Politique belge

Maxime Prévot, vice-Président CDH du gouvernement wallon, commente la rupture des majorités régionales.

M. Prévot, le PS est-il devenu infréquentable aux yeux du CDH ?

Je ne le dirais pas en ces termes parce que j’ai humainement beaucoup de respect pour mes collègues socialistes, singulièrement pour Paul Magnette (ministre-Président PS). Mais je dois aussi politiquement reconnaître que, aujourd’hui, il n’est plus possible de travailler sereinement avec le partenaire socialiste. Il est empêtré dans un nombre d’affaires important, les scandales se succèdent. Et l’énergie qu’il met à s’extirper de ses problèmes internes n’est pas mobilisée pour les réformes indispensables en Wallonie et à Bruxelles.

Vous dites que les affaires éthiques ont eu un impact sur le bon fonctionnement des gouvernements régionaux ?

On doit bien le constater. Or le projet positif que nous voulons porter nécessite plus que jamais de remettre l’exemplarité et l’efficacité de l’action publique au premier plan. Cela nous amène à nous tourner vers d’autres partenaires potentiels de majorité. C’est le sens de l’appel de Benoît Lutgen à Ecolo, au MR et à Défi pour que nous puissions relancer une politique dynamique, moderne, moins conservatrice, tant en Wallonie qu’à Bruxelles.

Concrètement, vous quittez les gouvernements régionaux ?

Nous, nous souhaitons poursuivre notre travail, l’amplifier, le dynamiser, mais le faire avec d’autres partenaires qui – nous l’espérons – répondront à l’appel. Cela permettra pour la première fois après trente ans de présence ininterrompue du Parti socialiste en Wallonie et à Bruxelles, de donner un nouvel élan et une nouvelle respiration à l’action publique.

Vous avez déjà eu des contacts ?

Personnellement, aucun. C’est le président Benoît Lutgen qui a lancé l’appel, c’est vers lui que les réponses se tourneront.

Le changement de majorité a-t-il aussi pour but de développer une politique davantage marquée à droite ?

L’enjeu a toujours été pour le CDH d’avoir une politique équilibrée entre responsabilité et solidarité. On doit libérer beaucoup plus l’initiative, éviter d’être systématiquement dans l’économie subventionnée. On doit pouvoir donner un nouvel élan aux enjeux environnementaux et climatiques, aux questions de gouvernance, à la rationalisation des outils, à la diminution des mandats…

Ce sont déjà des appels clairs au MR et à Ecolo, ce que vous dites là.

Et à Défi également. Ce qu’il nous faut maintenant, c’est n’est pas de savoir si la politique doit être de gauche ou de droite, elle doit juste être efficace et particulièrement intègre.

Avec le recul, regrettez-vous de ne pas avoir formé des majorités régionales avec le MR dès 2014 ?

Non. On ne vit jamais de regrets et je n’ai pas l’intention de renier ce qui a malgré tout été fait de positif avec mes collègues socialistes ces trois dernières années.

A quand remonte la réflexion au CDH sur le changement de majorité ?

Sur le terrain, ça fait de nombreuses semaines que nous sommes interpellés par des militants ou des sympathisants qui ont été choqués par ces scandales. Ils s’interrogent sur le fait que nous puissions continuer à travailler avec le Parti socialiste. Mais c’est vraiment ce lundi matin que les choses se sont accélérées.

Que va-t-il se passer si le MR, Ecolo et Défi rejettent votre appel ?

On ira dans l’opposition.