Modrikamen : « Je ne fais pas du populisme à la 'ma couille' »

Interview de Dorian de Meeûs Publié le - Mis à jour le

Politique belge

Que devient le Parti Populaire? Où sera-t-il représenté pour les communales? Comment s'est-il radicalisé? Pourquoi Mischaël Modrikamen admire-t-il Marine Le Pen et Bart De Wever? LaLibre.be a rencontré le président de ce parti francophone qui se voit déjà dans un gouvernement... confédéral.

LaLibre.be : En 2010, le Parti Populaire (PP) se positionnait en alternative du MR. Mais d’un parti de droite décomplexé, il est devenu un mouvement populiste proche de l'extrême droite. Que s’est-il passé ?

M. Modrikamen : Un parti d’extrême droite, non ! Un parti de rupture. Oui, nous avons dû affiner notre programme et préciser notre ADN. Normal, nous partions d’une page blanche 6 mois avant les élections. Nous restons dans une logique d’alternative populiste et clairement à droite. Etre populiste, c’est être capable d’exprimer les aspirations des gens. Il faut attirer les électeurs traditionnels et ramener ceux d’extrême droite sur la voie démocratique.

Vous déjeunez parfois avec Marine Le Pen, dont vous soutenez le programme, tout en refusant l’étiquette d’extrême droite, mais votre discours navigue dans les mêmes eaux.

Absolument pas. Il faut dire que Marine Le Pen est très différente de son père. Jean-François Kahn, observateur de gauche, affirme cela aussi. En France, l’UMP aurait dû faire alliance avec le FN pour empêcher la gauche de Hollande d’arriver au pouvoir. Je ne suis pas d’accord avec Marine le Pen sur certains sujets, tels que l’économie. Elle doit certainement poser certains gestes et poursuivre le nettoyage de son parti. Reconnaissons que c’est une bête politique dotée d’une vision.

Modrikamen et Le Pen, même combat ?

Non, ce serait plutôt le Sarko de 2007. D’ailleurs, les gens d’extrême droite sont tous venus sonner à la porte. Mais nous n’en voulons pas.

A Liège, la tête de liste PP était pourtant sur la liste FN en 2009 !

Il venait du MR et n’est resté que quelques semaines au FN et n’a jamais tenu de propos raciste ou condamnable. C’est un honneur pour nous de le faire revenir dans le jeu démocratique. Nous avons scanné le passé de nos candidats, rassurez-vous !

Le PP est tout de même fort discrédité par les départs de votre seul député, et ce qu’il est devenu, et par celui de Rudy Aernoudt.

Le député, il n’est pas parti… on l’a foutu à la porte ! Et à l’unanimité. Discrédité ? Pas du tout, tous les nouveaux partis passent leur première année à foutre à la porte de gens.

Le PP tourne-t-il uniquement autour de vous ? On ne connaît d’ailleurs pas d’autres noms…

Au départ, il faut trouver la cohésion autour des bons éléments pour construire un parti. Les trolls, on les met dehors, on s’en débarrasse. Pour le reste, je suis le fondateur et le président de ce parti. Cela ne signifie pas que tous les militants PP m’aiment, mais ils se retrouvent dans les idées.

Côté programme, vous faites de la sécurité votre atout.

Les citoyens ont droit à la sécurité et à se sentir bien dans la rue ou chez eux. Nous au pouvoir, nous rétablirons la sécurité en prenant les mesures qu’il faudra. Et je le dis, ça va être dur pendant quelques mois. Il y aura des émeutes. On remettra les policiers dans la rue. Ils n’ont pas à faire des tâches administratives. Le 23 septembre, nous faisons une manifestation de soutien à la police. Nous sommes pour la tolérance zéro. Toutes les incivilités et autres doivent être poursuivies et sanctionnées tout de suite ! Les peines seront exécutées. Je ne fais pas du populisme à la « ma couille », mais le cas Michelle Martin est emblématique. Et les délits des étrangers ? Nous les expulsons. Dehors ! Dehors !

Vous liez directement sécurité et immigration.

Selon un sondage Ipsos, 72% des Belges pensent que l’immigration a un impact négatif. Ils sont encore plus nombreux à penser qu’il y a trop d’immigration. De tous les pays sondés à travers le monde, c’est le pourcentage le plus élevé ! Je suis en phase avec le ressenti des Belges.

Votre discours est parfois « islamophobe ». Vous assumez ?

Soyons très clair : « l’Islam politique » est fasciste, meurtrier et menaçant. C’est une menace pour la sécurité du monde. Mais nous n’avons pas le moindre souci avec l’Islam en tant que religion dans la sphère privée et quand on respecte les règles. Je ne parle pas des gens ici, je parle d’idéologie politique.

Le PP sera présent aux communales ?

Nous avons déjà 40 sections locales. Nous serons présents dans 15 communes. Nous avons retenu celles où nous avons des gens valables et capables de peser sur la vie politique locale, ainsi que les villes symboles : Molenbeek (pour y affronter frontalement Moureaux), Bruxelles-Ville, Frameries où nous ferons un score très important, Braine-Le-Comte, Dinant, Eghezée, Liège, Hal,… Ce sera un test.

Et Modrikamen ?

Non, je ne suis pas candidat. Mais j’ai failli aller moi-même à Charleroi. On avait tout un projet de renouveau. J’étais prêt à déménager dans ma région natale pour y affronter le PS et Magnette. Cette ville est emblématique de tous les maux socialistes et de la désindustrialisation, du clientélisme et de la pauvreté.

Et pour les provinciales ?

Non, nous sommes cohérents, nous sommes pour la suppression des provinces et de ses énormes dépenses inutiles. Nous n’allons donc pas y briguer de sièges. Mieux, nous appelons les citoyens à voter nul ou blanc pour les provinciales afin de dire au monde politique que c’est un niveau de pouvoir inutile et coûteux.

Facile comme appel si vous n’y êtes pas…

Non, on n’appelle pas à voter blanc ou nul dans les communes où nous ne sommes pas présents. Là on donnera des indications…

Donc votre objectif ce sont les législatives de 2014 ?

Les socialistes sont les plus conservateurs de tous, donc nous souhaitons intégrer un gouvernement confédéral de réformateurs en 2014.

Confédéral ? Vous parlez comme la N-VA…

Evidemment, c’est l’évolution naturelle de ce pays, cela ne sert à rien de s’y opposer. La « Belgique de papa » a vécu ! Chaque région doit pouvoir lever l’impôt elle-même, cela n’empêchera pas quelques mécanismes de solidarité. Et le pouvoir confédéral aurait quelques compétences résiduelles. Moi, à la place de De Wever, je me déclare « constituant » pour créer un Etat confédéral. Non pas pour faire sauter la Belgique, mais pour imposer la Flandre. Je ne me laisserais pas entraîner par une constitution qui imposerait des majorités spéciales et autres.

Discours inhabituel pour un juriste.

Quand vous créez un nouvel Etat, ce n’est pas prévu par les textes ! Des créations et fins d’Etats, ça existe ! Vous savez, le droit en matière institutionnelle se plie à tout.

Annoncer vouloir gouverner avec De Wever, c’est prendre un risque électoral. Vous en êtes conscient?

On n’a peur de rien ! Certains voient en lui le diable. Pour nous, le PS est la source de nombreux problèmes. Je dis aux citoyens, « n’ayez pas peur » ! Ouvrez les yeux ! Arrêtez de vous bercer d’illusions. En 2014, nous sommes dans un autre monde. Soyons prêts.

Enfin, la crise de la zone euro, vous en pensez quoi ?

Nous dansons sur un volcan. La situation est dramatique. Il est évident que la Grèce, l’Italie et l’Espagne feront défaut. La BCE va provoquer la ruine des Etats les moins atteints en créant de la masse monétaire et créer de l’inflation dramatique. Et pour la Belgique, c’est encore plus grave : 70 milliards d’euros de garantie sur Dexia. Tout cela peut sauter du jour au lendemain. On cache la vérité aux citoyens.

 

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