Migration : la N-VA se radicalise

Christian Laporte Publié le - Mis à jour le

Politique belge

Le président de la N-VA Bart De Wever n’est pas encore en vacances. Avant de boucler ses bagages, il a même lancé lundi la campagne des élections communales à Anvers, "sa" ville dont il rêve de ceindre l’écharpe mayorale. Et il l’a fait en usant d’un argumentaire et d’une posture dans laquelle il excelle : celle de la victime.

Le président du parti nationaliste flamand et ses lieutenants Theo Francken et Liesbeth Homans se sont, en effet, efforcés de montrer à grand renfort de chiffres et de tableaux que la ville portuaire est victime de la politique du gouvernement fédéral en matière d’asile et de migration. Pour ceux qui suivent l’actualité parlementaire, ce n’est plus une surprise, car à chaque initiative gouvernementale, la N-VA sort en contrepoint ses propres chiffres. Ils ont été compilés dans un "Baromètre de la migration". Une migration trop souvent incontrôlée aux yeux de la N-VA. Bart De Wever a admis que l’initiative n’était pas sans lien avec la mercuriale du procureur général d’Anvers, Yves Liégeois, qui avait fait en septembre dernier, lors de la rentrée judiciaire, un apparentement délicat entre une politique migratoire jugée en échec et des menaces qui pèsent sur la démocratie.

D’Anvers au fédéral et vice-versa, c’était aussi l’occasion de détourner l’attention de l’opinion du succès du 21 juillet mais aussi, et c’est plus pernicieux, de la querelle autour de l’accueil de Belangers même pas repentis au sein de la N-VA. Certes, De Wever a mis les points sur les "i" : non, la N-VA n’est pas un parti antiétrangers, ni même un parti antimigration, mais il est temps de nous inspirer du modèle canadien en la matière. Il a donc expliqué que la migration était trop "passive" en Belgique. Entendez : non pas une migration dynamique motivée par les études ou le travail, mais un accueil trop focalisé sur le regroupement familial et la régularisation, dix-sept fois plus importante que la moyenne européenne. Pour la N-VA, "on pourrait accueillir moins de migrants et en tout cas en faire venir d’autres" .

Selon Théo Francken, le député fédéral qui s’est spécialisé dans cette question "la politique de régularisation est trop laxiste et la loi sur l’acquisition de la nationalité, trop souple" . Et d’établir un lien avec les personnes en situation illégale : "Il n’y a eu que 4 500 expulsions l’an dernier alors que 28 000 ordres de quitter le territoire avaient été décernés."

Des illégaux aux criminels, il n’y a qu’un pas : "On a interpellé 4 665 personnes en situation illégale rien que sur les sept premiers mois de 2011 pour des délits, essentiellement des vols (67 %) mais aussi pour la consommation de drogue (8 %)." Comme il l’a déjà fait à la Chambre, M. Francken s’en est pris à la Secrétaire d’Etat à l’Asile et la Migration, Maggie De Block (Open VLD), qui "délivre des papiers à des illégaux sans toujours savoir s’ils n’ont pas déjà été condamnés" .

Et Anvers dans tout ça ? Pour la N-VA, il n’est pas question de stigmatiser la population allochtone, mais "36 % des habitants de la Métropole ne sont pas nés en Belgique et 17,4 % n’ont pas la nationalité belge" . Bart De Wever a cependant tenu à répartir les migrants anversois entre ceux au "profil élevé" (travailleurs des secteurs diamantaire et pétro-chimique) et des migrants plus "passifs" , qu’Anvers attirerait davantage que la moyenne de la Flandre.

S’il ne viendrait pas à l’esprit du président de la N-VA de critiquer la première catégorie, il a quand même déduit d’une avalanche de chiffres que "la politique migratoire du fédéral est une catastrophe et Anvers en est la victime" . Près de la moitié des chercheurs d’emploi anversois sont "d’origine allochtone" et leur nombre va croissant, alors qu’il y a de moins en moins de demandeurs d’emploi autochtones, a-t-il déploré. Si la N-VA a établi un baromètre de la migration, c’est aussi pour étudier les conséquences de cette politique sur d’autres domaines comme l’enseignement, le logement et le parcours d’intégration. Sans surprise, la N-VA insiste ici sur la connaissance du néerlandais. Mais néerlandophones ou pas, les criminels en situation irrégulière ne trouvent pas grâce aux yeux de De Wever. Ils devraient selon lui être envoyés dans un centre fermé alors qu’il faudrait expulser plus systématiquement les dealers en situation irrégulière.

Tout va donc si mal à Anvers ? Non, le président de la N-VA a fait l’éloge du parcours d’intégration, qui augmente les chances de décrocher un emploi. La N-VA a aussi conclu qu’"Anvers peut nettement mieux faire, victime d’une certaine impunité et d’un manque de courage, mais c’est impossible sans une prise de conscience responsable du fédéral" . Sous-entendu : ça irait mieux dans une Flandre indépendante

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