Politique belge

Usant de formulations acérées qui lui sont propres, le président du FDF s'explique sur sa volonté de sortir de Flandre certaines communes à majorité francophone. Il s'épanche aussi sur le souhait de la N-VA de s'implanter à Bruxelles. Au passage, il tance Kris Peeters ou Guy Vanhengel, avant de cibler le MR. Olivier Maingain est l'Invité du samedi de LaLibre.be.


Geert Bourgeois a été condamné à payer 40.000 euros de dommages et intérêts à la bourgmestre de Crainhem. Cela va-t-il changer la situation des bourgmestres non nommés ? 

C'est une décision importante parce qu'elle confirme que la loi est avec les bourgmestres non nommés de la périphérie. Et que le gouvernement flamand fait preuve d'un arbitraire total dans ce dossier. Je vois bien que M. Bourgeois s'entête, tout comme le gouvernement flamand. C'est grave, car le respect du suffrage universel est en cause. Cela confirme également que, tant que ces communes sont livrées à l'arbitraire du gouvernement flamand, le bras de fer risque de se poursuivre... 

Le ministre Bourgeois a déjà annoncé que cette décision n’aura aucune conséquence sur sa position ! 

Justement, il ne se soucie pas des condamnations de justice ! Ceci confirme ce que nous voulons : l'élargissement de Bruxelles. Car on ne fera respecter la loi que le jour où ces communes ne seront plus en Région flamande. Il faut avoir le courage de le faire. Parce que le gouvernement flamand est incapable - et ce de manière profondément malhonnête - de respecter la loi dans ces communes.

Puisque Geert Bourgeois va aller en appel, les procédures peuvent durer... Pour combien de temps encore ? 

C'est scandaleux ! Les membres du gouvernement flamand savent que les délais de procédure sont très longs. Ils jouent donc sur la lassitude et attendent la dernière minute pour s'exécuter. Vous remarquerez, par ailleurs, que toutes les décisions de justice qui ont été favorables à la protection des droits des francophones en périphérie sont dues à l'action des FDF. 

Vous laissez entendre que le seul FDF défend les francophones de la périphérie ? 

Sur le plan des procédures judiciaires, si nous n'étions pas là, si nous ne mettions pas les moyens juridiques et financiers, aucun autre parti ne les défendrait. Soit dit en passant, cela devient de plus en plus difficile pour nous car nous ne bénéficions plus de financement public... 

La semaine dernière, Kris Peeters a plaidé pour une 7e réforme de l'Etat. Annonce électoraliste ou réelle volonté de sa part ? 

Il s'agit de l'homme fort du CD&V, celui qui dicte les choix stratégiques et institutionnels du parti. Quand on connait sa connivence avec le projet confédéraliste, ça ne me surprend pas. Qu'est-ce que le confédéralisme ? C'est cet état d'esprit qui veut que la Flandre soit toujours plus autonome et qu'elle n'ait plus de comptes à rendre. Cette conception qui permet à la Flandre d'avoir les avantages du séparatisme sans devoir en subir les inconvénients. Si on laisse faire, on continuera à sacrifier les intérêts des Wallons et des Bruxellois. Il est temps de mettre fin à cette logique de démantèlement continu de l'Etat. 

Si Kris Peeters estime que cette 6e réforme n'est pas parfaite, n'est-ce pas légitime qu'il souhaite la modifier ? 

Je ne reproche pas aux partis flamands de savoir ce qu'ils veulent pour la Flandre. Je regrette, par contre, que les partis francophones ne savent pas ce qu'ils veulent pour Bruxelles et la Wallonie. Ma réponse à Kris Peeters est claire : "Plus vous demandez de l'autonomie pour la Flandre, moins la Flandre et la communauté flamande auront à dire à Bruxelles. C'est un choix mais alors vous sortez de Bruxelles en termes de compétences et de présences politiques à exercer". On aurait dû leur faire payer ça dès maintenant ! Mais quand on ne veut jamais faire comprendre aux Flamands qu'ils vont y perdre dans leurs revendications, pourquoi voudriez-vous qu'ils arrêtent ? 

La N-VA l'a annoncé : elle veut participer à la gestion de Bruxelles après 2014. Cela vous étonne ?

Non, la N-VA cherche à utiliser Bruxelles comme levier pour son projet de mainmise de la Flandre sur Bruxelles. C'est ça l'autre aspect du confédéralisme : Bruxelles sous tutelle de la Flandre, Bruxelles mis dans une situation de dépendance vis-à-vis de la Flandre. Et je suis surpris -mais pas étonné- que certains, du côté francophone, considèrent que l’alliance avec la Flandre pourrait être privilégiée par rapport à l'alliance avec la Wallonie. Nous ne pouvons pas avoir de partenariat privilégié avec la Flandre car elle ne respecte ni Bruxelles comme Région à part entière, ni les 150 000 francophones de la périphérie. 

D'après Guy Vanhengel (Open VLD), si la N-VA veut gérer Bruxelles, c'est pour "faire sauter les institutions belges et bruxelloises"... 

Je le rejoins dans ces propos dès lors que son parti ne fera pas le jeu de la N-VA, ni en Flandre ni à Bruxelles. J'espère que la déclaration de M. Vanhengel n'est pas le propos du représentant de commerce du VLD qui tente d'apaiser la vigilance des francophones, et des Bruxellois en particulier. Mais qui, néanmoins, n'empêchera pas son parti de faire le jeu de la N-VA, comme il l'a fait par le passé.

Et que se passera-t-il si la N-VA est incontournable à Bruxelles ? 

Là, je veux être très clair ! A ce moment-là, il faudra faire comprendre que nous ne travaillons plus sur les mêmes bases institutionnelles que celles qui ont prévalu jusqu'à maintenant. Même si c'est difficile sur le plan juridique et institutionnel, on pourra se passer de l'accord des partis flamands qui joueraient le jeu de la N-VA. Et on pourrait faire en sorte qu'une partie des décisions soient prises par la seule volonté démocratique des partis francophones à Bruxelles, qui forment l'immense majorité de la volonté des électeurs. 

Vous diriez carrément "buiten" aux Flamands à Bruxelles ?

Je ne dirais pas "buiten" car je ne souhaite pas appliquer des méthodes comme eux ont pu le faire. Je dirais simplement "Nous n'acceptons pas votre chantage institutionnel, vous n'empêcherez pas le fonctionnement des institutions bruxelloises". J'en profite pour affirmer que, au FDF, nous sommes de fervents partisans de la fin des groupes linguistiques au sein du Parlement régional. Le vice de construction de la Région, c'est la double majorité dans certaines hypothèses, comme pour les matières régionales qui n'ont aucun caractère communautaire ! Exemple : la gestion des transports en commun à Bruxelles. 

Jusqu'où pousseriez-vous la logique ?

Je n'exclurais pas pour autant les Flamands de la gestion de Bruxelles. Nous avons toujours dit, au FDF, qu'il fallait un ministre flamand au sein du gouvernement bruxellois. Mais qu'on nous laisse au moins le choisir au terme d'un accord politique. On doit pouvoir faire en sorte que le partenaire ne menace pas les choix essentiels de la politique que l'on veut mener. 

Vous ressentez une vraie influence des ministres et secrétaires d'Etat flamands dans la gestion de Bruxelles ? 

Oui ! Mme Grouwels a, dans certains domaines, une politique qui s'inspire plus des choix de la politique flamande ! Regardez son positionnement par rapport à l'élargissement du ring ou à la mobilité, où elle favorise De Lijn au détriment de la STIB. Je prône donc des listes plurilingues, avec des gens de différentes origines. Et les ministres y seront désignés sur un choix de ville, et pas uniquement sur le fait que quand on est flamand, on est d'office ministre, même avec un peu plus de 400 voix de préférence... 

Finalement, la N-VA n'est-elle pas le meilleur ennemi du FDF ? 

Mais... C'est le plus grand danger pour Bruxelles et pour la Belgique ! 

Mais elle fait aussi votre succès ! 

Je ne cherche pas à faire mon succès là-dessus. L'histoire de mon parti s'identifie à bien d'autres combats. Attendez, je ne peux quand même pas cacher aux Bruxellois la menace que ce parti, avec d'autres alliés nationalistes, fait peser sur Bruxelles. C'est le plus grand échec de la 6e réforme de l'Etat ! Les francophones ont dû faire des concessions pour, nous a-t-on dit, "stabiliser le pays et voir la cote de popularité de la N-VA chuter". Il n'en est rien... Pourquoi ? Parce qu'à chaque fois, les nationalistes flamands viennent avec une nouvelle demande. Il faut arrêter cette logique infernale. 

Projetons-nous maintenant dans l'après scrutin. Pensez-vous avoir une chance de monter dans une majorité au fédéral ? 

La vie politique est faite de nombreuses surprises dans ce pays. Il est vrai que notre espoir est davantage à Bruxelles qu'au fédéral. Mais quand il faut parfois trouver des équilibres subtils, certains partis paraissent plus indispensables que jamais...  

D'après notre baromètre "LaLibre/RTBF/Dedicated", à Bruxelles, le FDF récolte 11% d'intentions de vote. Mais, en Wallonie, votre parti n'est crédité que de 3% ! 

Je l'a toujours pensé : il faudra cinq à dix ans pour avoir une bonne implantation en Wallonie. Vous ne pouvez pas demander à un parti installé depuis deux ans de réussir une percée... Pour moi, la Fédération Wallonie-Bruxelles doit se construire à partir d'un projet socio-économique commun. L'ultra régionalisme est le meilleur allié des séparatistes flamands. D'ailleurs, quand j'ai vu José Happart aller à la Tour de l'Yser, ce lieu de rassemblement des nationalistes flamands les plus intolérants, j'en ai eu un haut-le-cœur profond. José Happart préfère être l'allié de ces gens-là que d'être le véritable défenseur des Fourons... 

Voilà maintenant deux ans que vous avez mis fin à la fédération avec le MR. Vous le regrettez ?

Non, car nous avons été de parole et de conviction. Le MR a sacrifié les engagements fondamentaux qu'il avait pris auprès des électeurs. Ce n'est pas notre cas. Après ça, l'évolution idéologique du MR a démontré que le libéralisme social n'existait plus dans ce parti. Seul Richard Miller, de temps en temps, pousse un petit cri. Ce qui m'a dégoûté profondément, c'est quand j'ai vu Charles Michel recevoir Bart De Wever au siège du MR (NdlR: en mai 2011, pour discuter de dossiers sur l’asile et l’immigration). Je me suis alors dit que ce parti ne représentait plus l'idéal du libéralisme tel que l'avait conçu Jean Gol. 

Il se murmure pourtant, de sources bien informées, que vous préparez actuellement un rapprochement avec le MR pour l'après élections...

Qui vous raconte des bêtises pareilles ? (rires) Il n'y aura pas de retour à un cartel, je peux vous l'assurer. Par contre, le jeu des alliances dans les majorités, c'est un autre débat... Mais nous ne ferons plus jamais de liste commune avec ce parti. Plus jamais ! Nous n'avons pas repris notre autonomie pour faire quoi que ce soit avec le MR. Ni avec quelque parti que ce soit d'ailleurs...