Politique belge

Le Premier ministre a prononcé sa dernière déclaration gouvernementale.

Comme un air de fin de spectacle. Sur le coup de 15 h, lundi, le Premier ministre Charles Michel (MR) est descendu de la tribune de la Chambre sous les applaudissements nourris de sa majorité. Il venait de prononcer la toute dernière déclaration gouvernementale (State of the Union) de la législature. Applaudissements nourris, donc, au point que le chef du gouvernement, retourné à sa place au premier rang de l’hémicycle, s’est levé pour saluer les députés, tel l’artiste qui en termine avec son show.

La scène a fait sourire les vice-Premiers De Croo (Open VLD) et Jambon (N-VA). Allez savoir si Charles Michel, lui, n’y a pas vu une demande de rappel, celui de l’actuelle majorité (MR, N-VA, CD&V, Open VLD) pour gouverner cinq ans de plus après les élections législatives de mai 2019.

En attendant, il a tenté de répondre aux critiques récurrentes de l’opposition en lui opposant son bilan.

La pauvreté s’accroît en Belgique ? "Trop de personnes ont du mal à joindre les deux bouts, même en travaillant [mais] le revenu disponible réel augmente" (+ 1,8 % en 2018), a-t-il commencé. Il y voit les effets du tax shift (réforme fiscale). "C’est une hausse nette de revenu jusqu’à 150 euros par mois. C’est un gain de pouvoir d’achat de quinze à vingt fois supérieur à l’impact de la hausse de la TVA sur l’électricité" (portée de 6 à 21 %). Il y voit aussi l’effet de la hausse d’une série d’allocations ou du salaire minimum augmenté "sept fois".

Des tâches sur l’assainissement

Le taux de croissance belge (1,5 % du PIB) est inférieur à la moyenne européenne (2,1 % pour la zone euro) ? C’est vrai, concède M. Michel, mais "le taux de croissance doit être analysé au regard du niveau de richesse par habitant". Et là, notre pays est "la sixième économie de la zone euro".

Le gouvernement n’a pu effacer le déficit budgétaire en 2018, comme il le voulait ? "Nous avons le plus petit déficit de la décennie" (0,6 % du PIB en 2019). "Et la grande différence avec le passé, c’est que nous avons diminué les charges sur le travail de 12,9 milliards d’euros."

Les jobs créés (220 000 en quatre ans) sont des emplois précaires ? "Faux ! La proportion des temps partiels par rapport aux temps pleins est exactement la même qu’en 2014" (23,8 %).

Le deal pour l’emploi - qui prévoit une dégressivité accélérée des allocations de chômage avec un renforcement du montant de départ - est une attaque contre les chômeurs ? "Nous n’allons pas économiser sur leur dos, assure le Premier. Nous faisons du chômage un tremplin vers l’emploi. Stimuler et activer sont les mots clés."

Cinq priorités jusqu’en mai 2019

En vrac, il a aussi pointé la relance des travaux du RER, l’ouverture du marché des télécoms à un quatrième opérateur, répété que "les hausses de prix liées à l’indisponibilité anormale du parc nucléaire devront être facturées à Engie-Electrabel", loué les effets de la lutte contre la fraude, etc. Et, enfin, promis que son gouvernement ne resterait pas inactif jusqu’aux élections de mai 2019.

Il a ainsi fixé cinq priorités pour les prochains mois : la concrétisation du deal pour l’emploi et du pacte d’investissements ; la problématique énergétique ; les grands achats militaires (avions, drones, navires, blindés) ; l’enjeu migratoire pour lequel "nous poursuivons une lutte résolue contre l’immigration illégale" ; et la finalisation de la réforme des pensions.

Applaudissements de la majorité. Railleries de l’opposition. Les débats se tiennent ces mardi et mercredi.

"Engie a manqué de la plus claire clairvoyance"

Le Premier ministre a également déclaré avoir reçu dimanche de la chancelière Angela Merkel, l'assurance de la coopération de l'Allemagne dans le cadre des importations d'électricité. Le chef du gouvernement s'est montré sévère à l'égard d'Electrabel et entend également que l'opérateur électrique supporte les hausses de prix qui seraient liées à l'indisponibilité de centrales nucléaires.

"Les hausses de prix liées à l'indisponibilité anormale du parc nucléaire devront être facturées à Engie-Electrabel", a-t-il souligné."La sécurité d'approvisionnement est un challenge permanent" (sic) . La gestion du parc nucléaire par Engie a manqué de la plus claire clairvoyance. La sortie brusque du nucléaire n'est pas une solution. On prévoira une sortie réaliste, monitorée."

"Nos services de sécurité sont le fer de lance de la démocratie. Je veux leur exprimer ma gratitude et mon respect", a déclaré le Premier ministre, en mentionnant notamment les drames de Liège et de Spa.


Charles Michel a également abordé les sujets de la mobilité, de la digitalisation de l'économie, etc.

"Après des années d’immobilisme, les travaux de finalisation du RER sont relancés. L’aéroport de Charleroi sera mieux connecté au réseau grâce à l’ouverture d’une gare à Fleurus", a-t-il annoncé.

"Allez voter!"

Le chef du gouvernement a également exhorté les citoyens a accomplir leur devoir démocratique, en se rendant aux urnes le 14 octobre prochain. Je veux appeler chacun à participer pleinement aux élections du 14 octobre. Avec conviction. Mon message s'adresse certainement aux jeunes qui iront voter pour la première fois. Informez-vous et faites un choix! En connaissance de cause.

La démocratie ne vit que si l'on y participe", a-t-il dit. Sans la nommer explicitement, le chef du gouvernement a évoqué la montée du populisme en Europe. "Partout en Europe, il y a des gens incertains ou qui ont peur de l'avenir. Chaque jour, il y a un nouveau buzz, une nouvelle polémique. Nous tombons trop souvent dans le piège des fake news, sans toujours vérifier si c'est correct (...) Veut-on un monde dans lequel les démocrates ne géreront plus longtemps la démocratie? Le fact checking est essentiel dans une société fondée sur des valeurs et des libertés", a-t-il expliqué.

"Nous ne craignons pas l'objectivité des faits. Au contraire, nous la souhaitons", a-t-il ajouté. Un fonds destiné à soutenir des projets de "fact checking" (vérification des faits) sera créé sous peu. Le ministre de l'Agenda numérique, Alexander De Croo, a donné quelques détails sur ce fonds. Il sera mis sur pied au début de l'année prochaine, dans le cadre d'une recommandation européenne, et doté d'1,5 million d'euros.

Il s'agira d'aider le citoyen à mieux cerner quelles organisations se cachent derrière certaines publications sur internet, d'élaborer des indicateurs objectifs et fiables de la transparence des sources et des outils qui permettent de contrôler la manipulation d'images vidéo, etc. "Cela a aussi son importance en perspective des élections européennes, fédérales et régionales, car nous savons que des propagandistes étrangers n'attendent qu'à brouiller le débat démocratique dans notre pays", a souligné M. De Croo.