Politique belge

Une réaction violente était attendue, elle n’a pas tardé à arriver. Suite au passage de Damien Thiéry du FDF au MR, Olivier Maingain en a remis une couche sur la proximité présumée des réformateurs avec la N-VA. Il se base sur "les comportements" de "certains libéraux" qui, à partir d’une certaine proximité programmatique, ont opéré un lien politique entre les deux partis. Ce fut le cas du député wallon Jean-Luc Crucke, immédiatement remis à sa place par Charles Michel, qui ne tient pas à être associé aux nationalistes flamands avant les élections. Surtout depuis qu’ils ont présenté leur programme institutionnel basé sur le confédéralisme et la cogestion de Bruxelles.

Jusqu’il y a peu, la N-VA ne ratait pas non plus une occasion de rappeler que sur le plan socio-économique, le MR était sans doute le seul parti francophone avec lequel il lui était possible de s’entendre. Ce week-end, dans "L’Echo", Bart De Wever s’est montré plus "nuancé" : à l’époque de l’Orange bleue, "j’avais l’impression que le MR avait encore l’ambition de devenir la force politique porteuse des francophones", dit-il. "Maintenant c’est moins clair." Il l’accuse d’être devenu "un satellite du PS" . Une allusion à l’axe PS-MR qui serait (le conditionnel est toujours de mise avant les élections) dans l’air au niveau des Régions.

Alors proximité idéologique sur le plan socio-économique oui ou non ? Rappelons d’abord qu’il n’est guère surprenant de trouver des similitudes entre les deux programmes. Ce sont deux partis de droite qui prônent, en résumé, une baisse des impôts couplée à une maîtrise, voire une baisse, des dépenses publiques. "Je ne vais pas renier mon programme parce que la N-VA pille les idées libérales" , assène d’ailleurs Charles Michel, président du MR, que "La Libre" a interrogé ce week-end. "Moi, je m’adresse aux francophones."

Gel et gel sélectif

Il y a, en outre, de fortes nuances entre les deux partis. Fin octobre, Bart De Wever proposait ni plus ni moins de geler les dépenses publiques à tous les niveaux de pouvoir. Pour la N-VA, une suppression de l’indexation automatique des salaires est souhaitable. Et ce week-end, le président des nationalistes flamands visait à nouveau les dépenses en sécurité sociale : "Il faut aussi faire des choix, limiter dans le temps les allocations de chômage, supprimer les allocations d’attente, etc." Déjà, Alexander De Croo, le ministre Open VLD des Pensions, s’était distancié d’un gel général dans les colonnes du "Soir" du 14 décembre. "Nous proposons de limiter les dépenses de l’Etat à l’indexation. Alors que la N-VA propose de geler les dépenses. Faire ça sans bloquer les pensions, c’est impossible" , disait-il.

Et ce n’est pas vraiment ce que propose non plus le MR. Dans "La Libre" du 14 décembre Charles Michel réannonçait une réduction d’impôts de 5 milliards, certes financée "par le gel des dépenses publiques" . Mais il ne s’agit en rien, de geler toutes les dépenses de manière linéaire, précise Charles Michel, qui entend "préserver" la sécurité sociale. Le MR est en train d’identifier les endroits où sont nécessaires les efforts à fournir en matière de réduction de dépenses, poursuit le président libéral. Ces précisions seront apportées à l’occasion de la campagne électorale, dit-il.

En attendant, on constatera que dans ses déclarations publiques, le président du MR cible principalement les dépenses des entités fédérées (Région wallonne, communauté française et Région bruxelloise). Alors que le gros de sa réforme de l’impôt - réduction de l’impôt des sociétés, modification des tranches d’imposition pour épargner jusqu’aux 13 000 premiers euros de revenus - est toujours financé par le fédéral où les marges ne sont pas énormes. On attend donc avec une certaine impatience les précisions programmatiques annoncées. "Nous venons, avec le gouvernement, de faire 20 milliards d’économie en deux ans et il faudra continuer , répète Charles Michel. Ce que les entités francophones n’ont pas fait."