Par quels moyens comptez-vous lutter contre les ‘mariages gris’ (lorsque l’un des époux abuse de la loyauté de son partenaire pour obtenir un permis de séjour)?

C’est très compliqué. On connaît de nombreuses victimes qui pensaient vraiment avoir trouvé l’amour de leur vie. On a changé le code civil et pénal. Quand on constate un mariage gris, le juge peut annuler automatiquement le mariage afin d’éviter de longues procédures et ‘refus’ de divorces. On a aussi alourdi les peines. Enfin, la durée d’interdiction de circulation dans la zone Schengen est dorénavant de 5 ans.

Sur le plan politique, comment vivez-vous votre ascension dans les sondages ? Les internautes de LaLibre.be viennent d’ailleurs de vous élire ‘Femme de l’année’, surprise ?

C’est un constat agréable. Je suis satisfaite si mon travail est observé et apprécié par les gens. Pour le reste, j’ai assez de travail pour ne pas commencer à commenter cette popularité. Tant mieux si les résultats concrets sont là… je n’ai pas non plus à commenter la politique générale ou budgétaire auprès des journalistes. Pour cela, on a les ministres compétents et les présidents de partis.

Mais vu que vous êtes devenue une personnalité en vue et écoutée, votre avis et positions politiques nous intéressent aussi…

Moi, je fais mon travail. Mes opinions sur tout, je les garde pour moi et en interne de mon parti.

Permettez-moi d’insister. On nous dit que les Flamands apprécient le programme socio-économique de la N-VA, or ce programme est fort semblable à celui de l’Open VLD. Comment cela se fait-il que vous ne parveniez pas à bénéficier de ce positionnement socio-économique?

Je pense qu’on doit mieux défendre et expliquer notre programme en général et notre empreinte lors des négociations budgétaires. On a trop souvent tendance à regarder et commenter les choix des autres partis. Nous devons défendre nos objectifs et convaincre les autres de nos options. C’est pareil sur le plan communautaire, il ne faut pas polariser les uns contre les autres, mais travailler ensemble, discuter et s’écouter. D’autant que la société ne s’arrête pas pendant ces gamineries.

Que sous-entendez-vous ?

Pendant qu’on discutait pendant 42 ans de BHV ou d’autres dossiers communautaires, on a oublié de voir que plus de 30 nouvelles nationalités sont venues s’installer dans ces communes… devenues multiculturelles. L’enjeu de l’intégration n’est plus une affaire de francophones dans des communes flamandes. Le débat sur BHV était complètement dépassé par les faits.

Vous craignez un nouveau blocage institutionnel en 2014 ?

Ce serait un coup mortel. Il faut absolument tout faire pour éviter cela. La crise politique qui a duré un an et demi a été très néfaste, alors qu’on était en pleine crise économique et que la société était en pleine mutation. Cette impasse politique nous a empêchés de prendre des mesures urgentes et essentielles pour protéger l’emploi et relancer l’économie. On ne peut pas faire cela aux citoyens, car on ne peut pas se le permettre vu les enjeux économiques et budgétaires.

Comment éviter ce blocage ?

On doit commencer par ne pas s’intéresser à la N-VA, ni au sp.a ou aux autres partis… mais défendre nos propres visions et projets. Nous devons convaincre les citoyens de l’intérêt du projet que l’on défend. On verra ensuite quels sont les compromis possibles pour gouverner ensemble.

L’unité de la Belgique est tout de même menacée...

D’abord, je crois qu’il y a des interprétations différentes du concept ‘confédéralisme’. Ensuite, je pense que ce ne serait pas une bonne chose si la Belgique tombait en 3 ou 4 morceaux. On est déjà un tout petit pays. Le pays existera toujours. De manière cohérente, on peut donner plus d’autonomie aux régions, en matière d’emploi par exemple où les spécificités et besoins ne sont pas forcément les mêmes. Mais on doit bien comprendre qu’on ne peut pas d’un coup de ciseaux découper Bruxelles qui interagit beaucoup avec les régions à travers son économie et ses navetteurs.

Quelles autres compétences ministérielles pourraient vous intéresser ?

A la Chambre, j’ai beaucoup planché sur les pensions. Je suis aussi intéressée par les soins de santé, l’emploi, l’égalité des chances, les infrastructures et entreprises publiques. Cela dit, vous savez bien que je ne connaissais rien en asile et immigration lors de mon arrivée… J’ai appris. Les nouvelles matières ne me font pas peur. J’ai eu plein de critiques, mais je constate aujourd’hui qu’on a des résultats…

Pourquoi refusez-vous autant d’interviews ?

Je fais ici une exception pour LaLibre.be. Je préfère travailler que paraître dans la presse. Puis, je déteste les effets d’annonces politiques. Je suis persuadée que les annonces sans résultats ou mesures concrètes, cela a beaucoup éloigné les citoyens de la politique. Mais je suis consciente qu’il faille bien faire quelques interviews pour faire connaître ses résultats.

 

Entretien: Dorian de Meeûs

 

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