Politique belge Le coprésident veut clarifier la position de son parti sur l’actuel débat convictionnel qui l’agite.

Remous philosophiques chez Ecolo. Ces derniers jours, plusieurs mandataires "verts" se sont exprimés avec force sur la question hypersensible des convictions religieuses et de la laïcité. Le député européen Philippe Lamberts a notamment estimé que la religion ne doit pas être confinée à la sphère privée. Tout récemment, l’ex-députée régionale bruxelloise Marie Nagy a critiqué dans "Le Soir" l’absence de position claire d’Ecolo sur le port de signes religieux (le voile musulman, en l’occurrence). Le coprésident d’Ecolo, Patrick Dupriez, a tenu à remettre l’église au milieu du village.

C’est la cacophonie dans votre parti. Les "sorties" médiatiques d’élus ont provoqué beaucoup de commentaires en tous sens au sein d’Ecolo.

A l’égard de Marie Nagy, il faut ramener ces propos à leur juste proportion. C’est-à-dire, essentiellement, à un conflit de personnes habillé par des motifs politiques au niveau local bruxellois. Ce n’est pas la première fois : on avait déjà eu Bernard Wesphael à l’époque. Il était déçu de ne pas avoir été désigné président du parlement wallon et avait habillé ses déceptions en se présentant comme un laïc mis de côté par Ecolo en raison de ses convictions…

Il était suivi par des gens qui se sentaient proches de l’écologie "laïque".

Moi, je constate qu’il n’a été suivi par personne. A part Jean-Claude Defossé qui, finalement, ne l’a pas suivi non plus. Son mouvement "Ecologie et Laïcité" n’a jamais existé au-delà de lui-même. C’est le signe que ce clivage religieux/non-religieux n’existe pas chez Ecolo. Mais cela peut gêner certaines personnes, en effet, lorsque Philippe Lamberts ou Jean-Michel Javaux s’expriment publiquement sur des convictions intimes. Ces critiques ne s’inscrivent pas dans un clivage convictionnel mais dans une opposition entre ceux qui pensent qu’il ne convient pas de s’exprimer publiquement à ce sujet et ceux qui pensent que si.

Pourtant, Ecolo a ce clivage convictionnel en son sein : un "pilier" issu de l’associatif chrétien et une branche plus laïque. Ces tendances ne sont pas nouvelles et sont bien connues.

Ecolo n’est pas fondé sur ces piliers qui n’existent pas mais, au contraire, rassemble des personnes de toutes convictions. Jamais, dans l’histoire du parti, un tel clivage religieux/non-religieux n’a été déterminant. Y compris quand Jean-Michel Javaux s’était affirmé catholique.

Les positions peuvent être très divergentes chez Ecolo. Par exemple à Bruxelles, au sujet de la place à accorder aux musulmans : on a d’un côté Sarah Turine (échevine à Molenbeek) et de l’autre Marie Nagy…

Il y a des débats. Y compris sur comment faire progresser le vivre-ensemble, la place à donner au phénomène religieux et au débat identitaire. Mais je le répète, ces débats ne sont pas fondés sur un clivage entre deux camps. Par rapport aux critiques de Marie Nagy, il est faux de dire qu’il n’y a pas de débat chez Ecolo. On a un programme politique sur les signes convictionnels, par exemple. Ce programme a été élaboré suite à des centaines d’heures de débats ouverts. Et le débat est toujours ouvert. Il n’y a aucun tabou. Il y a cependant un point d’équilibre à trouver à un moment. Et les personnes qui sont le plus éloignées de ce point d’équilibre s’expriment de manières différentes. Mais dire qu’il n’y a pas de débat, non, c’est faux.

Quelle est la position officielle du parti justement ?

C’est celle de la laïcité positive, une laïcité qui libère les individus dans un principe d’égalité de traitement entre tous. Les positionnements politiques sont évidemment liés à des situations concrètes et ne sont jamais simples. La situation qui a provoqué des tensions à Bruxelles-ville et les propos de Marie Nagy fait suite à la décision d’Yvan Mayeur (bourgmestre PS de Bruxelles) d’interdire à des mamans voilées d’accompagner des enfants dans un voyage scolaire. Là, très clairement, on va trop loin. Je suis en désaccord complet avec ce type de mesures. La neutralité de l’Etat ne doit pas permettre de discriminer des mamans qui n’ont aucune fonction d’autorité publique. Il y a, par contre, d’autres situations où il faut trouver des compromis.

Ecolo se définit-il comme un parti laïc ?

Ecolo est un parti laïc, oui. Une laïcité faite de neutralité et d’égalité entre tous. Ecolo est dans la logique de neutralité de l’Etat. La laïcité est un principe qui libère et crée des libertés en plus. Dans toute l’histoire, cela a toujours été comme ça. Dans notre société, la laïcité postule que l’Etat est neutre, que l’Etat n’a pas de religion. Il ne s’agit pas de priver les gens de choix ou de liberté. Les gens ont le droit d’avoir et d’exprimer leurs convictions religieuses publiquement.

Etes-vous croyant ?

J’ai une vie spirituelle et suis convaincu que quelque chose nous dépasse et nous relie au-delà de nos existences matérielles individuelles. Pour autant, je n’ai aucune appartenance religieuse et je suis réfractaire à tous les clergés.