Politique belge

Les heureux et nouveaux élus à la Chambre ont rendez-vous le 6 juillet prochain pour leur prestation de serment, vers 14h45. Parmi eux, un francophone qui ne devrait pas rester député plus de 24 heures. Benoît Lutgen (CDH), ministre au gouvernement wallon, prévoit en effet un rapide aller-retour entre l’exécutif régional et l’hémicycle fédéral. Ainsi, le soir du 5 juillet, il démissionnera de son poste de ministre pour prêter serment à la Chambre le lendemain. Et le surlendemain, nouvelle prestation de serment, devant le Parlement wallon cette fois, pour récupérer son portefeuille ministériel. C’est le seul ministre élu de la Communauté française qui se pliera à pareille gymnastique. Rien n’oblige en effet un élu à prêter serment, son ou sa suppléant(e) pouvant sans difficulté monter comme député(e) dès la première réunion de l’assemblée. Mais sans prestation de serment, pas de possibilité de revenir comme député en cours de législature. Les ministres Picqué (PS), Laanan (PS), Cerexhe (CDH) ou Simonet (CDH) n’en ont cure et ne prêteront pas serment, leur avenir est dans leurs fonctions actuelles.

Car c’est ici que réside la singularité du cas Lutgen. Elle tient en trois mots : présidence du CDH. C’est archi-connu, le Luxembourgeois doit en effet succéder à Joëlle Milquet, une fois que le gouvernement fédéral sera formé. Lorsqu’il sera à la tête du parti orange, il ne pourra pas rester ministre wallon, ce genre de cumul n’ayant plus vraiment la cote chez les politiques, même si Joëlle Milquet et Didier Reynders l’ont pratiqué pendant plusieurs années. Question d’éthique et puis, une telle charge de travail, cela use. Comme il l’avait assuré en campagne, Benoît Lutgen reviendra donc au Parlement fédéral pour siéger comme député, cédant son poste ministériel. Sa suppléante, Annick Van den Ende, ne devrait donc siéger que quelques semaines. Elle prêtera serment lors de la séance de la Chambre qui suivra celle du 6 juillet et dont la date n’a pas encore été fixée.

En Flandre, deux cas similaires font carrément polémique. Les ministres régionaux Geert Bourgeois et Philippe Muyters, tout deux N-VA, prêteront également serment au niveau fédéral - le premier à la Chambre, le second au Sénat - avant de redevenir ministre. Hier, c’est le toujours bouillonnant Eric Van Rompuy qui s’en offusquait. "C’est du jamais vu ! Honteux, certainement pour des gens de la N-VA qui, depuis des mois, nous font la leçon sur la primauté des institutions flamandes. Maintenant, ils en abusent pour leur agenda politique personnel", lançait-il sur son blog. Comme président de la commission des Finances et du Budget, Van Rompuy est furieux de devoir reporter une séance prévue mardi, Muyters, démissionnaire, ne pouvant répondre aux questions des parlementaires. Par ailleurs, et selon le Standaard, l’hypothèse de voir Bourgeois briguer un ministère au fédéral crispe les socio-chrétiens. Kris Peeters (CD&V), ministre-président flamand, avait engagé ses ministres à le rester de manière ininterrompue durant toute la législature régionale.

Ni polémique ni tension particulière pour le cas de Benoît Lutgen. "Sa situation ne me pose pas de problème, dit Willy Borsus, chef de groupe de l’opposition MR. Mais d’un point de vue plus général, il faudra clarifier les choses à l’avenir. De sorte que les élus siègent dans les assemblées pour lesquels ils ont été élus". Il ajoute qu’il serait également bon que les ministres soient élus dans les assemblées de leur niveau de pouvoir. Question de clarté à nouveau, précise Borsus, histoire de rendre la politique "plus lisible" aux yeux des citoyens.