Politique belge

Le Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles a approuvé mercredi une série de décrets modifiant en profondeur la gouvernance des écoles, l'une des réformes centrales du Pacte pour un enseignement d'excellence élaboré il y a deux ans par les principaux acteurs de l'enseignement.

 Petit incident qui fait toujours mauvais genre: le vote de ce texte crucial a dû être reporté d'une heure mercredi soir, les députés de la majorité PS-cdH n'étant pas en nombre pour assurer le quorum au moment fatidique, l'opposition se refusant à faire l'appoint.

Le temps de battre le rappel, le texte a finalement été approuvé en début de soirée par l'ensemble de la majorité PS-cdH, appuyé par DéFI. L'opposition MR, Ecolo et PTB a voté contre.

En vue d'améliorer les mauvaises performances du système éducatif francophone mises en lumière par différentes études internationales, le nouveau décret accorde à l'avenir aux établissement une plus grande autonomie de gestion, mais celle-ci sera contrebalancée par une responsabilisation renforcée.

Sur base d'une analyse de leurs forces et faiblesses, chaque école devra dorénavant conclure avec la Fédération un "contrat d'objectifs".

Pour les atteindre, les directions devront, en collaboration avec leur équipe pédagogique, élaborer un "plan de pilotage" pour une période de six ans. Elles bénéficieront à cette fin de l'expertise de conseillers pédagogiques.

Pour s'assurer de la bonne concrétisation des objectifs définis, un nouveau corps de 88 "délégués aux contrats d'objectifs (DCO)" sera créé.

Répartis sur tout le territoire de la Fédération Wallonie-Bruxelles, ceux-ci s'occuperont chacun d'une trentaine d'école et travailleront sous l'autorité directe de neuf directeurs de zones (DZ).

Les écoles qui n'arriveront pas à rencontrer leurs objectifs feront l'objet d'un suivi plus rapproché, qui pourra aller jusqu'à la désignation d'un manager de crise, voire la suspension de leurs subventions dans les cas les plus extrêmes.

Validée mercredi, cette réforme de la gouvernance des écoles constitue l'avant-garde d'une longue série de textes législatifs attendus avec impatience pour donner corps au Pacte d'excellence avant la fin de la législature.

L'opposition s'est montrée sans pitié pour ce nouveau pilotage, Laurent Henquet (MR) y voyant "une usine à gaz".

Selon lui, avec cette nouvelle structure à multi-étages, un à deux ans vont s'écouler entre le moment du constat de problèmes dans une école et la mise en oeuvre d'actions concrètes pour y remédier.

"Notre enseignement ne se portera pas mieux avec cette réforme, et je crains même que les choses aillent plus mal encore. Toutes ces lourdeurs administratives créées vont gangréner le système. On aura une belle machine, mais inefficace au niveau pédagogique", a-t-il jugé.

Barbara Trachte, cheffe de groupe Ecolo, ne s'est pas montrée plus tendre avec cette nouvelle gouvernance, inspirée en partie du monde de l'entreprise.

"Vous faites entrer l'école dans le monde des affaires, dans une logique où les performances doivent être quantifiables. Mais l'école n'est pas une entreprise. C'est une aventure humaine que les enfants et les enseignants vivent avec les moyens du bord".

"En fait, après vingt ans de réformes qui se sont révélées inefficaces, vous transmettez à présent la patate chaude aux directions d'écoles (...) dans une logique de responsabilité et de reddition des comptes empruntée au monde managérial", a-t-elle dénoncé.

La ministre de l'Education Marie-Martine Schyns a néanmoins fermement défendu cette optique, le concept de management ne devant pas être considéré comme un gros mot, a-t-elle défendu.

"Il existe une management collaboratif et participatif dont on peut s'inspirer. Le management, c'est savoir où l'on va et comment on y va! ".

La réforme validée mercredi ne verra toutefois formellement le jour que si un accord politique est trouvé sur la scission des pouvoirs organisateur et régulateur de la Fédération Wallonie-Bruxelles, également préconisée par le Pacte d'excellence.

Cette scission nécessite toutefois une majorité des deux tiers au Parlement, et donc l'appui de l'opposition MR. Or, les discussions sur cette scission n'ont toujours pas abouti, les réformateurs conditionnant leur soutien à une série d'éléments.