Politique belge

Le bourgmestre de Seraing Alain Mathot a choisi la voie de Facebook pour annoncer faire un pas de côté dans sa carrière politique, ce samedi après-midi.


"C’est donc avec regret, mais confiant en l’avenir, que je vous annonce ici que je ne me présenterai ni aux élections communales prochaines, ni aux élections fédérales à venir", écrit-il dans une longue publication.

Cette annonce fait suite à celle du tribunal correctionnel de Liège qui a rendu son jugement dans le dossier de corruption lors de la construction de l’incinérateur Uvelia par la société Inova France pour l’intercommunale Intradel. Le tribunal confirme qu'Alain Mathot a reçu 700.000 euros de pots de vin, soulignant qu'il n'y avait "pas de doute" là-dessus.

Voici son annonce diffusée sur Facebook :

L'intégralité du texte :

"Chers amis,

Cela fait plus de 10 ans, presque le quart de ma vie, que mon nom est régulièrement associé au dossier dit « Intradel » ou « Inova ». Cela fait le même nombre de longues années que je suis sali, traîné dans la boue, caricaturé, dans le cadre d’un dossier qui m’est totalement étranger.

La Chambre des représentants a estimé en 2016, après l’examen scrupuleux du dossier par la commission parlementaire des poursuites, qu’il ne fallait pas lever mon immunité notamment en raison de la manière dont le dossier à ma charge avait été monté. Le parlement, dans sa grande diversité politique, n’agit pas de la sorte pour aider qui que ce soit à « échapper à la justice ». Il fait respecter un principe écrit dans la constitution. Les députés qui ont refusé de lever mon immunité ne l’ont pas fait pour me protéger, mais bien pour protéger l’institution à laquelle ils appartiennent.

Force est cependant de constater que cette non-levée d’immunité, qui je le rappelle ne me prive pas à terme d’un procès, a suscité énormément de rancœur, voire de haine à mon encontre. J’ai tenté, au fil des semaines et des mois, de poursuivre mon travail, de continuer à vivre avec ce fardeau.

Mais ici, avec la décision de justice rendue vendredi, on a atteint un seuil presque caricatural : le tribunal correctionnel de Liège vient de littéralement me massacrer, me jugeant « par défaut », sans que je sois pour autant cité comme prévenu, allant jusqu’à affirmer que j’ai touché pour ne rien faire, puisque « sans qu’il y ait la moindre trace d’intervention politique dans ce dossier », et ce quand je n’étais rien en politique, un montant plus de trois fois supérieur à ce que même le ministère public retenait à mon encontre. Le scénario décrit par le jugement rendu hier est le suivant : je n’avais aucune influence politique, je n’ai rien fait pour influencer l’attribution du marché d’incinérateur Intradel, mais après l’attribution du marché, un des responsables d’Inova, visiblement fort généreux voire complètement « idiot », se serait dit qu’il fallait me gratifier d’un montant financier.

Je tiens à répéter avec force que je n’ai jamais touché le moindre euro dans ce dossier, ni commis le moindre acte illégal. Je tiens également à souligner que le jugement n’est pas définitif, il est susceptible d’être totalement revu par la Cour puisque certaines parties ont communiqué leur volonté d’interjeter appel.

Mais le scénario avancé hier en première instance, et les titres que je lis aujourd’hui annonçant que « Alain Mathot a touché 700.000 euros » rendent véritablement, humainement, le fardeau trop lourd à porter. Je ne peux pas imposer non plus aux Sérésiens et à mon parti, celui auquel j’appartiens depuis le premier jour de ma vie, de supporter les conséquences néfastes que cela peut entraîner à l’occasion des deux campagnes électorales qui s’annoncent pour cette année et la suivante.

Si ce n’est ce poids, qui par ailleurs ronge également ma famille, ce qui m’est insupportable, j’aurais aimé poursuivre la politique, continuer à me battre pour voir Seraing changer, ma ville que j’adore, ma ville dans laquelle je prends plaisir à me balader pour y suivre les évolutions. J’aurais aimé poursuivre le travail accompli pour rendre les quartiers plus agréables, pour améliorer l’habitat, pour concrétiser le « Master Parc » et les nouvelles plaines de jeux, pour organiser d’autres grands événements, pour inaugurer avec les Sérésiens les grands projets à venir, ceux dans lesquels je me suis investi avec conviction, Gastronomia, le Cristal Park avec l’Aquapark, le Kidcity, le pôle musical de l’OM, les Ateliers centraux,… J’aurais aussi aimé poursuivre mon travail au parlement, lieu où les lois se préparent et se votent, lieu dans lequel les socialistes doivent peser de tout leur poids pour tenter de rendre les décisions de la droite, majoritaire, moins antisociales qu’elles ne le sont.

C’est donc avec regret, mais confiant en l’avenir, que je vous annonce ici que je ne me présenterai ni aux élections communales prochaines, ni aux élections fédérales à venir.

Je vais donc vivre mes derniers mois de bourgmestre, ma dernière année de député fédéral, préparant ainsi de manière efficace et organisée, avec mes amis politiques, ma succession sur le plan politique.

Je tiens ici à remercier chaleureusement toutes les personnes qui m’ont soutenu, tant sur le plan politique que sur le plan privé, mais aussi parmi la population, que je vais quitter avec tristesse. Nul n’est irremplaçable, et le parti socialiste sérésien compte beaucoup de jeunes de grande qualité et d’anciens à la solide expérience. Ils auront à cœur de poursuivre sur la lancée du Seraing de demain, le Seraing en lequel je crois plus que tout. Le Seraing au sein duquel personne ne sera mis de côté, le Seraing qui rendra ses habitants, comme j’aime à le répéter, « fiers d’être Sérésiens.»"



=> "Un retour aux chiffres de 2010": L’intercommunale Intradel se porte bien


Un jugement confirme un versement de 700.000 euros

Protégé par son immunité, Alain Mathot n’était pas poursuivi. Le tribunal a dit qu’il a reçu 700 000 euros.

Tout était parti d’un corbeau, qui se présentait, en 2007, comme "un homme dont la carrière est finie". Il dénonçait une "tentaculaire affaire de corruption" liée au marché de l’incinérateur d’Intradel et citait le nom d’Alain Mathot, bourgmestre de Seraing et député.

Il faudra attendre décembre 2017 pour l’ouverture du procès. La chambre des représentants était passée par là, refusant la demande de levée d’immunité d’Alain Mathot.

Le jugement est tombé vendredi. Des peines allant jusqu’à trois ans de prison avec sursis ont été prononcées.

Après la dénonciation par lettre anonyme, Philippe Leroy, l’ex-patron d’Inova France, avait admis qu’un système de corruption avait été mis en place lors de l’attribution du marché de l’incinérateur de déchets Uvelia par sa société pour l’intercommunale Intradel.

Un jugement de 250 pages a déterminé les condamnations de douze personnes et de quatre sociétés impliquées à des degrés divers dans des faits de corruption, d’escroquerie, de faux et d’usage de faux ou encore d’infractions aux lois du marché public.

Le tribunal a écarté tous les arguments de procédure soulevés par les avocats des prévenus. Les juges n’ont constaté aucun dépassement du délai raisonnable, aucune violation du secret de l’instruction ou de la présomption d’innocence et ont déclaré les poursuites recevables.

Plusieurs filières de corruption

Dans son analyse des faits, le tribunal a mis en évidence plusieurs filières qui ont existé lors de l’attribution du marché de la construction et qui ont manœuvré pour en retirer d’importants avantages financiers.

Des peines de prison avec sursis

Adelio Tarquini, initialement présenté comme un lobbyiste, a été décrit par le tribunal comme celui qui avait mis une importante escroquerie en place en se présentant comme un maillon indispensable de l’attribution du marché, alors que son intervention a été inexistante. Il avait obtenu plus de trois millions d’euros après avoir convaincu la société Inova France qu’elle devait acquérir une société liégeoise afin de remporter le marché Intradel. Adelio Tarquini a été condamné à une peine de deux ans de prison avec sursis, à une amende de 6 000 euros avec sursis partiel et à une confiscation de 1 961 439 euros.

Dominique Cerutti, un vrai lobbyiste, a été condamné à une peine de six mois de prison avec sursis et à une amende de 3 000 euros avec sursis partiel pour des faits de faux.

Philippe Leroy, l’accusateur d’Alain Mathot et ex-patron d’Inova France, a été condamné pour avoir participé à la corruption d’Alain Mathot à une peine de trois ans de prison avec sursis, à une amende de 12 000 euros avec sursis pour moitié et à une confiscation de 86 200 euros.

Léon-François Deferm, un proche de la famille Mathot, qui avait touché un million d’euros issus de la corruption par la société Inova, a été condamné à une peine de 18 mois de prison avec sursis pour la moitié.

Alain Mathot, dont l’immunité parlementaire n’avait pas été levée par ses pairs, n’était pas poursuivi. Mais le tribunal ne l’a pas oublié. Le jugement précise qu’Alain Mathot a bien touché 700 000 euros de Philippe Leroy, l’ex-directeur d’Inova.