Politique belge

Le Parti socialiste lance sa réflexion programmatique ce week-end. Le président socialiste Paul Magnette défend bec et ongles l’action du gouvernement fédéral. La gauche y impose ses vues, estime-t-il. Extraits.

Quelles sont les mesures que le PS souhaite encore prendre ?

La marge en matière de fraude fiscale est estimée au minimum à 5 milliards. Il y a des revendications PS bien connues, comme l’impôt sur les hauts revenus du capital. Le patrimoine des Belges s’élève à 1 900 milliards d’euros. Ce qui fait en moyenne 400 000 euros par ménage. Mais 44 % de ce patrimoine sont détenus par 10 % de la population. Il y a donc une marge.

Concrètement, vous voulez surtout taxer le grand capital...

Notre logique est celle-ci : un travailleur qui déclare 50 000 euros de salaires après une année de travail, paie 19 000 euros d’impôt. Quelqu’un qui fait 50 000 euros de plus-values en une minute, en un clic sur Internet, grâce à un portefeuille d’actions de 1 million d’euros, paie 0 euro d’impôt ! C’est pour cela qu’il faut déplacer la fiscalité du travail sur le capital. Et cela, dans une mesure raisonnable. D’une part, il faut soumettre à l’impôt les plus values spéculatives, comme dans presque tous les pays européens. D’autre part, il faut faire contribuer les très gros patrimoines. Le PS souhaite introduire une cotisation de solidarité sur les très gros patrimoines - hors immeuble d’habitation et patrimoine professionnel -, à partir de 1,25 million d’euros. Nous prévoyons deux taux, avec un taux marginal inférieur à 1 %, afin d’assurer une progressivité dans le barème, c’est-à-dire permettre que "les grands" patrimoines ne paient proportionnellement pas plus que "les très grands" patrimoines.

Pourquoi n’avez-vous pas réussi à imposer cette idée ? Ce sont les libéraux qui bloquent ?

Vous savez, en matière de fiscalité, les libéraux sont conservateurs.

Donc le gouvernement est de droite ?

Non, c’est un gouvernement de centre qui a une composante de gauche. Dois-je vous rappeler le contrôle des prix de l’énergie, la réduction des prix des médicaments, la réduction des factures en chambre double dans les hôpitaux Ce sont des acquis PS . 800 millions d’euros d’augmentation des bas salaires et des petites pensions : nous sommes le seul pays d’Europe à faire cela, et en pleine crise. Si ça, c’est un gouvernement de droite, c’est à ne plus rien comprendre. C’est le gouvernement le plus social d’Europe. La Belgique passe d’ailleurs, en Europe, pour avoir un gouvernement dangereusement à gauche.

Le PS n’a pu empêcher la casse sociale dans l’industrie…

Le pays se porte bien si l’on suit une série d’indicateurs mais, effectivement, on est entré dans une phase de crise industrielle qui touche tout le pays. C’est très préoccupant, on ne va pas s’en cacher. Ça n’est plus une crise qui s’attaque à un secteur en particulier : on l’a vu avec la sidérurgie, l’automobile, le verre.

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