Politique belge

Le MR réuni en congrès a approuvé jeudi sa participation au gouvernement fédéral, à un gouvernement "de centre-droit responsable", selon les dires du président et futur premier ministre, Charles Michel. Le MR sera le seul parti francophone de la coalition, une situation due à l'attitude des autres formations francophones, a-t-il fait remarquer, visant sans les nommer le PS et le cdH.

"Oui, nous serons la seule formation politique à prendre nos responsabilités, pas parce que nous l'avons voulu mais parce que d'autres ont fait le choix de la désertion et de la terre brûlée", a lancé M. Michel devant 1.500 militants réunis à Bruxelles, au Mont des Arts.



Cette législature sera marquée par l'absence de réforme institutionnelle, a-t-il assuré. Le MR sera toutefois vigilant. "Nous serons à chaque fois présents pour faire respecter les droits de chacune des communautés de ce pays", a averti le président.

Alors que la grogne syndicale se fait déjà entendre, le futur premier ministre a insisté sur le respect de la concertation sociale qui caractérise le modèle belge. L'un des premiers actes du nouveau gouvernement sera d'ailleurs une invitation lancée aux partenaires sociaux à discuter des réformes à entreprendre.

La salle a réservé une ovation debout à un Charles Michel ému. "Tu as forgé cet accord et, c'est légitime, tu vas le mettre en oeuvre. J'espère que, comme moi, vous serez à ses côtés", lui a lancé le vice-premier ministre Didier Reynders.

Les négociateurs se sont succédé à la tribune pour mettre en avant les acquis obtenus. L'équlibre budgétaire, repoussé à 2018, reposera uniquement sur des réductions de dépenses. Les recettes supplémentaires serviront aux politiques nouvelles. La création d'emploi, soutenue par une réduction des cotisations sociales à 25 pc, a occupé le coeur des discours. Certaines taxes nouvelles ont été évitées, ont-ils également affirmé. "Avec Charles, nous nous sommes parfois pincés devant certaines propositions. On ne va pas faire maintenant la politique des socialistes alors qu'ils ne sont plus là", a expliqué M. Reynders.

L'actuel et futur vice-premier ministre a d'ores et déjà tenu à faire taire certaines critiques sur les mesures décidées, par exemple le saut d'index qui avantagera les autres niveaux de pouvoir, à commencer par la Communauté française. "Beaucoup d'enseignants, quand ils verront qu'il ne faudra pas faire des coupes claires dans leur budget parce que nous avons eu le courage de prendre cette mesure, viendront nous remercier", a-t-il affirmé.

"Notre pays a besoin de grandes réformes", a martelé Olivier Chastel. Ainsi, à l'entendre, le relèvement de l'âge de la pension était inévitable, vu l'évolution des retraites en Belgique. "Devions-nous rester les bras croisés", a-t-il demandé.



Une arrivée chahutée

Une cinquantaine de militants syndicaux de la CNE s'étaient rassemblés jeudi sur le Mont des Arts pour faire une "haie d'honneur" aux membres du MR qui arrivaient au "Square", où se tenait le congrès. "MR/N-VA, même combat! MR/N-VA, on n'en veut pas!" , ont-ils scandé. Les manifestants ont exprimé leurs craintes devant les projets du futur gouvernement en matière sociale et ont hué les congressistes.

"Ils vont faire partie d'un gouvernement pour lequel 75 % des francophones n'ont pas voté" , a souligné le secrétaire général de la CNE, Felipe Van Keirsbilck. L'accord de gouvernement insiste pourtant sur l'importance de la concertation sociale qui doit entourer les réformes. "Ce nous connaissons du gouvernement Michel-De Wever nous montre qu'il n'y a rien à négocier" , a répondu le permanent syndical.



L'Open Vld dit "oui" aussi

Le congrès de participation de l'Open Vld a approuvé jeudi soir à l'unanimité la participation au gouvernement fédéral. Peu de débats auront été nécessaires pour convaincre les militants, qui ont beaucoup applaudi leurs négociateurs. Contrairement au CD&V ou au MR, les libéraux flamands n'ont pas été accueillis par une manifestation syndicale au Brussels44Center, où se tenait leur congrès. Entre eux également, on ne décelait pas l'ombre d'un désaccord.

La présidente Gwendolyn Rutten s'est réjoui de cette troisième participation gouvernementale au fédéral, après la Flandre et Bruxelles.

Les premiers applaudissements n'ont pas été réservés au budget en équilibre ou à la baisse des cotisations patronales, mais au respect dont le fisc devra faire preuve, selon l'Open Vld, à l'égard des indépendants et des entrepreneurs.



Quelques voix dissonantes au CD&V qui approuve cependant largement

Le CD&V a adopté jeudi soir à Bruxelles l'accord de gouvernement Michel à une large majorité. Une douzaine de militants ont malgré tout voté contre l'accord alors qu'une poignée d'autres se sont abstenus. Le président Wouter Beke a lancé un appel aux partenaires sociaux, et aux syndicats en particulier, venus manifester à l'entrée du congrès de participation, à accepter la main tendue du dialogue préférable à un cantonnement dans l'action. "Oui, nous réaliserons un saut d'index. Et oui, cela doit contribuer à restaurer la compétitivité. Et je suis conscient que c'est sensible auprès de chacun d'entre nous. Pour les gens qui mènent des actions à l'extérieur et pour vous ici dans la salle", a dit Wouter Beke interpellé par quelques militants du parti avant le vote final. Mais cette mesure est couplée à de "fortes corrections sociales", a-t-il répété, estimant que sur 2,5 milliards d'euros investis par ce biais dans la compétitivité des entreprises, les gens en auraient 2 milliards en retour: 1 milliard pour renforcer les allocations sociales et les pensions et 1 milliard pour le pouvoir d'achat. Selon lui, en compensation du saut d'index, l'envelope bien-être sera financée à 100%, ce que le gouvernement Di Rupo n'avait pas fait, et tout cela grâce à l'argent du capital.

Avec un trémolo dans la voix, Wouter Beke a appelé au "courage", rappelant que c'est feu Jean-Luc Dehaene qui avec son plan global d'austérité lui avait donné l'envie d'adhérer au CD&V il y a 18 ans. C'est cette politique qui offre des perspectives aux générations futures, a estimé Wouter Beke, faisant observer que 200.000 personnes allaient partir à la pension durant la prochaine législature, un sacré défi.

Invoquant les anciens Premiers ministres Wilfried Martens et Jean-Luc Dehaene, Kris Peeters et Wouter Beke ont donc fait appel aux grandes figures du parti pour rappeler à la salle que les vieilles recettes sociales-chrétiennes ont toujours su à leur sens apporter l'équilibre permettant d'assurer l'avenir des familles flamandes.



La N-VA, enfin!

La N-VA a à son tour approuvé jeudi soir à une très large majorité sa participation au gouvernement Michel 1er, devenant ainsi le dernier des quarte partis de la future coalition suédoise à accepter de rejoindre la prochaine équipe fédérale, près de quatre mois après les élections législatives du 25 mai. Le vote est intervenu peu après 23h00 à Anvers, où le parti nationaliste tenait un congrès extraordinaire uniquement consacré à l'approbation de sa participation au gouvernement fédéral.

Seuls quelques uns des quelque 2.500 mandataires et militants présents se sont abstenus.